L'expédition du Dahomey (1892)
par Jean-Philippe Liardet, dr

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"Voici la Légion, troupe sur laquelle vous pouvez compter en toutes circonstances.
Sans elle, je n'aurais jamais pu mener à bien l'expédition du Dahomey
."
Général Dodds


La conquête de l'Afrique noire

La conquête de l'Afrique noire se fait d'abord à l'initiative de la Marine. Mais faute d'un réel soutien de la métropole, l'armée coloniale dispose d'effectifs généralement très faibles. La supériorité technique française, les divisions entre les différentes ethnies et la constitution d'unités indigènes va cependant favoriser une progression continue vers l'intérieur des terres à partir des petites enclaves installées sur le littoral.

Les troupes de marine sont progressivement renforcées par de petits détachements en provenance de l'Armée d'Afrique, réduite essentiellement à des opérations de maintien de la paix. Des tirailleurs et des sphahis algériens vont ainsi servir d'instructueurs et de moniteurs pour leurs homologues sénégalais tout en participant à certaines opérations.

La plupart des expéditions comportent des effectifs réduits, à base de tirailleurs et de supplétifs indigènes. Les missions d'exploration se transforment insidieusement en opérations d'annexion à l'initiative de certains officiers français qui recherchent gloire et promotions. Si la pénétration en Afrique équatoriale reste généralement pacifique, il n'en est pas de même en Afrique Occidentale où la France doit combattre des royaumes organisés et puissants. Le plus dangereux est probablement celui de Mande de Samory Touré, dit "l'Almanyde Bissandougou" qui s'étend des sources du Niger au bassin de la Haute-Volta (actuel Soudan) et va tenir tête aux Français de 1881 à 1898. Son opposition à celui du sultan Ahmadou favorise cependant les visées françaises.

Les troupes du lieutenant-colonel Humbert vont toutefois devoir lutter durement contre les "Sofas" de Samory sans pouvoir en venir à bout. En 1892, le lieutenant-colonel Archinard demande l'envoi de légionnaires et reçoit une companie de marche de 4 officiers et 120 hommes. Organisés en pelotons montés ceux-ci vont couvrir plus de 3000 kilomètres, des bassins supérieurs du fleuve Sénégal et du Niger aux confins nord de la Côte-d'Ivoire et de la Guinée, et livrer quatorze durs combats. Les survivants sont rapatriés à Sidi-bel-Abbès le 24 juin 1893.

La concurrence avec les autres puissances européennes, surtout l'Angleterre puis par la suite l'Allemagne, incite les différents ministères à apporter un soutien plus important aux initiatives de ses officiers sur le terrain. Comme au Tonkin, il faut donc faire appel au soutien d'unités métropolitaines ou de l'armée d'Afrique. Devenue le corps le plus solide de celle-ci depuis l'adoption de la conscription dans les régiments de zouaves et de chasseurs d'Afrique, la Légion étrangère est de nouveau sollicitée.

 

Le Dahomey

En 1892, c'est au Dahomey, actuel Bénin, que la situation devient la plus tendue.L'intérêt porté par la France à la côte du golfe de Guinée et à la ville de Cotonou ne pouvait qu'irriter le souverain du Dahomey. En effet, depuis les années 1820 celui-ci avait fait du royaume de Porto-Novo un Etat vassal, disposant ainsi de débouchés côtiers vitaux pour l'exportation de l'huile de palme sur laquelle repose l'économie dahoméenne.

Les Français cherchent à protéger leurs objectifs principaux en Afrique occidentale en essayant simultanément d'empêcher toute avance allemande vers Tombouctou à partir du Togo voisin mais aussi de couper la voie du lac Tchad aux Anglais installés à Lagos.

En 1889, devant le refus du Dahomey de remettre Cotonou à la France, les troupes françaises s'emparent de toute la région côtière. Le roi Béhanzin lance alors une attaque sur Cotonou mais ses 7 000 hommes sont défaits par les tirailleurs sénégalais commandés par le colonel Terrillon. En octobre 1890, le gouvernement français accepte de signer un traité pour des raisons de politique intérieure. Le parti colonial attend cependant la moindre occasion pour engager une offensive contre le Dahomey.

C'est chose faite le 27 mars 1892, quand la canonnière Topaze, aventurée en territoire dahoméen, essuie quelques tirs. L'opinion publique française est d'accord pour en finir définitivement avec le Dahomey qui pratique encore le cannibalisme, les sacrifices rituels, la polygamie et rançonne les Etats voisins.

 

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