Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
Bibliographie - Glossaire

 

En Asie, l'évolution est toute différente, la guerre continuant à se résumer dans l'affrontements des armées selon les principes de Sun-Tzu et malgré l'introduction de l'artillerie et des mousquets au 16ème siècle par les Portugais et les Hollandais, l'arc et la lance restent largement utilisés. En outre à cette époque, les fortifications demeurent faites de terre et de torchis en raison de nombreux critères: la géographie environnante influe sur le caractère de la fortification - le Viêt-Nam étant un pays où abonde la latérite (ce sol rougeâtre des zones tropicales humides) et les forêts de bambou - explique l'utilisation de ces matériaux dans les fortifications. Les matériaux employés sont à leur tour un critère d'explication pour peu que l'on cherche leurs avantages. La terre étant par nature plus malléable que la pierre, il est donc plus facile de réparer à moindre coût une forteresse, tandis que le bambou est un matériau réputé pour sa robustesse (il demeure encore aujourd'hui l'armature principale des échafaudages de Hong-Kong et du reste de l'Asie) et pour les blessures mortelles qu'il occasionne lorsqu'il est employé en système défensif. Enfin, outre ces deux critères, les fortifications de l'époque ne nécessitaient aucune assise fixe au vu de l'artillerie européenne introduite à cette époque : les pièces se résumaient en de simples couleuvrines(1) tirant des boulets de plomb de 40 à 500 livres (de 18 à 226 kilogrammes) et qui étaient plus ou moins efficaces au combat. Face à cette arme, la fortification de terre et de torchis constituait le meilleur rempart de défense que l'on peut comparer à une " éponge de matière molle " avalant tous les boulets tirés contre elle.

Les citadelles Vauban construites sous Gia-Long, constituent une innovation en Asie par rapport au précédent système mais surtout une innovation obligatoire pour l'époque. Comme nous l'avons vu, le Viêt-Nam au XIXe siècle est un Etat conquérant en opposition avec le Siam pour le contrôle du Cambodge, la Chine et les Européens qui commencent à s'implanter dans l'ensemble de l'Asie du Sud-Est. D'un point de vue militaire, le renforcement d'une fortification est fonction de l'armement envers lequel elle aura à faire face et en l'occurrence au 19ème siècle, on assiste à une occidentalisation de l'armement asiatique : pièces de marine en fer montés sur affût, mortiers de fer, mousquets à silex avec baïonnette, sabre de cavalerie, quelques fusils modernes à cartouche. Autant dire une puissance de pénétration auquel le système de défense classique ne pouvait résister, de là l'action entreprise par Gia-Long qui dès l'année 1790, profitant de l'aide des ingénieurs français Olivier de Puymanel, Chaigneau et Vannier, modernise l'art de la fortification asiatique via l'application du système Vauban, qui s'est généralisé à toute l'Europe depuis le XVIIe siècle.

En quoi consiste le système Vauban ?

Lorsque Vauban le conceptualise, la fortification bastionnée en France connaît son apogée suite au nombreuses guerres du règne de Louis XIV. La modernisation des principes d'attaque - système de tranchées souterraines tracées en lignes brisées et principe du tir à ricochet - élaborés par Vauban, fait évoluer la construction des fortifications. Vauban estime que la place-forte doit commander le terrain environnant, de façon à permettre des observations tactiques et à empêcher les tirs plongeants de l'ennemi. Il conçoit donc des ouvrages épais, renforcés par d'importants volumes de remblai et maintenus par des maçonneries à l'épreuve des tirs. Il prévoit des remparts munis de bastions convenablement espacés pour éviter des tirs de flancs et protégés par des contre gardes et par des ouvrages échelonnés en profondeur. Ces derniers sont destinés à multiplier les obstacles que l'assaillant devra franchir l'un après l'autre. Mais le système Vauban ne s'arrêtait pas là et pouvait être adapté à chaque terrain. En effet, Vauban s'était rendu compte que le relief de la place en commandait le tracé bastionné et qu'il était impossible de fortifier de la même manière une place de plaine (Bac-Ninh) et une place de montagne (le Col des Nuages). Il constate que la citadelle, lieu de commandement pour la place et réduit pour la garnison dans la phase ultime d'un siège, doit être éloignée de la cité, ce qui implique l'agrandissement du périmètre fortifié des places modernisées par Vauban qui veut englober tous les organes défensifs dans le même tracé bastionné. Cette théorie qui a été appelée les "trois systèmes de Vauban" par le génie français des XVIIIe et XIXe siècles, n'est que la désignation des aménagements variés mis au point par l'ingénieur en vue d'augmenter efficacement la résistance d'une place.


1.La couleuvrine était un canon fin et long des XVe - XVIIe siècles. [retour au texte]

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés