Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

Les citadelles à plan polygonal ont majoritairement un tracé hexagonal sauf le pentagone de Hai Duong. La première citadelle à plan hexagonal régulier est Bac-Ninh (annexe 19) qui comme nous l'avons déjà vu, fut transférée de Dap Câu à Bac-Ninh en 1805 par Gia-Long.
Construite d'abord en terre sous ce roi, elle est reconstruite(1) en 1824 sous Minh-Mang en pierre d'abeille, nom viêtnamien de la latérite, puis en brique en 1839. Le tracé de la citadelle étant un hexagone régulier, les côtés du polygone constituent les courtines alors que les angles de raccordement de celles-ci sont coiffés d'un bastion à saillant avancé, formant lunette d'angle.
D'après la géographie de Bac-Ninh(2), la longueur d'une courtine est de soixante-douze tâm, soit cent cinquante-deux mètres soixante-quatre centimètres et, celle du bastion, de vingt-cinq tâm, six xich, six pouces, soit cinquante-cinq mètres soixante-quatre centimètres, le rempart ainsi constitué avait une longueur de deux kilomètres deux cents quatre-vingt-quatre mètres et trente-quatre centimètres. La citadelle comportait quatre portes prolongées par quatre ponts pour la traversée du fossé, portant les noms de portes "Avant, Arrière, Gauche et Droite", construites entre 1805 et 1814 et dont l'orientation comme le dit Ardant de Picq dans son étude sur Bac-Ninh correspond "aux tracés des remparts tout en ayant pu être dictés par des considérations géomantiques. Conformément aux anciens rites, l'orientation des portes réglait selon les époques, les mouvements de la garnison"(3). D'après les traités antiques(4) que nous avons déjà étudiés dans le paragraphe sur les marches : "on devait en effet, suivant les saisons, sortir par la porte de l'Est, de l'Ouest, du Sud ou du Nord avec un armement spécial de l'homme d'avant-garde, épée au printemps, arc en été, fusil en automne, lance en hiver. Il fallait choisir les jours propices sur des tables rédigées à cet effet et en outre vêtir les hommes de bleu, de rouge, de jaune, de blanc ou de noir en invoquant, selon le cas, le génie Thanh Dê ou l'Empereur Bleu, Xich Dê ou l'Empereur Rouge, Hoang Dê ou l'Empereur Jaune, Bach Dê ou l'Empereur Blanc, Hach Dê ou l'Empereur Noir".

Quoiqu'il en soit, malgré les innovations de règne, le plan de Gia-Long a été conservé par ses successeurs, si ce n'est la contrescarpe régularisée par Minh-Mang lorsqu'il la reconstruisit en pierre. Cette contrescarpe était constituée par des courtines comme pour l'ouvrage principal, mais à chaque angle rentrant était élevé un saillant. Enfin comme toutes les autres citadelles, un large fossé l'entourait, précédé d'un glacis.

Conçues sur le même plan que Bac-Ninh, les citadelles de Thanh-Hoa et de Vinh situées à la périphérie Nord de l'Annam, ont été construites respectivement en 1804 sous Gia-Long et en 1831 sous Minh-Mang.
Mais contrairement aux citadelles pré-citées qui adoptent toutes le système de défense Vauban, celles ci sont un savant mélange de Vauban et d'antiques citadelles chinoises puisque, la forteresse de Vinh est entourée par un rectangle formant la première ligne de défense.
Or, nous avons déjà rencontré cette défense antique dans l'introduction sur l'origine de la fortification au Viêt-Nam.
Nous voyons donc par ce fait que les Viêtnamiens n'ont pas oublié les antiques principes appris des Chinois au contact des Européens. Au contraire cette étude des citadelles tend à montrer la constitution d'un syncrétisme culturo-militaire de la part des Viêtnamiens par le mélange fait entre les nombreuses considérations géomantiques, les aspects géostratégiques et l'adaptation du tracé de la citadelle au terrain selon les principes de Vauban.


1.Ardant de Picq, Op. Cit., p. 307. [retour au texte]
2.Bac-Ninh tinh dia du - Géographie de Bac-Ninh (1815). Ardant de Picq, Op. Cit., p. 304. [retour au texte
3.Ardant de Picq, Op. Cit., p. 305.[retour au texte
4.Dumoutier, L'astrologie considérée plus spécialement dans ses applications à l'art militaire. Revue Indochinoise, Novembre - Décembre, 1914 ; p. 455-475. [retour au texte]

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