Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

Les citadelles viêtnamiennes sont de formes assez variées dans leurs tracés et profils, le carré est privilégié de par les anciens principes chinois comme pour la place de Saigon construite en 1790 par l'ingénieur français Olivier de Puymanel. Saigon. Parce qu'elle est la première citadelle à la Vauban construite au Viêt-Nam, elle va constituer dans un premier temps dans cette étude sur les citadelles, l'exemple type pour la construction et l'ordonnancement d'une place dans le Viêt-Nam du 19ème siècle et dans un second temps, nous aborderons les différentes et principales citadelles du pays de par leur plan.

Construite en 1790, la première citadelle de Saigon ou plutôt de Bên Nghé sera détruite pour être reconstruite en pierre en 1836 sous Minh-Mang, suite à son occupation par le rebelle Nguyên Van Khoi de 1833 à 1835. Pendant cette période de quarante-cinq ans, elle subira de nombreuses modifications - comme l'ajout d'un palais de repos et de voyage, de tours octogones pour les cloches et tambours, le pavillon Thânh Minh et de nouvelles casernes - sans pour autant être achevée. Quoiqu'il en soit, la place constituait comme toutes les autres places viêtnamiennes, le siège du gouvernement et de la forteresse, par rapport à la ville commerçante, éloignée de quatre kilomètres huit cent vingt-sept mètres et s'étendant sur la rive Est du fleuve. Pour mieux nous imaginer cette citadelle, laissons le diplomate anglais John Crawfurd(1) nous la décrire :

" La citadelle de Saigon a une forme de parallélogramme ; le plan primitif paraît avoir été de conception européenne, mais a été laissé incomplet. Elle a un glacis régulier, une esplanade, un fossé à sec d'une largeur considérable, des remparts et des bastions selon les règles. A l'exception des quatre portes principales, l'ensemble de la forteresse est construite en terre, maintenant partout recouverte d'un gazon verdoyant. Les portes comprennent quatre grandes ouvertures et beaucoup d'autres petites. Les grandes portes sont bâties en pierre, avec de la chaux et sont très solidement construites, bien qu'une tour chinoise avec un toit en double baldaquin leur donne un aspect grotesque et dépourvue de caractère militaire. On approche d'elles par un zigzag dans le glacis, et elles sont reliées à la contrescarpe par un remblai sans aucun pont-levis. L'intérieur est propre, disposé en ordre et présente l'aspect d'une répartition et d'une ordonnance européenne ".

En complément de cette description extérieure de la citadelle, écoutons le récit du lieutenant de vaisseau américain John White(2) pour ce qui est de son ordonnancement extérieur en 1819 :

" Là, résident le vice-roi et tous les fonctionnaires militaires, et il y a des casernes vastes et commodes, suffisantes pour loger 50 000 hommes de troupes. Le palais royal se trouve au centre de la cité, sur une belle pelouse, et il occupe avec ses jardins environ huit âcres (3,25 ha), enclos d'une haute palissade. C'est une construction oblongue d'environ soixante sur cent pieds (18,3 / 30,5 mètres), construite principalement en briques. Il s'élève à environ six pieds (2 mètres) au-dessus du sol, sur un soubassement de briques et est accessible par un escalier massif aux marches de bois. De chaque côté en face du palais, et à environ cent pieds (30 mètres) de lui, est une tour de guet carrée, d'environ trente pieds (10 mètres) de haut, contenant une grosse cloche. En arrière du palais, à une distance d'environ cent cinquante pieds (46 mètres), est un autre édifice, à peu près de la même grandeur, contenant les appartements des femmes et les services domestiques de divers sortes ; les toits ont couverts de tuiles vernissées et ornées de dragons et d'autres monstres comme en Chine. Cet édifice est destiné à l'usage du roi et de la famille royale qui ne sont jamais revenus à Saigon, depuis les guerres civiles(3) ; il est cependant utilisé comme lieu de dépôt pour les archives provinciales et le sceau royal, et toute importante affaire exigeant l'apposition de celui-ci y est accomplie. Sur le côté Nord de la porte orientale, était un bastion avec un mât de pavillon(4) où les couleurs annamites sont déployées, le premier jour de la nouvelle lune et en d'autres occasions. Les portes au nombre de quatre sont très solides et parsemées de clous de fer à la manière européenne, et les ponts jetés au-dessus du fossé sont décorés de bas-reliefs à sujets militaires et religieux, sur des panneaux de maçonnerie. Au-dessus des portes sont des constructions carrées, aux toits de tuile avec un escalier conduisant au sommet des remparts, de chaque côté de la porte à l'intérieur du mur. Dans le quartier Nord-Est sont six constructions immenses, encloses de palissades et indépendantes l'une de l'autre. Elles ont chacune environ cent vingt pieds de long sur quatre vingt pieds de large (37 / 25 mètres). Les toits composés de charpentes d'une grande résistance, recouvertes de tuiles vernissées, sont supportées par des colonnes de briques en about, les intervalles étant remplies de boiseries massives. Les murs ont dix-huit pieds (6 mètres) de haut. Ce sont les magasins de matériel de l'armée et de la marine, d'approvisionnement, d'armes ..etc. De nombreux petits groupes de huttes de soldats étaient dispersés ça et là, à l'intérieur des murs, situés de façon fort pittoresque parmi le feuillage de plantes tropicales variées. "(5).


1.John Crawfurd avait été envoyé en mission auprès du roi de Cochinchine, par le Gouverneur général des Indes Anglaises, Lord Hastings, afin d'amorcer des négociations dont le but était d'ouvrir au commerce britannique, les ports de la côte. La mission intervint entre les mois d'Août et Septembre 1822. [retour au texte]
2.John White séjourna à Saigon, du 7 Octobre 1819 au 30 Janvier 1820. Voir, Malleret, Eléménts d'une monographie des anciennes fortifications et citadelles de Saigon. BSEI, tome X, numéro 4, 1935 ; p. 65-66. [retour au texte]
3.Les guerres civiles équivalent à la révolte des frères Tây-So'n débutée en 1771 et terminée en 1802, avec la prise de Hanoi par Gia-Long, alias Nguyên Anh. [retour au texte]
4.Le Cot-Cô ou mât du drapeau. [retour au texte]
5.Malleret, Eléménts d'une monographie des anciennes fortifications et citadelles de Saigon. BSEI, tome X, numéro 4, 1935 ; p. 66-69.[retour au texte]

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