Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

L'édification de ce système fortifié de grande ampleur a été, comme on peut le voir d'après les dates de construction des différentes places, impulsé par Gia-Long dès 1790 et 1793 avec les places de Saigon et de Nha-trang. Lorsqu'il prend le pouvoir en 1802 après avoir réunifié le pays, Gia-Long se lance dans la fortification forcenée du pays selon le principe de Vauban tout en conservant les particularités viêtnamiennes du plan carré(1) et du cot-cô ainsi, en 1804-1805, il fait construire les places de Thanh hoa, Huê, Hanoi et Bac-Ninh. Toutefois on peut s'étonner de l'inefficacité de ces places-fortes face à la conquête française, comme à Saigon où la citadelle fut conquise en six heures. Dans cette réflexion, plusieurs raisons entrent en jeu :

1. Un armement défensif mal adapté : le système défensif de Vauban ne fonctionne correctement qu'avec une armée moderne (artillerie de longue portée et fusils à chargement ventral et rapide). Or l'armement viêtnamien était surtout composé d' armes blanches, d'arcs, de mousquets à pierre et de canons des XVIIe et XVIIIe siècles comme les couleuvrines. Disposant d'un armement défensif à faible rayon d'action, le Viêt-Nam ne pouvait rivaliser avec les lourdes pièces de marine de l'armée française et ne pouvait être efficace qu'un court instant lors de l'assaut final, en raison de l'angle mort de tir dû aux remparts et de la difficile orientation en hauteur des pièces viêtnamiennes(2)...

2. Les citadelles étaient préparées pour une attaque terrestre et non maritime : Saigon fût prise du fleuve et Tourane de la mer. Ecoutons l'avis de John Crawfurd(3) sur une possible attaque de Saigon du fleuve : " un de ses angles approche de si près la rivière, qu'un vaisseau de guerre pourrait ouvrir une brèche en quelques heures ".

3. Les raisons psychologiques entrent aussi en ligne de compte, pour la première fois, les Viêtnamiens affrontent en combat terrestre des troupes européennes. Habitués aux calculs et subtilités de la tactique asiatique, peut être ont-ils été déconcertés par la violence et la rapidité de l'attaque française.

Pour conclure nous devons reconnaître le mérite des ingénieurs militaires viêtnamiens à s'adapter et intégrer les nouvelles sciences européennes comme celle des fortifications. En un demi-siècle, ils ont modernisé les places du pays pour assurer la sécurité (confère les nombreux troubles de la première moitié du XIXe siècle) et garantir le pays contre toute attaque terrestre des Chinois au Nord ou des Siamois au Sud.

Mais, pourquoi autant de citadelles ?

La citadelle nous l'avons déjà vu, commande la province et avec ses fortifications satellitaires, les routes qui la traversent, elle constitue un lieu de défense et de contrôle des échanges grâce aux compagnies de gendarmerie (les linh-lê).
Mais au-delà de ces aspects militaires et logiques, la citadelle assoit le pouvoir du monarque dans la province. Un pouvoir qui est d'autant plus menacé qu'il est contesté par le peuple : Gia-Long alias Nguyên Anh avait mené sa reconquête du trône contre Quang Trung, en se faisant passé pour un partisan de la dynastie des Lê, déchue en 1788 lorsque le roi Lê Chieu Tong appela à son secours la dynastie mandchoue des Tsing.
Sous les Nguyên, le pouvoir est comparable à une dictature militaire, l'armée contrôle les échanges et la circulation des individus à l'entrée des villes et dans les campagnes. L'oppression et la dictature sont telles que la réaction du peuple est souvent violente : en 1833, suite à l'outrage proféré(4) par Minh-Mang sur le tombeau du Vice-Roi de Cochinchine, Lê Van Duyêt(5), réputé pour son pacifisme et sa tolérance envers les chrétiens, naquit la rébellion de Nguyên Van Koi qui partit du Gia-Dinh pour atteindre la province de Bien Hoa.
Celui-ci battu par l'armée impériale se retira deux ans dans la citadelle de Saigon qui tomba en 1835. Cette aventure sert d'exemple pour l'avenir car, comment expliquer qu'une armée de rebelles prenne et occupe durant deux ans une place-forte comme Saigon face à l'armée régulière.
Fait d'autant plus inquiétant qu'il se répétera vingt quatre ans plus tard en 1859, face aux Français.
Il est évident que la notion de forteresse n'était pas la même au Viêt-Nam qu'en Europe, au mieux s'agissait-il de lieu de concentration des troupes avant leur déploiement sur le terrain et au pire la fortification à la Vauban n'a été pour le pouvoir de Huê, qu'un moyen d'affirmer le début d'un âge d'or.
Quoiqu'il en soit et nous le voyons, les questions demeurent nombreuses et peut être pourrons-nous les cerner toutes un jour ?


1.Le plan carré n'est pas généralisé, il existe des exceptions !. [retour au texte]
2.Voir annexe 21: Vue des remparts d'une citadelle viêtnamienne. [retour au texte]
3.Malleret, Eléments d'une monographie des anciennes fortifications et citadelles de Saigon. BSEI, tome X, numéro 4, 1935 ; p. 63.[retour au texte]
4.Pour se venger du Vice-Roi de Cochinchine, Lê Van Duyêt ; Minh-Mang fit charger de chaînes son tombeau, qu'il fit ensuite battre de verges. Dans les conceptions morales du peuple viêtnamien, il s'agit d'un outrage particulièrement odieux. De là a comparer Minh-Mang à Néron, il n'y a qu'un pas à franchir. [retour au texte]
5.Malleret, Op. Cit., p. 72[retour au texte]

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