Solferino et Magenta : les victoires de Napoléon III (1859)
par Jean-Philippe LIARDET, dr

page 1 - page 2 - page 3 - page 4

 

Magenta (4 juin 1859)


Une bataille de rencontre

Les forces françaises progressent au nord du Pô, dans un terrain coupé par plusieurs affluents du grand fleuve. La Sésia est franchie sans opposition car les Autrichiens se replient derrière le Tessin.

Initialement occupé à fixer les troupes autrichiennes sur le Pô, le 2e corps d'armée reçoit l'ordre d'envelopper par le nord l'armée autrichienne. Certains de ses éléments sont encore sur la rive ouest de la rivière quand le régiment de tirailleurs établit une tête de pont à Turbigo, le 2 juin. Le combat s'engage seulement le matin du 4. Là encore, la bataille prend de l'ampleur sans que les commandants en chef des deux armées l'aient voulu.

Une division de la Garde impériale tente d'élargir la tête de pont et se heurte à une forte résistance près de Magenta. Les Autrichiens profitent d'un terrain accidenté et d'un cours d'eau parallèle au Tessin pour établir leurs défenses.

Fusillier et caporal de l'infanterie de ligne

 

La charge furieuse de la Légion étrangère

Au bruit de la bataille, le 2e corps rallie Magenta où il s'engage en échelon successifs, sans véritable coordination. Le général Espinasse conduit sa division en pointe et tombe à la tête de ses zouaves. Le 1er étranger du colonel Brayer avance sous la protection du 7e régiment de chasseurs à cheval quand se dernier doit refluer sous la pression ennemie. Les Autrichiens progressent en trois colonnes à travers les vignes et les mûriers, effectuant des feux de salve peu efficaces mais impressionnants. La compagnie de voltigeurs du capitaine Rembert se trouve la première au contact. Son chef la lance à la charge avec audace. Enfin engagés, les légionnaires font preuve d'une grande agressivité. Les lignes ennemies connaissent un certain flottement avant de mesurer la force réelle de la petite troupe et de se reprendre.

Le colonel de Chabrière réagit immédiatement - "Sacs à terre, en avant la Légion !" - et entraîne le 2e étranger vers l'ennemi pour tomber presque aussitôt, mortellement blessé. L'élan de ses hommes n'est pas pour autant coupé : rendus furieux par la mort de leur chef, ils foncent vers l'ennemi, baïonnette au canon. Le terrain accidenté ne permet pas de maintenir un ordre strict dans les rangs, mais les légionnaires bousculent avec fureur les lignes autrichiennes qui commencent à se débander. Le 1er étranger et le 2e zouave se joignent à l'assaut qui ne s'arrête que devant les positions occupées par les réserves autrichiennes devant Magenta, trois kilomètres plus loin. Celles-ci sont composées de solides unités de chasseurs tyroliens et de redoutables croates.

MacMahon, jamais à cours d'un bon mot s'écrie alors prématurément : "La Légion est à Magenta, l'affaire est dans le sac !". Les légionnaires attaquent la ville à deux reprises mais sont repoussés. Dans la violence et la confusion des corps à corps, l'Aigle du 2e étranger est alors en grand danger d'être pris et doit être dégagé par les zouaves.

L'annonce de la montée en ligne de la Garde impériale galvanise les légionnaires qui prennent pied dans Magenta, soutenus par des Zouaves tout aussi aggressifs. Les combats de rue se poursuivent jusqu'à neuf heures du soir et sont d'une rare violence. Le général Espinasse qui commande la 2e division est tué. Cet ancien de la Légion la retrouve sous ses ordres pour venir mourir au milieu des légionnaires.


Après la bataille

Avec ce succès, MacMahon, commandant en chef du 2e corps, obtient le grade de maréchal et le titre de duc de Magenta. Cette victoire doit cependant être porté au crédit de la troupe. Les fantassins français font preuve d'un élan remarquable. Cette ardeur coûte toutefois cher à l'armée d'Italie qui perd 4.000 tués et blessés ainsi que 600 disparus sur les 50.000 hommes engagés. Sensiblement égales en nombre, les forces autrichiennes subissent des pertes deux fois supérieures. Les troupes françaises sont cependant trop épuisées pour exploiter leur avantage. Le 7 juin, le 2e corps pénètre dans Milan pourtant distante d'à peine trente kilomètres. La population lui fait un accueil triomphal.

 

page 1 - page 2 - page 3 - page 4

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés