Ces
deux récits datés du début XIXe nous fournissent de précieuses
données sur l'ordonnancement des citadelles au Viêt-Nam,
mais quelques compléments sont a ajouter.
Pour ce qui est du
profil en règle générale, les fossés ont une profondeur
de 3 mètres 50, tandis que les remparts qui
les surplombent de 4 à 6 mètres, ont une épaisseur
d'environ 1 mètre 30 au sommet et de 2 mètres
au niveau de la base. Les portes comme le décrit
si bien John White, sont surmontées de pavillons
ressemblant à une tour, percées de quatre portes
principales et de six petites portes, murées
par des claires-voies de briques. On y accède
par deux escaliers symétriques donnant sur
les remparts qui enjambent la porte enfin,
toutes ces portes sont ornées à l'extérieur
d'un cartouche portant en caractères chinois,
leurs noms respectifs "Porte Nord, Porte
Sud, Porte Est, Porte Ouest". L'intérieur
de la citadelle est occupé par le mirador,
la pagode(1) royale,
les bâtiments de l'administration viêtnamienne,
les greniers, les magasins d'armes et les casernes.
Ces édifices se groupent en général en deux
quartiers séparés par une allée transversale
reliant les bastions Est et Ouest : le quartier
Sud où se retrouvent le mirador, la pagode
royale et les maisons des hauts fonctionnaires
tels que la résidence du Tong Dôc (gouverneur
de province), le bureau du Bô Chan (trésorier
ou mandarin fiscal), le bureau du Lanh Binh
(commandant des troupes de la province), le
bureau du An-Sat (juge de la province) et le
corps de garde et, le quartier Nord comprenant
les greniers publics, les magasins de sel,
de sapèques, de meubles, d'armes, sans oublier
l'écurie des éléphants, le deuxième corps de
garde et la poudrière.
Pour
finir ce paragraphe sur l'intérieur typique d'une citadelle,
nous nous intéresserons au mirador, ce bâtiment déjà signalé par
John White comme un mât de drapeau, est une particularité de
l'architecture militaire viêtnamienne. Il s'agit d'une tour
reposant sur deux terrasses superposées et entourées de balustrades,
auxquelles on accède par deux escaliers extérieurs Est et Ouest.
Sur la terrasse supérieure, s'élève la tour qui présente la
forme d'une pyramide octogonale tronquée et dont les faces
sont percées de lucarnes à rosace, le sommet est dix-huit mètres
quarante-cinq au-dessus du sol naturel.
Mais
quelle serait sa vraie fonction, outre celle de porter les
couleurs viêtnamienne comme l'affirme John White ?
La
géographie de Tu-Duc(2) (Dai
Nam Nhut Thông Chi) nous donne la réponse, le côt-co ou poteau
du drapeau était à l'origine en 1790, un mât à trois étages
en forme de boisseau ayant huit côtés où il était maintenu
par des cordes. Des soldats y étaient mis en faction ; ainsi
en cas de danger, le jour on déployait le drapeau comme signal
d'alerte et la nuit, on pendait une lampe. Par la suite avec
la construction des citadelles en pierre à la Vauban, construites
de fait pour durer, le côt-co s'est transformé en tour de briques
donnant lieu à un style architectural franco-viêtnamien (la
France avec sa maîtrise des citadelles à la Vauban et le Viêt-Nam
avec son architecture militaire traditionnelle).
Outre
Saigon, il existe d'autres citadelles à plan carré que nous
allons énumérer, telle que la capitale du Viêt-Nam au 19ème
siècle, Huê(3),
construite sous Gia-Long en 1805 sur un terrain mêlant toujours
les considérations géomantiques (l'écran du roi ou le masque
contre les puissances maléfiques et les méandres de la rivière
qui illustrent l'harmonie du dragon Bleu et du Tigre Blanc),
et les aspects stratégiques (écrin protecteur formé par la
Rivière des Parfums sur les quatre faces de la forteresse).
Le tracé de la citadelle est un vaste carré de 2 800 mètres
de côté avec bastions et lunettes d'angle. Construite à ses
débuts en terre, la citadelle a subi peu à peu de nombreuses
innovations : les remparts percés de dix portes ont été élevés
en briques de 1818 à 1822 et les miradors (cot-cô) sont élevés
de 1824 à 1831 sous le règne de Minh-Mang. Comme le dit Bezacier(4), "c'est
plus une enceinte fortifiée au centre de laquelle est édifié le
palais royal, qu'une citadelle ". En outre, elle est la
seule qui possède une fortification externe, le Mang-Ca (voir
plan-annexe ), mais attenante à la citadelle. Sa construction
est démontrée par l'observation de la carte. Le Mang-Ca qui
a la forme d'une excroissance, s'avance sur la Rivière des
Parfums et constitue le centre de commandement de cette portion
de la rivière, chose qui eût été impossible voire difficile
sans sa présence.