Etudions-les
de plus près : le premier système de Vauban a été adopté pour
la plupart des places fortifiées, le contour du tracé adoptant
dans la mesure du possible un polygone régulier (octogonal,
quadrangulaire voire rectangulaire). Les bastions y forment
la clé du système de défense malgré leurs tailles restreintes
et l'ajout des défenses extérieures détachées comme les tenailles,
la demi-lune(1) et
autres dispositifs du lexique militaire. Le second système
est un corollaire du précédent système, la structure polygonale
est conservée mais les courtines (murs entre les bastions)
sont allongées et les bastions eux-mêmes, sont remplacés par
de petits ouvrages ou tours, aux angles protégés par des bastions
détachés et élevés dans le fossé. Enfin pour finir, le troisième
système n'est qu'une adaptation du second où la forme de la
courtine est modifiée pour permettre un plus grand usage du
canon en défense, tandis que les tours, bastions détachés et
demi-lunes sont agrandies .
Si
Vauban a innové la construction des places-fortes, il a aussi
par ses trois systèmes, engendré des principes fondamentaux
: premièrement toutes les parties d'un fort doivent être également
protégées, la sécurité leur sera assurée par la robustesse
de construction des points exposés (les bastions) et par une
couverture approprié des courtines.
En général, ces conditions
seront remplies si toutes les parties de l'enceinte
sont flanquées de points forts, si ces-derniers
sont aussi grands que possible et s'ils sont
séparés les uns des autres d'une portée de
mousquet ou peu moins. Ces positions fortes
doivent être conçues de manière que les côtés
les plus proches de l'enceinte soient toujours
directement face aux parties qu'elles protègent
réciproquement, ces côtés ne doivent êtres
visibles que des parties protégées.
On s'aperçoit alors que ces principes fondamentaux peuvent s'appliquer à tous
les plans de Vauban. Le seul vrai problème que présente la construction d'une
fortification permanente consiste à adapter le tracé bastionné (ou le tracé polygonal
avec bastions détachés) aux exigences d'un terrain particulier sans violer
les principes fondamentaux et la culture locale comme nous allons le voir
au Viêt-Nam pour les places-fortes de Saigon, de Bac-Ninh et du Col des Nuages,
toutes les trois différentes par leur plan : Bac-Ninh est construite sur
un plan pentagonal, Saigon sur un plan carré et le fortin du Col des Nuages
sur un plan rectangulaire mais en terrain montagneux.
Avant
de commencer cette étude, nous devons mettre au point certains
aspects de la culture militaire viêtnamienne sur les fortifications.
Au Viêt-Nam, la fortification commande le terrain environnant
ou plutôt, commande la région environnante c'est pourquoi,
Gia-Long puis Minh-Mang en firent construire dans tous les
chefs lieux de l'Annam et du Tonkin. Mais contrairement à ce
que l'on peut croire, l'emplacement de la citadelle ne dépend
pas que de sa position stratégique ou du terrain, mais aussi
des considérations géomantiques.
Prenons comme exemple
le cas de Bac-Ninh, cette citadelle de première
importance stratégique commande les routes
de Thai-Nguyên, de Lang-Son et de Hanoi, les
grandes trouées du Sông Cau, du Sông Thuong,
du Sông Luc Nam et la voie de la mer par Sept
Pagodes. On peut se demander pour quelles raisons
cette citadelle construite en 1805 a été placée
au milieu des rizières, dans une région basse
exposée aux inondations du Sông Cau, plutôt
que sur les collines de Thi Câu où se dressait
l'ancienne forteresse.
Deux raisons expliquent
ce choix : la première est d'origine topographique
car si les ingénieurs de Gia-Long ont abandonné les
collines de Thi Câu pour la plaine, c'est que
celle-ci leur permettait de tracer sur une
surface horizontale, un parfait plan à la Vauban,
qu'ils auraient peut être moins su adapter à un
terrain accidenté. En outre, vu l'importance
stratégique du lieu, il lui fallait une forteresse
de taille, soit une caractéristique qui aurait été moins
adaptable sur une colline.
La seconde raison est
que les hauteurs voisines étaient pour eux,
bien plus que des emplacements d'ouvrages détachés,
mais des masques destinés à protéger la place-forte
contre les puissances maléfiques et, c'est
par ce trait de caractère que nous rejoignons
les considérations géomantiques qui déterminent
pour une grande part l'emplacement des citadelles.