Les
citadelles à plan polygonal ont majoritairement un tracé hexagonal
sauf le pentagone de Hai Duong. La première citadelle à plan
hexagonal régulier est Bac-Ninh (annexe 19) qui comme
nous l'avons déjà vu, fut transférée de Dap Câu à Bac-Ninh
en 1805 par Gia-Long.
Construite d'abord en
terre sous ce roi, elle est reconstruite(1) en
1824 sous Minh-Mang en pierre d'abeille,
nom viêtnamien de la latérite, puis en brique en
1839. Le tracé de la citadelle étant un hexagone
régulier, les côtés du polygone constituent
les courtines alors que les angles de raccordement
de celles-ci sont coiffés d'un bastion à saillant
avancé, formant lunette d'angle.
D'après la géographie
de Bac-Ninh(2),
la longueur d'une courtine est de soixante-douze
tâm, soit cent cinquante-deux mètres soixante-quatre
centimètres et, celle du bastion, de vingt-cinq
tâm, six xich, six pouces, soit cinquante-cinq
mètres soixante-quatre centimètres, le rempart
ainsi constitué avait une longueur de deux
kilomètres deux cents quatre-vingt-quatre mètres
et trente-quatre centimètres. La citadelle
comportait quatre portes prolongées par quatre
ponts pour la traversée du fossé, portant
les noms de portes "Avant, Arrière, Gauche
et Droite", construites entre 1805 et
1814 et dont l'orientation comme le dit Ardant
de Picq dans son étude sur Bac-Ninh correspond "aux
tracés des remparts tout en ayant pu être dictés
par des considérations géomantiques. Conformément
aux anciens rites, l'orientation des portes
réglait selon les époques, les mouvements de
la garnison"(3).
D'après les traités antiques(4) que
nous avons déjà étudiés dans le paragraphe
sur les marches : "on devait en effet,
suivant les saisons, sortir par la porte de
l'Est, de l'Ouest, du Sud ou du Nord avec un
armement spécial de l'homme d'avant-garde, épée
au printemps, arc en été, fusil en automne,
lance en hiver. Il fallait choisir les jours
propices sur des tables rédigées à cet effet
et en outre vêtir les hommes de bleu, de rouge,
de jaune, de blanc ou de noir en invoquant,
selon le cas, le génie Thanh Dê ou l'Empereur
Bleu, Xich Dê ou l'Empereur Rouge, Hoang Dê ou
l'Empereur Jaune, Bach Dê ou l'Empereur Blanc,
Hach Dê ou l'Empereur Noir".
Quoiqu'il
en soit, malgré les innovations de règne, le plan de Gia-Long
a été conservé par ses successeurs, si ce n'est la contrescarpe
régularisée par Minh-Mang lorsqu'il la reconstruisit en pierre.
Cette contrescarpe était constituée par des courtines comme
pour l'ouvrage principal, mais à chaque angle rentrant était élevé un
saillant. Enfin comme toutes les autres citadelles, un large
fossé l'entourait, précédé d'un glacis.
Conçues
sur le même plan que Bac-Ninh, les citadelles de Thanh-Hoa
et de Vinh situées à la périphérie Nord de l'Annam, ont été construites
respectivement en 1804 sous Gia-Long et en 1831 sous Minh-Mang.
Mais contrairement aux citadelles pré-citées qui adoptent toutes le système
de défense Vauban, celles ci sont un savant mélange de Vauban et d'antiques
citadelles chinoises puisque, la forteresse de Vinh est entourée par un rectangle
formant la première ligne de défense.
Or, nous avons déjà rencontré cette
défense antique dans l'introduction sur l'origine
de la fortification au Viêt-Nam.
Nous voyons donc par
ce fait que les Viêtnamiens n'ont pas oublié les
antiques principes appris des Chinois au contact
des Européens. Au contraire cette étude des
citadelles tend à montrer la constitution d'un
syncrétisme culturo-militaire de la part des Viêtnamiens par le mélange fait
entre les nombreuses considérations géomantiques, les aspects géostratégiques
et l'adaptation du tracé de la citadelle au terrain selon les principes de
Vauban.