Les citadelles dans le Viet-nam du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
Bibliographie - Glossaire

 

[avertissement : cet article et les suivants sont tirés d'un mémoire de maîtrise d'histoire de l'Université de Nice Sophia-Antipolis France, 1999.]

Nous allons aborder les citadelles au Viêt-Nam au XIXe siècle, mais pourquoi un tel choix, si on les considère comme un simple assemblage de briques, vu d'un point de vue simpliste?


Ce thème est relativement important puisque la citadelle ou par définition le camp fortifié, constitue l'armature principale de la politique de défense nationale de Gia-Long, institué dès 1790(1), alors qu'il s'oppose à Quang-Trung(2). D'autre part, la citadelle au Viêt-Nam, du moins celle du XIXe siècle, constitue une innovation militaire dans le système des fortifications par rapport aux XVIe - XVIIIe siècles puisque à la même époque Samuel Baron affirmait : "Les Tonquinois n'ont ni châteaux-forts, ni forteresses, ni citadelles. Ils n'entendent rien à l'art de la fortification et font peu de cas de l'habileté que nous y déployons."(3).

Samuel Baron par cette affirmation témoigne d'une vérité qui n'en est pas une, tout dépend si l'on se place d'un point de vue européen ou asiatique.
Aux XVIe - XVIIIe siècles, les Viêtnamiens comme les Asiatiques en général, ne connaissent pas les fortifications à l'européenne c'est à dire les châteaux-forts en pierre dure, toutefois on ne peut pas dire qu'ils ne connaissent pas l'art de la fortification. Cette science leur vient de Chine qui très tôt, dès le temps des "Royaumes Combattants"(4) développe une forme de château-fort comprenant une grande cour carrée, ceinturée de grands murs en terre et torchis percés d'une petite porte sur chaque face et qui comprend sur ses angles, des tours de guetteurs à deux étages percées de meurtrières. A cette fortification sommaire, il lui fallait adjoindre sur ses devants, trois petits fortins à rez-de-chaussée qui formaient une première ligne de défense. Ce système de fortification va perdurer jusqu'au 18ème siècle dans toute l'Asie et se verra compléter par l'ajout de palissades de bambou ou de systèmes pré-défensifs constitués de piquets de bambou fichés en terre et camouflés(5).

Quoiqu'il en soit, on ne peut pas dire comme Dampier que les Viêtnamiens étaient inférieurs aux Européens, mais on peut néanmoins affirmer que le continent asiatique s'est développé différemment du continent européen dans le domaine militaire, c'est à dire dans la façon de mener la guerre, dès la découverte de la poudre noire par les Chinois dans les premiers siècles avant Jésus-Christ. Si ceux-ci s'en servent pour la confection de feux d'artifices ou pour les fusées incendiaires du Xe siècle après Jésus-Christ, le caractère moderne de la guerre européenne sera inventée au 13ème siècle par les Arabes avec la conception des premiers lanceurs de projectiles : l'artillerie était née.

Dès lors, on assiste face à une modernisation incessante des bouches à feu(6), à la modernisation et au renforcement des châteaux-forts dont la finalité ultime en Europe est le système de Vauban.


1.Olivier de Puymanel, ingénieur français, construit la citadelle de Saigon. [retour au texte]
2.La révolte des Tây-So'n (1771-1802) contre les Nguyên établit à Huê commence en 1771. Nguyên-Van-Nhac, l'ainé des trois frères Tây-So'n, se proclame roi en 1778 et empereur en 1787 (il prend le nom de Quang-Trung). Il est alors maître du Tonkin contre les Trinh qui tentaient de remplacer les Lê, de l'Annam et de la Cochinchine contre les Nguyên. Il établit sa capitale à Qui-Nho'n (Sud Annam). [retour au texte]
3.S. Baron, Description du royaume du Tonquin. Revue Indochinoise, 2ème série, 1914, p. 201. [retour au texte]
4.Le temps des " royaumes combattants " date de la Chine du 5ème siècle avant Jésus-Christ. [retour au texte]
5.Ce système de trappe de bambou camouflé et empoisonné, sera repris lors de la guerre d'Indochine par les troupes de Giap et Ho Chi Minh ; en particulier, vers la fin de 1948, dans la commune de Quyet thang de la province montagneuse de Hoa Binh. Les rebelles à court de mines, se voyant toujours coursés par les commandos français, semaient pour protéger leur fuite, des pièges à bambou dans les parages de chaque piège à mine. Les résultats sont probants : le 25 Octobre 1948, les troupes françaises donnent l'assaut de Quyet Thang ; sur les trois détachement d'attaque, 80 hommes périrent non par balle mais par les pièges à bambou. Voir, Général Hoang Van Thai, La guérilla au Viêt-Nam. Editions en langues étrangères, Hanoi, p. 28. [retour au texte]
6.Les bouches à feu sont les premiers noms donnés au canon au Moyen-Age européen [retour au texte]

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12

Suivez nous

© 1997-2012
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés