Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

Etudions-les de plus près : le premier système de Vauban a été adopté pour la plupart des places fortifiées, le contour du tracé adoptant dans la mesure du possible un polygone régulier (octogonal, quadrangulaire voire rectangulaire). Les bastions y forment la clé du système de défense malgré leurs tailles restreintes et l'ajout des défenses extérieures détachées comme les tenailles, la demi-lune(1) et autres dispositifs du lexique militaire. Le second système est un corollaire du précédent système, la structure polygonale est conservée mais les courtines (murs entre les bastions) sont allongées et les bastions eux-mêmes, sont remplacés par de petits ouvrages ou tours, aux angles protégés par des bastions détachés et élevés dans le fossé. Enfin pour finir, le troisième système n'est qu'une adaptation du second où la forme de la courtine est modifiée pour permettre un plus grand usage du canon en défense, tandis que les tours, bastions détachés et demi-lunes sont agrandies .

Si Vauban a innové la construction des places-fortes, il a aussi par ses trois systèmes, engendré des principes fondamentaux : premièrement toutes les parties d'un fort doivent être également protégées, la sécurité leur sera assurée par la robustesse de construction des points exposés (les bastions) et par une couverture approprié des courtines.
En général, ces conditions seront remplies si toutes les parties de l'enceinte sont flanquées de points forts, si ces-derniers sont aussi grands que possible et s'ils sont séparés les uns des autres d'une portée de mousquet ou peu moins. Ces positions fortes doivent être conçues de manière que les côtés les plus proches de l'enceinte soient toujours directement face aux parties qu'elles protègent réciproquement, ces côtés ne doivent êtres visibles que des parties protégées.
On s'aperçoit alors que ces principes fondamentaux peuvent s'appliquer à tous les plans de Vauban. Le seul vrai problème que présente la construction d'une fortification permanente consiste à adapter le tracé bastionné (ou le tracé polygonal avec bastions détachés) aux exigences d'un terrain particulier sans violer les principes fondamentaux et la culture locale comme nous allons le voir au Viêt-Nam pour les places-fortes de Saigon, de Bac-Ninh et du Col des Nuages, toutes les trois différentes par leur plan : Bac-Ninh est construite sur un plan pentagonal, Saigon sur un plan carré et le fortin du Col des Nuages sur un plan rectangulaire mais en terrain montagneux.

Avant de commencer cette étude, nous devons mettre au point certains aspects de la culture militaire viêtnamienne sur les fortifications. Au Viêt-Nam, la fortification commande le terrain environnant ou plutôt, commande la région environnante c'est pourquoi, Gia-Long puis Minh-Mang en firent construire dans tous les chefs lieux de l'Annam et du Tonkin. Mais contrairement à ce que l'on peut croire, l'emplacement de la citadelle ne dépend pas que de sa position stratégique ou du terrain, mais aussi des considérations géomantiques.
Prenons comme exemple le cas de Bac-Ninh, cette citadelle de première importance stratégique commande les routes de Thai-Nguyên, de Lang-Son et de Hanoi, les grandes trouées du Sông Cau, du Sông Thuong, du Sông Luc Nam et la voie de la mer par Sept Pagodes. On peut se demander pour quelles raisons cette citadelle construite en 1805 a été placée au milieu des rizières, dans une région basse exposée aux inondations du Sông Cau, plutôt que sur les collines de Thi Câu où se dressait l'ancienne forteresse.
Deux raisons expliquent ce choix : la première est d'origine topographique car si les ingénieurs de Gia-Long ont abandonné les collines de Thi Câu pour la plaine, c'est que celle-ci leur permettait de tracer sur une surface horizontale, un parfait plan à la Vauban, qu'ils auraient peut être moins su adapter à un terrain accidenté. En outre, vu l'importance stratégique du lieu, il lui fallait une forteresse de taille, soit une caractéristique qui aurait été moins adaptable sur une colline.
La seconde raison est que les hauteurs voisines étaient pour eux, bien plus que des emplacements d'ouvrages détachés, mais des masques destinés à protéger la place-forte contre les puissances maléfiques et, c'est par ce trait de caractère que nous rejoignons les considérations géomantiques qui déterminent pour une grande part l'emplacement des citadelles.


1.La demi-lune est un ouvrage fortifié en forme de demi-cercle, placé en avant de la courtine. [retour au texte]

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