Les
citadelles viêtnamiennes sont de formes assez variées dans
leurs tracés et profils, le carré est privilégié de par les
anciens principes chinois comme pour la place de Saigon construite
en 1790 par l'ingénieur français Olivier de Puymanel. Saigon.
Parce qu'elle est la première citadelle à la Vauban construite
au Viêt-Nam, elle va constituer dans un premier temps dans
cette étude sur les citadelles, l'exemple type pour la construction
et l'ordonnancement d'une place dans le Viêt-Nam du 19ème siècle
et dans un second temps, nous aborderons les différentes
et principales citadelles du pays de par leur plan.
Construite
en 1790, la première citadelle de Saigon ou plutôt de Bên Nghé sera
détruite pour être reconstruite en pierre en 1836 sous Minh-Mang,
suite à son occupation par le rebelle Nguyên Van Khoi de 1833 à 1835.
Pendant cette période de quarante-cinq ans, elle subira de
nombreuses modifications - comme l'ajout d'un palais de repos
et de voyage, de tours octogones pour les cloches et tambours,
le pavillon Thânh Minh et de nouvelles casernes - sans pour
autant être achevée. Quoiqu'il en soit, la place constituait
comme toutes les autres places viêtnamiennes, le siège du gouvernement
et de la forteresse, par rapport à la ville commerçante, éloignée
de quatre kilomètres huit cent vingt-sept mètres et s'étendant
sur la rive Est du fleuve. Pour mieux nous imaginer cette citadelle,
laissons le diplomate anglais John Crawfurd(1) nous
la décrire :
" La citadelle
de Saigon a une forme de parallélogramme ; le plan primitif
paraît avoir été de conception européenne, mais a été laissé incomplet.
Elle a un glacis régulier, une esplanade, un fossé à sec
d'une largeur considérable, des remparts et des bastions
selon les règles. A l'exception des quatre portes principales,
l'ensemble de la forteresse est construite en terre, maintenant
partout recouverte d'un gazon verdoyant. Les portes comprennent
quatre grandes ouvertures et beaucoup d'autres petites. Les
grandes portes sont bâties en pierre, avec de la chaux et
sont très solidement construites, bien qu'une tour chinoise
avec un toit en double baldaquin leur donne un aspect grotesque
et dépourvue de caractère militaire. On approche d'elles
par un zigzag dans le glacis, et elles sont reliées à la
contrescarpe par un remblai sans aucun pont-levis. L'intérieur
est propre, disposé en ordre et présente l'aspect d'une répartition
et d'une ordonnance européenne ".
En
complément de cette description extérieure de la citadelle, écoutons
le récit du lieutenant de vaisseau américain John White(2) pour
ce qui est de son ordonnancement extérieur en 1819 :
" Là, résident
le vice-roi et tous les fonctionnaires militaires, et il
y a des casernes vastes et commodes, suffisantes pour loger
50 000 hommes de troupes. Le palais royal se trouve au centre
de la cité, sur une belle pelouse, et il occupe avec ses
jardins environ huit âcres (3,25 ha), enclos d'une haute
palissade. C'est une construction oblongue d'environ soixante
sur cent pieds (18,3 / 30,5 mètres), construite principalement
en briques. Il s'élève à environ six pieds (2 mètres) au-dessus
du sol, sur un soubassement de briques et est accessible
par un escalier massif aux marches de bois. De chaque côté en
face du palais, et à environ cent pieds (30 mètres) de lui,
est une tour de guet carrée, d'environ trente pieds (10 mètres)
de haut, contenant une grosse cloche. En arrière du palais, à une
distance d'environ cent cinquante pieds (46 mètres), est
un autre édifice, à peu près de la même grandeur, contenant
les appartements des femmes et les services domestiques de
divers sortes ; les toits ont couverts de tuiles vernissées
et ornées de dragons et d'autres monstres comme en Chine.
Cet édifice est destiné à l'usage du roi et de la famille
royale qui ne sont jamais revenus à Saigon, depuis les guerres
civiles(3) ;
il est cependant utilisé comme lieu de dépôt pour les archives
provinciales et le sceau royal, et toute importante affaire
exigeant l'apposition de celui-ci y est accomplie. Sur le
côté Nord de la porte orientale, était un bastion avec un
mât de pavillon(4) où les
couleurs annamites sont déployées, le premier jour de la
nouvelle lune et en d'autres occasions. Les portes au nombre
de quatre sont très solides et parsemées de clous de fer à la
manière européenne, et les ponts jetés au-dessus du fossé sont
décorés de bas-reliefs à sujets militaires et religieux,
sur des panneaux de maçonnerie. Au-dessus des portes sont
des constructions carrées, aux toits de tuile avec un escalier
conduisant au sommet des remparts, de chaque côté de la porte à l'intérieur
du mur. Dans le quartier Nord-Est sont six constructions
immenses, encloses de palissades et indépendantes l'une de
l'autre. Elles ont chacune environ cent vingt pieds de long
sur quatre vingt pieds de large (37 / 25 mètres). Les toits
composés de charpentes d'une grande résistance, recouvertes
de tuiles vernissées, sont supportées par des colonnes de
briques en about, les intervalles étant remplies de boiseries
massives. Les murs ont dix-huit pieds (6 mètres) de haut.
Ce sont les magasins de matériel de l'armée et de la marine,
d'approvisionnement, d'armes ..etc. De nombreux petits groupes
de huttes de soldats étaient dispersés ça et là, à l'intérieur
des murs, situés de façon fort pittoresque parmi le feuillage
de plantes tropicales variées. "(5).