La bataille de Nhu Nguyêt en 1077
par Nicolas MICALLEF

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Mobilisant toutes ses forces, Ly Thuong Kiêt, de manière à accentuer le désarroi de l'armée adverse, lance ses troupes montagnardes dans une phase de harcèlement intensive des arrières chinois qui aboutit à la perte de 180 000 convoyeurs et à l'arrêt du ravitaillement. Parallèlement, et en coordination avec cette action, il lance deux attaques simultanées de destruction, de nuit, contre les deux campements chinois : une attaque de diversion menée du fleuve par les 20 000 hommes de la flotte contre le quartier général de Quach Quy qui se conclut par de lourdes pertes des deux côtés (1) et, une attaque d'envergure menée par le gros des forces terrestres de Ly Thuong Kiêt contre le campement de Thieu Thiêt. Celui-ci était en effet dépourvu de structures de défense et venait d'être délesté d'une partie de ses forces, envoyées en renforts au camp de Quach Quy. Prises au dépourvu par l'initiative de Ly Thuong Kiêt, les troupes Song n'arrivèrent pas à s'organiser et la moitié des effectifs périrent. Ainsi en une nuit, Ly Thuong Kiêt donna le coup mortel au plan d'attaque des Song, détruisant en une nuit près de 24.000 hommes. Confiant dans sa victoire inéluctable, Ly Thuong Kiêt pour éviter une guerre interminable choisit le parti de la conciliation politique qui sera toujours le même au cours des conflits à venir : c'est à dire la reconnaissance de l'autorité chinoise par le Viêt-Nam via le versement d'un tribut annuel et parallèlement, la reconnaissance de l'indépendance du pays par la Chine via l'agrément des nouveaux empereurs. Une telle conciliation permit à la dynastie Song de sauver la face au niveau international et de conclure une guerre éprouvante qui lui avait coûté la perte de 80.000 hommes de troupes et de 120.000 convoyeurs sur les 300.000 que comptait l'armée d'invasion.

Cette victoire est le fait de l'utilisation conjointe des forces permanentes groupées sur la rive sud du fleuve Cau et des forces armées populaires, massées dans les arrières de l'ennemi qui ont contribué à sa désorganisation, c'est à dire la stratégie de guerre totale.
La conclusion nous est fournit par le général Vo Nguyên Giap : "Ainsi apparut déjà, dès cette époque la coordination de combat entre la grande armée et les forces régionales créant une position stratégique d'attaque de l'ennemi à la fois de front et de revers. Cette coordination d'action était un trait original de l'art militaire d'un petit peuple s'opposant à la guerre d'agression d'un ennemi puissant" (2).


1. Les deux princes Hoang Chan et Chieu Van qui commandaient la flotte de guerre viêtnamienne. [retour au texte]
2. Vo Nguyên Giap, Armement des masses révolutionnaires, édification de l'armée du peuple, Editions en langues étrangères, Hanoi, 1974. [retour au texte]

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