L'armée et la pensée vietnamienne du Xe siècle au début du XIXe siècle - introduction
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

Le Viêt-Nam central ou Annam, forme une longue bande convexe ponctuée de petites plaines coincées entre la Mer de Chine et les hauts plateaux du Truong Song (Cordillère Annamite) culminant à 2600m au Ngoc Linh. Cette région se caractérise sur sa façade littorale, par un cordon de dunes et de lagons, et à l'Ouest, par des terrasses formées d'anciens dépôts alluvionnaires. Enfin au sud, le Mékong ou Cuu Long Giang (Fleuve des Neuf Dragons) est le second plus long fleuve d'Asie avec 4200 km de long. Il prend sa source au Tibet, traverse la Chine, longe la Birmanie, le Laos et la Thaïlande, coule ensuite au Cambodge avant de pénétrer dans le sud du Viêt-Nam et de se jeter dans la Mer de Chine Méridionale.

On l'aura compris : au niveau géographique, le Viêt-Nam est un pays d'eau mais aussi un pays de montagnes et de forêts qui recouvrent plus des trois quart de son territoire ; il va donc sans dire que son climat tout à la fois comprend des caractéristiques équatoriales voire tropicales. De fait la chaleur au Viêt-nam est particulièrement humide et, par suite, lourde et accablante. Le degré hygrométrique atteint parfois 80 en Cochinchine, 92 au Tonkin. De plus, les nuits sont presque aussi chaudes que les jours, ce qui rend le sommeil et le repos difficiles, sauf dans les régions côtières du sud Annam, où les brises nocturnes rafraîchissent la température. Toutes ces réalités vont à l'encontre d'une armée en campagne habituée à un terrain propre ; en effet les forêts et montagnes ralentissent sa marche ou sont propices aux embuscades, les fleuves sont des remparts difficiles à franchir d'autant plus que la rive adverse est truffée de pièges et n'oublions pas le climat humide qui favorise toute sortes de maladies épidémiques ou contagieuses telles que le choléra, la variole, la peste, la malaria, la lèpre, les maladies des yeux ou encore la gale…C'est ainsi que les Français perdirent prés de 60% de leurs hommes lors des campagnes de 1858-1884 (12).

Quoi qu'il en soit la géographie du pays aussi difficile soit elle n'interdit pas à elle seule, son occupation par une armée étrangère ; il faut lui adjoindre un peuple qui a la volonté de défendre sa terre. Or dans le cas du Viêt-Nam, le rapport de force démographique sera toujours en sa défaveur, surtout vis à vis de la Chine. Laissons donc Nguyên Trai, grand lettré viêtnamien du XVe siècle, fournir l'explication de la réalité viêtnamienne : "Plus la menace extérieure se fait pressante, plus elle commande la paix à l'intérieur de nos frontières. La force ou la faiblesse d'une armée ne dépendent nullement du nombre mais s'inspirent des grandes vertus d'humanité et de justice. Ainsi nous l'ont enseigné le roi moine et le généralissime Trân Hung Dao. Qui possède l'humanité peut s'appuyer sur la faiblesse pour subjuguer la force. Celui qu'anime la justice peut opposer un petit nombre au plus grand nombre" (13). Dans ce perpétuel déséquilibre des forces, le Viêt-Nam s'est construit par la force, atteignant son apogée territorial et militaire sous Minh-Mang, il est bel et bien un Empire… qui fut au demeurant admiré des Français au point que l'idée d'une Indochine pointe "appui-spatialement" parlant, sur le territoire viêtnamien de Gia-Long.


12. Livre sur la médecine militaire. [retour au texte]
13. Yveline FERAY, Tome 1, Dix mille Printemps, Editions Picquier, Paris, 1996. [retour au texte]

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