L'armée et la pensée vietnamienne du Xe siècle au début du XIXe siècle
- introduction
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

Les rivalités intra indochinoises ont favorisé l'expansion de l'ancien Dai Viêt (7) de 939, vers le Nord-Ouest mais surtout vers le Sud sur le Champa. En 939, le Dai Viêt composé du "Tonkin" des Français et d'une mince bande côtière coincée entre la mer de Chine et la cordillère annamite et dont la limite est la ville de Hoanh-Son, était constamment harcelé par les Chams du Sud, navigateurs et corsaires redoutables, qui plus est d'appartenance hindouiste. On assiste alors à un fait considérable : "la rencontre de la culture chinoise et de sa rivale indienne sur le sol d'Annam" (8), dont l'aboutissement direct sera, au prix de nombreuses guerres survenues entre 1069 et 1697, la suppression totale et l'incorporation du Champa au Dai Viêt.

Dans la seconde moitié du 18e siècle, continuant sur leur lancée, les Viêtnamiens enlèveront lambeau par lambeau la Basse-Cochinchine (9) au Cambodge et placeront le reste de son territoire sous leur protectorat en 1807. Ainsi sous le règne de Minh-Mang (1820-1840), l'expansion du Dai Viêt au Nord-Ouest sur le Laos et au Sud sur le Champa et le Cambodge est atteinte ; en effet, le Viêt-Nam ou plutôt l'empire viêtnamien comprend outre les protectorats du Cambodge, du royaume de Champassak (10) et de Luang Pra Bang (11), les territoires laotiens de Cam Lo, Lac Bien, Trân Dinh, Trân Tinh, Trân Trân, et Trân Ninh jouxtant le Mékong et enfin, les territoires cambodgiens jusque à la limite supérieur du Grand Lac.

Mais avant de devenir ce qu'il est sous le règne de Minh Mang, le Viêt-Nam s'est longtemps limité au Tonkin et à une mince bordure côtière, s'allongeant peu à peu au fil des siècles. Il partageait déjà à cette époque, près de 1150 km de frontières avec la Chine au Nord et près de 750 km avec le Laos ; ce qui explique pourquoi l'essentiel des invasions qu'il eut à subir des Laotiens, des Chinois jusqu'en 1789 ou encore des Siamois pour 1834 le furent par voie terrestre. Le Viêt-Nam, une histoire d'invasion, de guerres, de convoitises… mais au bilan un pays en perpétuelle résistance voire en perpétuelle expansion ; comment peut-on expliquer ce fait historique, si ce n'est au travers des réalités géographiques et humaines ?

En ce qui concerne réalités géographiques, le Viêt-Nam jouit d'une étonnante diversité physique. Le nord du pays est caractérisé par des chaînes de montagnes entaillées de profondes vallées, dont la principale est celle du Fleuve Rouge (Song Hong). D'autre part, près de la frontière chinoise, à la limite des provinces de Hoang Lien Son et de Lai Chau, se trouvent les plus hauts sommets du pays comme le Fan Si Pan (3096m) et le Pu Si Long (3076m). Aux régions de haute, et de moyenne montagne, faiblement peuplées, s'opposent les plaines du Cao Bang, Lang Son et Vinh Yen, irriguées par le Lo, le Chay, le Cau, le Luc Nam et le Ky Cung, ainsi que l'immense delta du fleuve rouge, où vivent les 9/10e de la population du Nord Viêt-Nam. Le fleuve rouge qui prend sa source dans la province chinoise du Yunnan puis coule dans le Nord du Viêt-Nam avant de se jeter dans le golfe du Tonkin est l'axe stratégique de première importance avec celui de Lang Son-Hanoi, d'une manière où il conduit directement à la capitale ; On comprend pour quelles raisons cette entaille géologique fut une voie traditionnelle des invasions chinoises. Couplés au Fleuve Rouge, deux affluents, le Song Lo (la rivière claire) et le Song Da (la rivière noire) constitue avec l'axe principal un réseau fluvial ramifié, à la fois axe de communication, rempart naturel mais également voie de pénétration par la Mer de Chine.


7. Dai Viêt, appellation désignant le Viêt-Nam ancien, utilisée pour la première fois par la dynastie des Ngo (939-967), fondatrice de l'Etat indépendant. Elle a été reprise par la suite, par les dynasties des Ly postérieurs et des Tran (1054-1400) puis, par les dynastie des Lê et des Nguyên (1428-1802). [retour au texte]
8. Finot, Histoire ancienne, insérée dans l'ouvrage " Indochine " publié en 1931 par le Commissariat Général de l'Exposition Coloniale Internationale. [retour au texte]
9. La Basse-Cochinchine qui est une appellation française, désigne la province de Saigon. Son appellation viêtnamienne est le Nam-Bô. [retour au texte]*
10. Le royaume de Champassak était un royaume vassal de l'empire viêtnamien du 18ème et du 19ème, situé à l'intersection des frontières actuelles du Cambodge, du Siam et du Laos. Il avait pour capitale la ville de Bassac. [retour au texte]
11. Le royaume de Luang Pra Bang, royaume vassal de l'empire viêtnamien du 18ème et du 19ème siècle, était situé au nord du Laos actuel, dans la région du Haut-Mékong. Il constitue la souche de la royauté laotienne, puisque cette région abrita du 16ème au 19ème siècle, la capitale du pays qui s'étendait sur 11.000 hectares et comprenait de nombreux temples bouddhiques. [retour au texte]

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