L'expédition du Dahomey (1892)
par Jean-Philippe Liardet, dr

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Le début de la campagne


Un terrain difficile

Le départ s'effectue le 1er septembre 1892. Malgré la beauté du paysage, la progression est d'une extrême difficulté. Il faut se frayer un passage dans une brousse épaisse, dans une jungle inextricable ou à travers des marais pestilentiels. La chaleur étouffante fait transpirer les hommes à grosses gouttes. Et encore, ne portent-ils que leur arme et des munitions laissant les autres charges aux porteurs indigènes.

Les parasites s'incrustent sous la peau, les moustiques et autres insectes, nombreux et agressifs, transportent les fièvres. Malgré l'absorption d'une dose quotidienne de quinine, les pertes par maladie vont dépasser celles au combat.

L'objectif de la colonne est Abomey, à 150 km de Cotonou. L'itinéraire choisi par le colonel Dodds double cette distance mais permet d'éviter des régions plus insalubres encore. Par ailleurs, il présente l'avantage de surprendre l'ennemi par une marche sur son flanc droit. Il s'agit en effet de suivre le Ouémé vers le nord jusqu'à Paguessa, puis de rejoindre Abomey, 50 km à l'ouest. Le fleuve facilite le transport du ravitaillement et du matériel lourd et apporte l'appui des canonnières françaises. Le colonel Dodds divise ses forces en trois groupes de force égale.



Le combat de Dogba

Le 11 septembre, les unités en reconnaissance atteignent Dogba. Le colonel Dodds décide de regrouper ses forces, soit au total 2.700 hommes, sur le plateau surplombant le village. Le 19, ils sont surpris par l'armée dahoméenne, en route pour attaquer Porto Novo. Le premier groupe a repris sa marche vers le nord la veille et moins 2 000 hommes affrontent un ennemi probablement deux à trois fois plus nombreux.

Il est cinq heures et les Français sont surpris en plein sommeil par les cris des sentinelles et les sonneries de clairon. A moitié habillés, ils saisissent une arme au hasard et font feu sur la vague d'assaut ennemie, toute proche. Le commandant Faurax prend la tête de ses légionnaires qui chargent baïonnette au canon pour se dégager. Il tombe presque aussitôt mais ses hommes ne faiblissent pas. Légionnaires et marsouins tirent salve sur salve, appuyés par les feux de l'artillerie et de la canonnière Opale.

Le fusil à répétition Lebel modèle 1886 équipait probablement la Légion et les troupes de marine
mais peut-être aussi les tirailleurs. Il fut le premier fusil à utiliser une poudre sans fumée.
Longueur : 1.295 mm - Poids : 4,22 kg - Calibre : 8 mm -
Alimentation : magasin tubulaire de 8 cartouches - Vitesse initiale : 716 m/s - Hausse : 2.000 m

Les Dahoméens font preuve d'un grand courage mais s'avèrent de piètres tireurs. Vers neuf heures, ils se retirent laissant près de 200 tués sur le terrain. Les Français ont perdu 45 tués et 60 blessés. Le capitaine Battréau prend le commandement du bataillon de marche de la Légion étrangère.



Nouveaux combats

L'expédition poursuit sa route, harcelée par l'ennemi. Le 28 septembre celui-ci tend une embuscade infructueuse aux canonnières. Dans la nuit du 30 au 31, son artillerie prend à partie le camp français sans grands effets.

Dodds réussit à franchir le fleuve par surprise, au gué de Tohoué, le 2 octobre, puis il se dirige au nord, vers Poguessa. Deux jours plus tard, la colonne française tombe dans une embuscade bien préparée, avec des postes de tir dans des petits fortins de bois. Cette fois, les tirs sont mieux ajustés. Les spahis soudanais et les tirailleurs haoussas décrochent immédiatement et les combattants dahoméens abandonnent leurs couverts pour attaquer.

Les "Amazones" s'avèrent particulièrement redoutables. Les feux de salves des légionnaires creusent cependant les rangs ennemis. Une compagnie contourne le flanc droit de l'ennemi et disperse ses rangs baïonnette au canon. Pendant ce temps, les canonnières pilonnent ses réserves et son flanc gauche. La puissance de feu française empêche l'ennemi de venir au corps à corps pour tirer avantage de sa supériorité numérique.

Vers 10 heures l'Armée dahoméenne décroche. Le combat a duré quatre heures et l'ennemi subit des pertes sensiblement égales à celles de Dogba contre 8 tués et 35 blessés aux Français. La Légion perd le sous-lieutenant Amelot. Dans les semaines qui suivent d'autres officiers sont touchés : le capitaine Battréau, les lieutenants Farail, Cornetto, Kieffer et d'Urbal. Pourtant le moral ne faiblit pas. Un nouvel affrontement violent se déroule sur un des affluents de l'Ouémé, le 4 octobre. Une nouvelle fois, les légionnaires font la décision en prenant le pont d'assaut. L'ennemi rompt rapidement le combat perdant 95 morts contre 6 et 33 blessés aux Français.

 

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