De
même qu'à Saigon, la capitale du Viêt-Nam, Huê, disposait de
son propre système de défense constitué au Sud par trois éléments
dont le fortin du Col des Nuages (annexe 21) et au
Nord par les places-fortes de Quang-Tri et Dong-Hoi. Concentrons-nous
sur le Sud, le système défensif s'étendait sur le versant nord
des montagnes de Hai, du Col des Nuages au village de Lang
Cô, le long de l'ancienne route mandarine, il était constitué premièrement
par le fortin du Col des nuages (Dôn Nhût), deuxièmement par
un élément de fortification détruit à ce jour (Dôn Nhi) et
troisièmement par un fortin assez important qui se trouvait à Lang
Cô (Dôn Ba).
Ces trois forts construits
en 1826 sous Minh-Mang, avaient tous une
importance stratégique dans le contrôle de la route menant à Huê.
Le fortin du Col des Nuages, premier rempart
de défense constituait la clé du système :
situé à 496 mètres à l'unique point de passage
des montagnes Hai, dont les plus hauts sommets
culminent a plus de 1000 mètres de hauteur,
et dans l'axe de la route mandarine reliant
Tourane à Huê, le fortin du Col des Nuages
par sa position dominante enserrée dans son écrin
rocheux, constituait un élément menaçant même
pour une armée européenne. Ecoutons à ce sujet,
une anecdote du Général Lyautey sur l'issue
d'un assaut mené par une compagnie de débarquement
française (aujourd'hui, les Marsouins) contre
le fortin en 1856 :
" C'est ici même qu'en 1856, une de nos compagnies de débarquement a été ramenée
sous la seule avalanche de boulets pleins qu'on ne s'était même pas donné la
peine de tirer et qui lui ont écrasés trois cents hommes "(1).
Par
sa position dominante, le fortin avait une vision dégagée au
Nord sur les côtes d'Annam, à l'est sur le large et au Sud,
sur la baie de Tourane et sur la route qui montait vers lui,
il répondait parfaitement aux principes de Sun-Tzu conseillant
de se battre en descendant(2) et,
possédait pour conserver son hégémonie sur le terrain environnant,
six pièces d'artillerie en bronze et en fonte. Construit à même
sur la route qui le traversait via la " Porte de Tourane " au
Sud et la " Porte de Huê " au Nord, le fortin possédait
d'épaisses murailles en maçonnerie de grosses pierres, percées
de chaque côté de la Porte de Tourane, de trois embrasures
pour les pièces d'artillerie et d'une garnison de cinquante
hommes commandée par un mandarin militaire de rang inférieur.
Sa fonction première,
démontrée par l'orientation Sud des six canons
du fortin, était de protéger l'accès de Huê d'un
ennemi venant du Sud. Le deuxième fortin appelé aussi
Dôn Nhi était situé lui aussi sur la route
de Huê dont il commandait lui aussi l'accès.
Cependant, il semblerait
qu'il ait été considéré de moindre importance
de par sa faible garnison de dix soldats, placée
sous la direction d'un petit mandarin militaire
du même grade que son homologue du Col des
Nuages. Au mieux, avait-il une fonction de
contrôle des marchandises ou des individus,
puisqu'il n'y a aucune mention sur la présence
de quelconque pièce d'artillerie.
Comme nous venons de
le voir le fort du Col des Nuages et le second
fort avaient pour fonction principale le contrôle
de la traversée des montagnes Hai, mais il était
tout à fait possible pour l'ennemi refusant
d'affronter ces obstacles, de les contourner
par voie de mer pour débarquer ses troupes
dans la lagune de Lang Cô. Ceci explique la
construction du fort troisième ou Dông-Ba dont
la fonction était de défendre l'entrée de la
passe de Lang Cô, et de plus de ravitailler
le fort premier (Dôn Nhût) et le fort deuxième
(Dôn Nhi).
Pour ce faire, il était
construit sur la base d'un grand carré entouré de
murs épais en moellons, défendu par une garnison
fournie par la milice du village de Lang Cô et
qui était renforcée en cas de troubles ou de
guerre, par un détachement de soldats réguliers
de l'armée royale résidant à Huê. Pour ce qui
est de l'approvisionnement des deux forts pré-cités,
il possédait à l'intérieur de ses murs, un
magasin abritant des approvisionnements de
riz, de munitions et de sapèques.
Par
ses deux exemples de systèmes fortifiés satellitaires régionales à Saigon
et Huê, nous constatons la main-mise de la fortification sur
le terrain au Viêt-Nam. Les fortifications annexes assistent
la place-forte dans le commandement de la province par leur
emplacement stratégique (noud routier, fluvial, passage montagneux,
guet.) et leur facilité à s'adapter au terrain.