Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

Dans la géomancie, deux courants contraires, rappelant la double circulation artérielle et veineuse du corps humain règlent, pour le globe terrestre, le " grand mouvement alternatif de la respiration universelle "(1). Comme l'explique Dumoutier à ce propos:
"Pour leur donner une forme perceptible, les Chinois ont imaginé l'allégorie du Dragon Bleu et du Tigre Blanc. Les points de plus grande intensité de la circulation, où le souffle produit comme des pulsations d'artère, sont marqués à la surface du sol par une extumescence, une colline ; le courant circulatoire ou respiratoire est figuré par les cours d'eau d'une part, et de l'autre par le réseau caché des sources souterraines. Le souffle bienfaisant est représenté par le Dragon Bleu et le souffle pernicieux par le Tigre Blanc. Le Tigre et le Dragon s'accusent à la surface du sol par des accidents, des ondulations de terrain, des collines et des montagnes. Partout où se trouve un Dragon existe un Tigre et, il faut pour que de bonnes conditions géomantiques soient réunies, que le Dragon Bleu se trouve à gauche et le Tigre Blanc à droite de l'observateur."(2).

On s'aperçoit que ces considérations géomantiques désignent parfaitement l'emplacement de la citadelle de Bac-Ninh qui a en avant et à droite de sa localisation, le Massif des Pins Parasols(3)(Tigre Blanc) et à gauche le Massif du Trung Son (Dragon Bleu). En outre la région colinéaire de Bac-Ninh, entourée des méandres du Sông Câu, du Sông Thiep et du Canal des Rapides correspond à la configuration géomantique très favorable du "Tigre replié sur lui-même". En outre, Dumoutier précise, "il faut que le souffle vital, accumulé par des organes essentiels, soit heureusement maintenus par des barrières de collines, par des courbes gracieuses de cours d'eau et que le site soit en harmonie avec d'heureuses concordances dans le monde astral. Lorsque le Dragon entoure le Tigre et qu'ils se recourbent l'un vers l'autre, il y a accord parfait entre la Terre et les Eaux et les influences antagonistes sont en équilibre"(4).
De même, comme nous venons de le voir pour Bac-Ninh, le choix de l'emplacement de la place forte à été semblable à celui fait pour Saigon qui prend sa configuration dans une région fluviale. La position de la citadelle de Saigon est d'un intérêt stratégique primordial puisqu'elle contrôle les confluents du Nha Bê, de la Rivière de Saigon, du Soai Rap, du Sông Long Tao, du Sông Sau et du Sông Nai. En second lieu, il suffit d'examiner une carte pour s'apercevoir que les voies d'accès vers le Cambodge et le Sud-Annam rayonnent autour de Saigon..
La place-forte commande la route du Dong Nai et du Sông Bè, protégés plus au Nord par la citadelle de Bien-Hoa, elle peut arrêter un mouvement offensif dirigé vers la rivière de Saigon et joue pour la Cochinchine Septentrionale, le rôle que joue au Sud-Ouest pour la contrée occidentale, les citadelles de Vinh Long et de My-Tho. Enfin, Saigon est la plaque tournante du commerce du riz de par la proximité des entrepôts de Cho-Lon, elle pouvait donc soutenir durablement, pour des mois et des années, un siège(5).
Néanmoins comme pour Bac-Ninh, les considérations géomantiques ont joué un rôle de première importance : si l'on observe la carte, Saigon est encadrée par deux hauteurs sur sa gauche au Nord-Ouest et sur sa droite au Sud-Est, tandis que se dressent face à elle, à l'Est, les hauts plateaux de l'Annam que l'on peut assimiler à un masque contre les puissances maléfiques. En complément de ces dispositions, il nous faut adjoindre la présence du fleuve de Saigon qui concourt à l'harmonie géomantique du site. Enfin pour finir, si la Géomancie détermine l'emplacement de la citadelle, elle en détermine aussi la direction : la tradition consiste à tracer une ligne orientée Nord Nord Ouest - Sud Sud Est, soit la direction très favorable de la boussole géomantique(6). Cette direction ou une direction voisine est celle des axes de nombreuses citadelles viêtnamiennes, telles que Saigon, Huê, Tân Son et la citadelle des Hô, Quang Tri et Hanoi ( Nord Nord Est - Sud Sud Ouest), mais encore Dong Hoi et Lang Son (Nord - Sud).


1.Dumoutier, le rituel funéraire des annamites. BAVH, [retour au texte]
2.Ardant de Picq, Histoire d'une citadelle annamite : Bac-Ninh. BAVH, 1935, p. 300. [retour au texte]
3.Le massif des Pins Parasols correspond à la colline de Nguyêt Thuong. [retour au texte]
4.Ardant de Picq, Op. Cit., p. 300-301 [retour au texte]
5.Suite à la révolte de Nguyên Van Khoi en 1833 et à la déroute qui s'ensuivit face à l'armée impériale ; celui-ci n'eut comme recours que de s'enfermer dans la citadelle de Saigon, qu'il tint durant deux ans avec ses partisans jusqu'en 1835 [retour au texte]
6.La boussole géomantique ou dia-bàn, possède toutes les orbites des étoiles et les lignes de convergence des courant. Elle est toujours utiliser pour calculer l'emplacement précis d'une tombe. [retour au texte]

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