Les
rivalités intra indochinoises ont favorisé l'expansion de l'ancien
Dai Viêt (7) de 939,
vers le Nord-Ouest mais surtout vers le Sud sur le Champa.
En 939, le Dai Viêt composé du "Tonkin" des Français et d'une
mince bande côtière coincée entre la mer de Chine et la cordillère
annamite et dont la limite est la ville de Hoanh-Son, était
constamment harcelé par les Chams du Sud, navigateurs et corsaires
redoutables, qui plus est d'appartenance hindouiste. On assiste
alors à un fait considérable : "la rencontre de la culture
chinoise et de sa rivale indienne sur le sol d'Annam" (8),
dont l'aboutissement direct sera, au prix de nombreuses guerres
survenues entre 1069 et 1697, la suppression totale et l'incorporation
du Champa au Dai Viêt.
Dans
la seconde moitié du 18e siècle, continuant sur leur lancée,
les Viêtnamiens enlèveront lambeau par lambeau la Basse-Cochinchine (9) au
Cambodge et placeront le reste de son territoire sous leur
protectorat en 1807. Ainsi sous le règne de Minh-Mang (1820-1840),
l'expansion du Dai Viêt au Nord-Ouest sur le Laos et au Sud
sur le Champa et le Cambodge est atteinte ; en effet, le Viêt-Nam
ou plutôt l'empire viêtnamien comprend outre les protectorats
du Cambodge, du royaume de Champassak (10) et
de Luang Pra Bang (11),
les territoires laotiens de Cam Lo, Lac Bien, Trân Dinh, Trân
Tinh, Trân Trân, et Trân Ninh jouxtant le Mékong et enfin,
les territoires cambodgiens jusque à la limite supérieur du
Grand Lac.
Mais
avant de devenir ce qu'il est sous le règne de Minh Mang, le
Viêt-Nam s'est longtemps limité au Tonkin et à une mince bordure
côtière, s'allongeant peu à peu au fil des siècles. Il partageait
déjà à cette époque, près de 1150 km de frontières avec la
Chine au Nord et près de 750 km avec le Laos ; ce qui explique
pourquoi l'essentiel des invasions qu'il eut à subir des Laotiens,
des Chinois jusqu'en 1789 ou encore des Siamois pour 1834 le
furent par voie terrestre. Le Viêt-Nam, une histoire d'invasion,
de guerres, de convoitises
mais au bilan un pays en perpétuelle
résistance voire en perpétuelle expansion ; comment peut-on
expliquer ce fait historique, si ce n'est au travers des réalités
géographiques et humaines ?
En
ce qui concerne réalités géographiques, le Viêt-Nam jouit d'une étonnante
diversité physique. Le nord du pays est caractérisé par des
chaînes de montagnes entaillées de profondes vallées, dont
la principale est celle du Fleuve Rouge (Song Hong). D'autre
part, près de la frontière chinoise, à la limite des provinces
de Hoang Lien Son et de Lai Chau, se trouvent les plus hauts
sommets du pays comme le Fan Si Pan (3096m) et le Pu Si Long
(3076m). Aux régions de haute, et de moyenne montagne, faiblement
peuplées, s'opposent les plaines du Cao Bang, Lang Son et Vinh
Yen, irriguées par le Lo, le Chay, le Cau, le Luc Nam et le
Ky Cung, ainsi que l'immense delta du fleuve rouge, où vivent
les 9/10e de la population du Nord Viêt-Nam. Le fleuve rouge
qui prend sa source dans la province chinoise du Yunnan puis
coule dans le Nord du Viêt-Nam avant de se jeter dans le golfe
du Tonkin est l'axe stratégique de première importance avec
celui de Lang Son-Hanoi, d'une manière où il conduit directement à la
capitale ; On comprend pour quelles raisons cette entaille
géologique fut une voie traditionnelle des invasions chinoises.
Couplés au Fleuve Rouge, deux affluents, le Song Lo (la rivière
claire) et le Song Da (la rivière noire) constitue avec l'axe
principal un réseau fluvial ramifié, à la fois axe de communication,
rempart naturel mais également voie de pénétration par la Mer
de Chine.