[avertissement
: cet article et les suivants sont tirés d'un mémoire
de maîtrise d'histoire de l'Université de Nice
Sophia-Antipolis France, 1999. Le texte reproduit ici constitue
l'introduction de l'étude]
Le
Viêt-Nam et son peuple se sont distingués dans le passé et
le présent par sa faculté à s'auto défendre face au danger
d'une invasion étrangère.
Cette
affirmation désigne, il est vrai tout aussi bien les autres "nations" mondiales
; mais dans le cas viêtnamien, elle tient une place particulière,
voir marginale. En effet, dans l'histoire des hommes et de
leurs relations avec leurs semblables, le Viêt-Nam a toujours été en
Asie, un pôle de convoitise tant au niveau commercial que stratégique
attisant la "rapacité" de la Chine ou plus récemment de la
France au cours des impérialismes coloniaux ; Aussi, on ne
peut s'étonner d'observer que depuis 214 avant Jésus-Christ
(date des premières invasions chinoises) jusque vers 1979 (dernier
conflit avec la Chine), le Viêt-Nam a connu de nombreuses guerres
d'invasion, d'occupation et de libéralisation nationale.
Toutes
ces guerres confondues équivalent, (si l'on s'abaisse à traduire
mathématiquement le temps), à près de 56% de l'histoire du
Viêt-Nam jusqu'à aujourd'hui.
Pourquoi
autant de conflits armés ?
Depuis
la plus haute antiquité, la Péninsule indochinoise a joué un
rôle de premier plan dans les migrations et le commerce entre
la Chine et l'Inde, d'où le nom d'Indo-Chine que le géographe
danois Konrad Malte-Brun (1) (1775-1826)
lui donna dans son "Précis de Géographie Universelle". A la
croisée des échanges, le Viêt-Nam a toujours disposé de richesses
; déjà du temps du royaume de Phu-Nam (2) au
Ier-VIe siècle après Jésus-Christ, le port d'Oc-Eo près de
l'embouchure du Mékong, entretenait un commerce florissant
avec des ports du golfe de Siam, de Chine, d'Indonésie, de
Perse et même de Méditerranée. En échange de matières précieuses
tels que le jade, les bijoux et les bronzes chinois, Oc-Eo
exportait pour sa part, de l'or, de l'argent, des lapis-lazuli,
de la soie, du coton, de la nacre, du bois de santal, de l'ivoire
et de la corne de rhinocéros provenant essentiellement du territoire
viêtnamien. On comprend donc pourquoi sa position stratégique
en Asie du Sud-Est alliée à ses richesses réelles ou potentielles,
lui ont valu l'attention permanente des grandes puissances
tout au long de son histoire telle que la Chine ou les Etats
Occidentaux, et ce souvent au détriment de son indépendance
; Mais également des puissances régionales asiatiques comme
le Champa (3), le
Siam (4), le royaume
d'Angkor (5) ou encore
le Laos (6), qui ont
favorisé la formation du Viêt-Nam tel qu'on le conçoit aujourd'hui,
c'est-à-dire en tant que nation.