Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

De même qu'à Saigon, la capitale du Viêt-Nam, Huê, disposait de son propre système de défense constitué au Sud par trois éléments dont le fortin du Col des Nuages (annexe 21) et au Nord par les places-fortes de Quang-Tri et Dong-Hoi. Concentrons-nous sur le Sud, le système défensif s'étendait sur le versant nord des montagnes de Hai, du Col des Nuages au village de Lang Cô, le long de l'ancienne route mandarine, il était constitué premièrement par le fortin du Col des nuages (Dôn Nhût), deuxièmement par un élément de fortification détruit à ce jour (Dôn Nhi) et troisièmement par un fortin assez important qui se trouvait à Lang Cô (Dôn Ba).
Ces trois forts construits en 1826 sous Minh-Mang, avaient tous une importance stratégique dans le contrôle de la route menant à Huê. Le fortin du Col des Nuages, premier rempart de défense constituait la clé du système : situé à 496 mètres à l'unique point de passage des montagnes Hai, dont les plus hauts sommets culminent a plus de 1000 mètres de hauteur, et dans l'axe de la route mandarine reliant Tourane à Huê, le fortin du Col des Nuages par sa position dominante enserrée dans son écrin rocheux, constituait un élément menaçant même pour une armée européenne. Ecoutons à ce sujet, une anecdote du Général Lyautey sur l'issue d'un assaut mené par une compagnie de débarquement française (aujourd'hui, les Marsouins) contre le fortin en 1856 :
" C'est ici même qu'en 1856, une de nos compagnies de débarquement a été ramenée sous la seule avalanche de boulets pleins qu'on ne s'était même pas donné la peine de tirer et qui lui ont écrasés trois cents hommes "(1).

Par sa position dominante, le fortin avait une vision dégagée au Nord sur les côtes d'Annam, à l'est sur le large et au Sud, sur la baie de Tourane et sur la route qui montait vers lui, il répondait parfaitement aux principes de Sun-Tzu conseillant de se battre en descendant(2) et, possédait pour conserver son hégémonie sur le terrain environnant, six pièces d'artillerie en bronze et en fonte. Construit à même sur la route qui le traversait via la " Porte de Tourane " au Sud et la " Porte de Huê " au Nord, le fortin possédait d'épaisses murailles en maçonnerie de grosses pierres, percées de chaque côté de la Porte de Tourane, de trois embrasures pour les pièces d'artillerie et d'une garnison de cinquante hommes commandée par un mandarin militaire de rang inférieur.
Sa fonction première, démontrée par l'orientation Sud des six canons du fortin, était de protéger l'accès de Huê d'un ennemi venant du Sud. Le deuxième fortin appelé aussi Dôn Nhi était situé lui aussi sur la route de Huê dont il commandait lui aussi l'accès.
Cependant, il semblerait qu'il ait été considéré de moindre importance de par sa faible garnison de dix soldats, placée sous la direction d'un petit mandarin militaire du même grade que son homologue du Col des Nuages. Au mieux, avait-il une fonction de contrôle des marchandises ou des individus, puisqu'il n'y a aucune mention sur la présence de quelconque pièce d'artillerie.
Comme nous venons de le voir le fort du Col des Nuages et le second fort avaient pour fonction principale le contrôle de la traversée des montagnes Hai, mais il était tout à fait possible pour l'ennemi refusant d'affronter ces obstacles, de les contourner par voie de mer pour débarquer ses troupes dans la lagune de Lang Cô. Ceci explique la construction du fort troisième ou Dông-Ba dont la fonction était de défendre l'entrée de la passe de Lang Cô, et de plus de ravitailler le fort premier (Dôn Nhût) et le fort deuxième (Dôn Nhi).
Pour ce faire, il était construit sur la base d'un grand carré entouré de murs épais en moellons, défendu par une garnison fournie par la milice du village de Lang Cô et qui était renforcée en cas de troubles ou de guerre, par un détachement de soldats réguliers de l'armée royale résidant à Huê. Pour ce qui est de l'approvisionnement des deux forts pré-cités, il possédait à l'intérieur de ses murs, un magasin abritant des approvisionnements de riz, de munitions et de sapèques.

Par ses deux exemples de systèmes fortifiés satellitaires régionales à Saigon et Huê, nous constatons la main-mise de la fortification sur le terrain au Viêt-Nam. Les fortifications annexes assistent la place-forte dans le commandement de la province par leur emplacement stratégique (noud routier, fluvial, passage montagneux, guet.) et leur facilité à s'adapter au terrain.


1.Lettre du Tonkin et de Madagascar (1894-1899), par Lyautey, tome 2. Voir, H. Cosserat, Le fortin du col des nuages. BAVH, 1921, p. 62. [retour au texte]
2.Sun-Tzu, L'art de la guerre, Editions Champs Flammarion, 1972, p. 155, principe 2. [retour au texte]

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