La campagne de Crimée (1854-1855)
par Jean-Philippe Liardet, dr

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Le siège de Sébastopol

 

Un siège difficile

Le jour même de la bataille de l'Alma, la flotte russe saborde une de ses escadres pour bloquer l'entrée de la rade de Sébastopol. Le commandement allié décide de faire porter son effort à partir de sud, où il dispose de bases arrières sur la côte méridionale de la Crimée. Les effectifs resteront cependant toujours insuffisants pour permettre un investissement complet de la place qui reçoit régulièrement des renforts et du ravitaillement à travers la baie au nord et à l'est où le terrain difficile favorise les infiltrations. Menchikov disposera ainsi de 38.000 hommes au début du mois d'octobre.

Le "corps de siège" comportait à gauche du ravin de Sarandinaki les 3e et 4e divisions du général Forey et à droite, jusqu'au plateau d'Inkerman, les forces britanniques. Les Français utilisaient le port de Kamiesh pour leur ravitaillement et les Anglais celui de Balaklava. Entre Inkerman et Balaklava, la couverture des assiégeants était assurée par les 1re et 2e divisions sous le commandement du général Bosquet, encadrées à gauche par les Anglais et à droite par les Turcs. Au total, les assiégeants disposaient alors de plus de 100.000 hommes.

Le 17 octobre, les défenses russes sont une première fois testées avec un fort soutien d'artillerie (126 pièces) et l'appui de la flotte. La riposte est vive et les pièces françaises doivent même cesser le tir après un tir russe heureux sur leur magazin de poudre. Les Russes sont solidement installés, notamment grâce aux travaux dirigés par l'excellent colonel du génie Franz Todleben. Ils apparaissent décidés à résister malgré la perte de plus de 2.000 hommes dont l'amiral Kornilov.

 

Les zouaves dans les tranchées d'après Pils
Le Monde illustré


Tentatives de dégagement russes : Balaklava et Inkerman

Le 25 octobre, les Russes tentent une première fois de briser le siège par une attaque en direction de Balaklava. le prince Menchikov engage plus de 25.000 hommes soutenus par 78 pièces d'artillerie contre le secteur britannique. Une avant-garde de 3.000 cavaliers franchit la rivière Tchernaya sans opposition. Leur avancée est stoppée avec de lourdes pertes par les 900 hommes de la brigade de cavalerie lourde anglaise. L'aile droite russe bouscule cependant les Turcs mais vient buter sur la farouche résistance du 93rd Highlanders. Avec l'arrivée en vue des renforts (1ère et 4e divisions), les Russes décrochent en emportant les canons turques capturés et Lord Raglan décide d'utiliser sa brigade de cavalerie légère pour empêcher leur mouvement. Mal interprétés, ses ordres débouchent sur une charge héroïque dans une vallée tenue sur trois côtés par l'artillerie ennemie. 247 des 673 cavaliers sont tués ou blessés et 475 chevaux sont perdus. Les artilleurs russes sont dispersés par les survivants qui doivent néanmoins se retirer.

Les Alliés perdent 615 hommes contre 627 aux Russes dans l'affaire. Si le siège n'est pas levé, la route de Woronzov et les hauteurs situées au sud restent aux mains des attaquants, gênant gravement le ravitaillement des assiégeants.

Le 5 novembre, les Russes tentent une nouvelle attaque contre le secteur britannique fragilisé. Le général Soimonov conduit une force de 19.000 hommes de la garnison de Sébastopol, alors que 16.000 hommes commandés par le général Paulov attaquent depuis le nord. Simultanément, 22.000 hommes sont engagés plus au sud contre les Français pour faire diversion. Malgré la résistance des 2e et 4e division britanniques, les assaillants gagnent inexorablement du terrain. Il faut l'intervention de la division française du général Bosquet pour repousser les Russes qui perdent 10.300 hommes contre 2.400 aux Britanniques et 880 aux Français. Les zouaves et les tirailleurs font pour l'occasion preuve d'un bel élan.

Dans les mois qui suivent, les assiégés subissent les rigueurs de l'hiver, aggravées par les insuffisances du ravitaillement, notamment côté anglais où il ne reste plus que 11.000 hommes valides en février. Les effectifs français atteignent alors 90.000 hommes et ceux des Turcs environ 50.000.

Mais la garnison russe compte alors plus de 100.000 hommes. Le 22 février et le 22 mars, deux violentes sorties repoussent les lignes des assiégeants sans cependant que le siège soit levé.

Les assiégeants, comme ce légionnaire, sont mal équipés pour résister aux rigueurs de l'hiver russe.
Le froid et la maladie tuent plus sûrement que les balles.

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