Le
Viêt-Nam central ou Annam, forme une longue bande convexe ponctuée
de petites plaines coincées entre la Mer de Chine et les hauts
plateaux du Truong Song (Cordillère Annamite) culminant à 2600m
au Ngoc Linh. Cette région se caractérise sur sa façade littorale,
par un cordon de dunes et de lagons, et à l'Ouest, par des
terrasses formées d'anciens dépôts alluvionnaires. Enfin au
sud, le Mékong ou Cuu Long Giang (Fleuve des Neuf Dragons)
est le second plus long fleuve d'Asie avec 4200 km de long.
Il prend sa source au Tibet, traverse la Chine, longe la Birmanie,
le Laos et la Thaïlande, coule ensuite au Cambodge avant de
pénétrer dans le sud du Viêt-Nam et de se jeter dans la Mer
de Chine Méridionale.
On
l'aura compris : au niveau géographique, le Viêt-Nam est un
pays d'eau mais aussi un pays de montagnes et de forêts qui
recouvrent plus des trois quart de son territoire ; il va donc
sans dire que son climat tout à la fois comprend des caractéristiques équatoriales
voire tropicales. De fait la chaleur au Viêt-nam est particulièrement
humide et, par suite, lourde et accablante. Le degré hygrométrique
atteint parfois 80 en Cochinchine, 92 au Tonkin. De plus, les
nuits sont presque aussi chaudes que les jours, ce qui rend
le sommeil et le repos difficiles, sauf dans les régions côtières
du sud Annam, où les brises nocturnes rafraîchissent la température.
Toutes ces réalités vont à l'encontre d'une armée en campagne
habituée à un terrain propre ; en effet les forêts et montagnes
ralentissent sa marche ou sont propices aux embuscades, les
fleuves sont des remparts difficiles à franchir d'autant plus
que la rive adverse est truffée de pièges et n'oublions pas
le climat humide qui favorise toute sortes de maladies épidémiques
ou contagieuses telles que le choléra, la variole, la peste,
la malaria, la lèpre, les maladies des yeux ou encore la gale
C'est
ainsi que les Français perdirent prés de 60% de leurs hommes
lors des campagnes de 1858-1884 (12).
Quoi
qu'il en soit la géographie du pays aussi difficile soit elle
n'interdit pas à elle seule, son occupation par une armée étrangère
; il faut lui adjoindre un peuple qui a la volonté de défendre
sa terre. Or dans le cas du Viêt-Nam, le rapport de force démographique
sera toujours en sa défaveur, surtout vis à vis de la Chine.
Laissons donc Nguyên Trai, grand lettré viêtnamien du XVe siècle,
fournir l'explication de la réalité viêtnamienne : "Plus la
menace extérieure se fait pressante, plus elle commande la
paix à l'intérieur de nos frontières. La force ou la faiblesse
d'une armée ne dépendent nullement du nombre mais s'inspirent
des grandes vertus d'humanité et de justice. Ainsi nous l'ont
enseigné le roi moine et le généralissime Trân Hung Dao. Qui
possède l'humanité peut s'appuyer sur la faiblesse pour subjuguer
la force. Celui qu'anime la justice peut opposer un petit nombre
au plus grand nombre" (13).
Dans ce perpétuel déséquilibre des forces, le Viêt-Nam s'est
construit par la force, atteignant son apogée territorial et
militaire sous Minh-Mang, il est bel et bien un Empire
qui
fut au demeurant admiré des Français au point que l'idée d'une
Indochine pointe "appui-spatialement" parlant, sur le territoire
viêtnamien de Gia-Long.
12.
Livre sur la médecine militaire. [retour au texte]
13.
Yveline FERAY, Tome 1, Dix mille Printemps, Editions Picquier,
Paris, 1996. [retour au texte]