[avertissement
: cet article et les suivants sont tirés d'un mémoire
de maîtrise d'histoire de l'Université de Nice
Sophia-Antipolis France, 1999.]
Nous
allons aborder les citadelles au Viêt-Nam au XIXe siècle,
mais pourquoi un tel choix, si on les considère comme un simple
assemblage de briques, vu d'un point de vue simpliste?
Ce thème est relativement important
puisque la citadelle ou par définition le camp fortifié,
constitue l'armature principale de la politique de défense
nationale de Gia-Long, institué dès 1790(1),
alors qu'il s'oppose à Quang-Trung(2).
D'autre part, la citadelle au Viêt-Nam, du moins celle du
XIXe siècle, constitue une innovation militaire dans le
système des fortifications par rapport aux XVIe - XVIIIe
siècles puisque à la même époque Samuel Baron affirmait : "Les
Tonquinois n'ont ni châteaux-forts, ni forteresses, ni citadelles.
Ils n'entendent rien à l'art de la fortification et font
peu de cas de l'habileté que nous y déployons."(3).
Samuel
Baron par cette affirmation témoigne d'une vérité qui n'en
est pas une, tout dépend si l'on se place d'un point de vue
européen ou asiatique.
Aux XVIe - XVIIIe siècles, les Viêtnamiens comme les Asiatiques en général,
ne connaissent pas les fortifications à l'européenne c'est à dire les châteaux-forts
en pierre dure, toutefois on ne peut pas dire qu'ils ne connaissent pas l'art
de la fortification. Cette science leur vient de Chine qui très tôt, dès
le temps des "Royaumes Combattants"(4) développe
une forme de château-fort comprenant une grande cour carrée, ceinturée de
grands murs en terre et torchis percés d'une petite porte sur chaque face
et qui comprend sur ses angles, des tours de guetteurs à deux étages percées
de meurtrières. A cette fortification sommaire, il lui fallait adjoindre
sur ses devants, trois petits fortins à rez-de-chaussée qui formaient une
première ligne de défense. Ce système de fortification va perdurer jusqu'au
18ème siècle dans toute l'Asie et se verra compléter par l'ajout de palissades
de bambou ou de systèmes pré-défensifs constitués de piquets de bambou fichés
en terre et camouflés(5).
Quoiqu'il
en soit, on ne peut pas dire comme Dampier que les Viêtnamiens étaient
inférieurs aux Européens, mais on peut néanmoins affirmer que
le continent asiatique s'est développé différemment du continent
européen dans le domaine militaire, c'est à dire dans la façon
de mener la guerre, dès la découverte de la poudre noire par
les Chinois dans les premiers siècles avant Jésus-Christ. Si
ceux-ci s'en servent pour la confection de feux d'artifices
ou pour les fusées incendiaires du Xe siècle après Jésus-Christ,
le caractère moderne de la guerre européenne sera inventée
au 13ème siècle par les Arabes avec la conception des premiers
lanceurs de projectiles : l'artillerie était née.
Dès lors, on assiste
face à une modernisation incessante des bouches à feu(6), à la
modernisation et au renforcement des châteaux-forts dont la finalité ultime
en Europe est le système de Vauban.