Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
Bibliographie - Glossaire

 

Ces deux récits datés du début XIXe nous fournissent de précieuses données sur l'ordonnancement des citadelles au Viêt-Nam, mais quelques compléments sont a ajouter.
Pour ce qui est du profil en règle générale, les fossés ont une profondeur de 3 mètres 50, tandis que les remparts qui les surplombent de 4 à 6 mètres, ont une épaisseur d'environ 1 mètre 30 au sommet et de 2 mètres au niveau de la base. Les portes comme le décrit si bien John White, sont surmontées de pavillons ressemblant à une tour, percées de quatre portes principales et de six petites portes, murées par des claires-voies de briques. On y accède par deux escaliers symétriques donnant sur les remparts qui enjambent la porte enfin, toutes ces portes sont ornées à l'extérieur d'un cartouche portant en caractères chinois, leurs noms respectifs "Porte Nord, Porte Sud, Porte Est, Porte Ouest". L'intérieur de la citadelle est occupé par le mirador, la pagode(1) royale, les bâtiments de l'administration viêtnamienne, les greniers, les magasins d'armes et les casernes. Ces édifices se groupent en général en deux quartiers séparés par une allée transversale reliant les bastions Est et Ouest : le quartier Sud où se retrouvent le mirador, la pagode royale et les maisons des hauts fonctionnaires tels que la résidence du Tong Dôc (gouverneur de province), le bureau du Bô Chan (trésorier ou mandarin fiscal), le bureau du Lanh Binh (commandant des troupes de la province), le bureau du An-Sat (juge de la province) et le corps de garde et, le quartier Nord comprenant les greniers publics, les magasins de sel, de sapèques, de meubles, d'armes, sans oublier l'écurie des éléphants, le deuxième corps de garde et la poudrière.

Pour finir ce paragraphe sur l'intérieur typique d'une citadelle, nous nous intéresserons au mirador, ce bâtiment déjà signalé par John White comme un mât de drapeau, est une particularité de l'architecture militaire viêtnamienne. Il s'agit d'une tour reposant sur deux terrasses superposées et entourées de balustrades, auxquelles on accède par deux escaliers extérieurs Est et Ouest. Sur la terrasse supérieure, s'élève la tour qui présente la forme d'une pyramide octogonale tronquée et dont les faces sont percées de lucarnes à rosace, le sommet est dix-huit mètres quarante-cinq au-dessus du sol naturel.

Mais quelle serait sa vraie fonction, outre celle de porter les couleurs viêtnamienne comme l'affirme John White ?

La géographie de Tu-Duc(2) (Dai Nam Nhut Thông Chi) nous donne la réponse, le côt-co ou poteau du drapeau était à l'origine en 1790, un mât à trois étages en forme de boisseau ayant huit côtés où il était maintenu par des cordes. Des soldats y étaient mis en faction ; ainsi en cas de danger, le jour on déployait le drapeau comme signal d'alerte et la nuit, on pendait une lampe. Par la suite avec la construction des citadelles en pierre à la Vauban, construites de fait pour durer, le côt-co s'est transformé en tour de briques donnant lieu à un style architectural franco-viêtnamien (la France avec sa maîtrise des citadelles à la Vauban et le Viêt-Nam avec son architecture militaire traditionnelle).

Outre Saigon, il existe d'autres citadelles à plan carré que nous allons énumérer, telle que la capitale du Viêt-Nam au 19ème siècle, Huê(3), construite sous Gia-Long en 1805 sur un terrain mêlant toujours les considérations géomantiques (l'écran du roi ou le masque contre les puissances maléfiques et les méandres de la rivière qui illustrent l'harmonie du dragon Bleu et du Tigre Blanc), et les aspects stratégiques (écrin protecteur formé par la Rivière des Parfums sur les quatre faces de la forteresse). Le tracé de la citadelle est un vaste carré de 2 800 mètres de côté avec bastions et lunettes d'angle. Construite à ses débuts en terre, la citadelle a subi peu à peu de nombreuses innovations : les remparts percés de dix portes ont été élevés en briques de 1818 à 1822 et les miradors (cot-cô) sont élevés de 1824 à 1831 sous le règne de Minh-Mang. Comme le dit Bezacier(4), "c'est plus une enceinte fortifiée au centre de laquelle est édifié le palais royal, qu'une citadelle ". En outre, elle est la seule qui possède une fortification externe, le Mang-Ca (voir plan-annexe ), mais attenante à la citadelle. Sa construction est démontrée par l'observation de la carte. Le Mang-Ca qui a la forme d'une excroissance, s'avance sur la Rivière des Parfums et constitue le centre de commandement de cette portion de la rivière, chose qui eût été impossible voire difficile sans sa présence.


1.La pagode désigne soit un édifice religieux bouddhique, soit un pavillon à toitures étagées de la Chine et du Japon. Dans ce cas, il s'agit de la seconde définition. [retour au texte]
2.Malleret, Op. Cit ., p. 56.[retour au texte]
3.Voir annexe : le plan de la citadelle de Huê. [retour au texte]
4.L. Bezacier, L'art viêtnamien, Editions de l'Union Française, Paris, p. 90 [retour au texte]

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés