La campagne de Crimée (1854-1855)
par Jean-Philippe Liardet, dr

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La formation du corps expéditionnaire français

 

Le contexte

Napoléon III cherche par tous les moyens à rétablir le prestige perdu de la France. Il obtient de l'Empire Ottoman le rôle de protecteur des lieux saints de Jérusalem. La Russie orthodoxe proteste immédiatement et envoie un ultimatum à Constantinople, en avril 1853. Napoléon III est bien décidé à ne pas céder, d'autant qu'il dispose du soutien de l'Angleterre, inquiète de la politique d'expansion russe vers la Méditerranée. Le 22 juin, les armées russes envahissent les provinces roumaines de Moldavie et de Valachie. Les négociations se poursuivent mais le Tsar Nicolas Ier refuse d''évacuer les territoires conquis.

Le 4 octobre, l'empire Ottoman, fort du soutien de la France et de l'Angleterre, déclare la guerre à la Russie. L'armée turque remporte une victoire à Oltenitza sous la conduite de Omar Pasha. Le 20 novembre, la flotte turque est cependant détruite à Sinope. L'opinion publique anglaise est outragée et, le 3 janvier 1854, les flottes françaises et anglaises pénètrent dans la mer Noire pour protéger les côtes et le commerce turques. Le 12 mars, les deux pays s'allient officiellement à la Turquie. Les Russes ripostent le 20 mars en attaquant la Bulgarie, également territoire ottoman.

Le 28 mars, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à la Russie. Une alliance entre les deux pays est signée le 10 avril et un corps expéditionnaire est déployé à Varna, en Bulgarie, le 30 mai. Il va peu combattre mais subir de loudres pertes en raison d'une terrible épidémie de choléra. Après avoir signé une alliance défensive avec la Prusse, l'Autriche concentre une armée de 50.000 hommes dans ses provinces frontalières avec la Russie (Galicie et Transylvanie). Avec l'autorisation de l'empire ottoman, elle pénètre dans ses principautés du Danube pour les protéger. Devant cette nouvelle menace, la Russie retire ses forces de Bulgarie et des principautés roumaines tout en continuant à refuser les propositions de paix faites par la France, l'Angleterre, l'Autriche et la Prusse à Vienne (8 août 1854).

La France et l'Angleterre décide de porter un coup décisif à la Russie pour la contraindre à accepter leurs propositions de paix en débarquant un corps expéditionnaire en Crimée pour s'emparer de la grande base navale de Sébastopol. D'autres opérations mineures se déroulent dans la Baltique


La naissance de l'armée d'Orient

Le maréchal Saint-Arnaud, un ancien de la Légion étrangère, a abandonné son poste de ministre de la Guerre pour prendre le commandement de l'armée d'Orient constituée à partir du 15 mars. Celle-ci comporte initiallement 3 divisions de deux brigades à deux régiments d'infanterie, soit 34.000 et 8.200 chevaux. Il est rapidement décidé d'en ajouter une quatrième.

Certains officiers craignent de dégarnir une Algérie à peine pacifiée. Cependant, la présence d'unités de l'armée d'Afrique en Crimée est indispensable. La constitution d'une armée d'Orient qui comportera huit divisions à la fin de l'année nécessite en effet la mobilisation de la deuxième portion des contingents 1849-1852 et l'augmentation du contingent 1853. Le manque d'entraînement des réserves fait que la moitié des forces françaises est dépourvue d'instruction militaire.

Les trois régiments de Zouaves, plus tard rejoints par le régiment de zouaves de la Garde impériale, le 1er puis le 2e régiment de la Légion étrangère, le régiment de tirailleurs algériens, les quatre régiments de chasseurs d'Afrique et les bataillons disciplinaires sont engagés dans la campagne. L'Armée d'Afrique représente très vite un tiers de l'armée d'Orient avec un total de 10.000 hommes sur 30.000. L'année suivante, ce nombre sera porté à 18.000 mais sur un total de plus de 100.000 hommes. Les unités de l'Armée d'Afrique seront cependant toujours à la pointe du combat avec les zouaves mais aussi les légionnaires, les tirailleurs et les chasseurs.

Cette armée à rapidement besoin d'un parc de siège et les besoins en ravitaillement sont rapidement très importants. La marine éprouve de grosses difficultés car il faut en moyenne quinze jours de mer pour atteindre le théâtre d'opération. Des navires privés sont affrétés mais il faut aussi le soutien de la Royal Navy.

Les légionnaires sont surnommés les "ventres de cuir" par les assiégés
en raison de leur large cartouchière de ceinture.
par Benigni

 

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