Si à l'échelle
régionale, il existe un système de défense satellitaire, on
peut dire qu'il en existe également un à l'échelle du Viêt-Nam,
formé par l'ensemble des citadelles.
Pour ceci étudions la carte fournie,
toutefois gardons-nous de la considérer comme exhaustive
pour ce qui est du positionnement et du nombre de citadelles
qui y sont reportées de par les destructions et abandons
causés par la conquête coloniale, mais aussi de par la partialité des
sources essentiellement françaises.
Nous
pourrions citer comme exemples, la destruction de la citadelle
de Hanoi suite au remaniement du plan urbain de la ville française
ou encore, les nombreux abandons de fortins comme le Col des
Nuages devenu inutile avec le nouveau tracé de la route mandarine
qui se contente dorénavant de le contourner.
Revenons à notre
sujet si, l'emplacement des citadelles est fonction de nombreux
critères comme la présence d'un chef-lieu, de considérations
géomantiques ou d'un réseau de communication, il est aussi
fonction de la géographie du pays. Examinons la carte, le Nord
est une contrée montagneuse avec de hauts plateaux dont le
seul axe de pénétration viable est la vallée du Fleuve Rouge,
il n'est donc guère étonnant de trouver dès le débouché de
ce goulet, aux environs de Hung Hoa, une concentration de citadelles
(concentration s'expliquant également par la conjoncture de
troubles que connaît le Viêt-Nam de la première moitié du 19ème
siècle avec en 1808, la constitution de deux partis rebelles à Gia-Long
dans le Tonkin Oriental, l'un au nom de la vieille dynastie
Dinh, l'autre au nom des Lê renversés par les Tay Son.
A ces
troubles internes, s'ajoute sous le règne de Gia-Long, la première
invasion des ethnies montagnardes des Méos ou Hakka et enfin,
la présence dans les provinces de Cao Bang, Thai Nguyên, Lang
Son, Bac-Ninh, de bandes chinoises connues par leurs actions
de piraterie), comme par ailleurs au niveau des nouds fluviaux
(Hanoi, Hai Duong, Hung Yên, Nam Dinh). On trouve également
sur les principales routes menant à Hanoi, et ce dès la frontière,
quelques citadelles en poste avancé comme Cao Bang, Lang Son,
Lao Kay ou encore Lay Chau.
Le
centre du Viêt-Nam, l'Annam, se distingue par un mince liseré côtier
bordé par la Chaîne Annamitique, véritable barrière naturelle.
Les citadelles y sont essentiellement placées sur la côte,
le long de la route menant à Huê, chaque forteresse constitue
un rempart de défense de la cité impériale de Huê à la façon
des trois enceintes concentriques de la capitale du roi semi-historique
An Duong au troisième siècle avant Jésus-Christ.
Il est à rappeler que
la citadelle au Viêt-Nam a une double fonction,
elle est un centre fortifié abritant une garnison
et son armement, mais elle est aussi une capitale
provinciale avec son économie et ses échanges...
Aussi, si la citadelle tombe, la province tombe.
Le
Sud, bas pays marécageux et récemment conquis sur le Cambodge
en 1780, dispose des places de Ha Tien, Long Xuyên, Vinh Long,
My Tho, Thay Ninh, Bien Hoa et Saigon. Leur multiplicité et
leur rayonnement autour de Saigon, chef-lieu de la province,
tient compte de la géographie de la plaine. Composée essentiellement
de rizières en raison de sa nature fluviale et de son faible
vallonnement, la province s'est vue fortement fortifiée d'autant
plus qu'elle était " neuve " dans l'Empire.
Les citadelles sont toutes placées
par intérêt stratégique aux limites frontalières (Ha Tien,
Long Xuyên, Tay Ninh) ou aux abords du fleuve, voie de communication
majeure (Vinh Long, My Tho, Saigon, Bien hoa ou encore Long
Xuyên). Toutefois, deux places fortes principales, Saigon
et Bien Hoa, s'extirpent de ce réseau fortifié en raison
de leur fonction stratégique majeure. Elles défendent l'accès
de Huê et constituent un obstacle incontournable par leur
site : elles sont en effet placées au centre d'un goulet
géographique, entre le Dong-Nai à l'Ouest qui coupe le Sud
Viêt-Nam jusqu'à la frontière avec le Cambodge et à l'Est,
les plateaux de la Cordillère Annamite.