Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

La fortification au Viêt-Nam ne se réduit pas à des citadelles chefs-lieux de province qui en commandent l'accès, sa réalité est tout autre, puisque l'ensemble constitue un système de défense fortifié en lui-même qui se répartit à deux niveaux : le niveau inférieur qui gravite autour de la place-forte avec les deux forts détachés de Saigon et le fortin du Col des Nuages et, le niveau supérieur constitué par l'ensemble des citadelles qui gravitent autour de la capitale de Huê. Le système fortifié satellitaire viêtnamien présente un caractère unique par-rapport au système Vauban, dont il s'inspire pourtant.

Ce système doit sa marginalité au relief et à la nature du pays qui diffère hautement de la France. Lorsque Vauban établit son système, celui-ci s'inscrivait dans les guerres d'expansion territoriales de Louis XIV qui occupe la Flandres en 1668 et la Franche-Comté en 1678-79 ainsi, à cette expansion terrestre, répond le besoin de défendre un vaste territoire via la construction d'importantes villes-citadelles, dispersées dans l'ensemble du pays.
Au temps de l'Empire du Viêt-Nam, l'essor des places-fortes est analogue à l'époque de Vauban, mais la configuration du pays à défendre est totalement différente : la France comparable à un vaste hexagone est dans une grande majorité plate dans sa moitié Nord et Sud-Ouest vers la mer et présente de vastes espaces aménageables d'où cette multiplication des citadelles au contraire, le Viêt-Nam s'étire sur toute sa largeur en un mince liseré territorial, bordé à l'Est par la mer et à l'Ouest par la Cordillère Annamite, véritable barrage rocheux.
Une telle configuration géographique a favorisé dans le domaine des fortifications au Viêt-Nam, l'élaboration d'un syncrétisme militaire franco-viêtnamien mariant les défenses détachées des places-fortes Vauban dans le glacis et un système de défense satellitaire et régional autour de la place, prenant appui sur le relief et la végétation alentour. Tel est le cas du fortin du Col des Nuages et des forts détachés de Saigon qui concrétisent ces deux aspects.

La défense de la place de Saigon est complétée par deux forts détachés, le fort Sud et le fort Nord, placés de part et d'autre de la rivière de Saigon, de manière à retarder et à prévenir la progression d'une escadre venue de la mer. Le positionnement de ces deux forts comme le démontre "l'Histoire des Expéditions de Chine et de Cochinchine " de Bazencourt(1), n'a pas été choisi à la légère puisqu'il prend en compte la végétation et les possibilités d'embuscade qu'elle apporte :

"Les abords de la rivière formés de terrains fangeux, où croissent de hautes herbes, sont couverts de plantations très élevées et de buissons épais très favorables à la défense. L'ennemi peut facilement masquer des batteries au moyen de ces obstacles naturels, et les découvrir tout à coup par un feu de mitraille, au moment le plus propice".

Mais outre cet intérêt stratégique, le positionnement des deux forts est aussi fonction de leur protection, les forts Sud et Nord mesuraient respectivement cent quinze sur deux cents huit mètres et deux cents quarante-six sur deux cents cinquante mètres environ, ils devaient leur défense à la protection naturelle de la rivière de Saigon, de ses affluents comme le Rach Bang et des marécages environnants. Ardant du Picq cite ainsi :

"La face Nord du fort Sud donnait directement sur la rivière et les trois autres étaient protégés par les bras du Rach Bang [.] Du côté de l'Est, l'ouvrage était pourvue d'une batterie annexe protégée par un terrain marécageux qu'encerclait deux bras du Rach [.] Le fort du Nord utilisait lui aussi, la protection naturelle des arroyos et des marécages"(2).

Cette défense locale s'intégrait dans un ensemble régional constitué entre 1790 et 1859 et axée principalement sur le fleuve, voie majeure de pénétration commerciale et militaire. Cet ensemble était composé du fort de Vung Tau au Cap Saint-Jacques (en réalité un fort en pierre avec deux batteries de canons), du fort de "Can-Giô" et enfin des forts de "Nghia", "Biguekaque", "Kiala", "Tangray" et "Tanky"(3). Nous avons employé le passé pour parler de ces forts en raison de leur destruction systématique suite à leur prise par le génie militaire français, qui ne souhaitait pas se retrouver enfermé dans la Rizière(4). En outre cette défense constituait une menace sérieuse pour une escadre ne disposant que de canons à courte portée et un facteur de troubles ou d'interruption du ravitaillement et des communications. Bref, une épine bien gênante dans les arrières d'une armée en campagne.


1.Ardant de Picq, Op. Cit., p. 92. [retour au texte]
2.Ardant de Picq, Op. Cit., p. 92. [retour au texte]
3.Malleret, Eléménts d'une monographie des anciennes fortifications et citadelles de Saigon. BSEI, tome X, numéro 4, 1935 ; p. 93.[retour au texte]
4.Saigon était le grenier à riz du Viêt-Nam. [retour au texte]

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