La bataille de Nhu Nguyêt en 1077
par Nicolas MICALLEF

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L'objectif de Ly Thuong Kiêt était de protéger la route de la capitale en maintenant et en contenant l'armée Song sur la rive nord, c'est à dire sur un territoire montagneux où il lui serait difficile de s'approvisionner mais aussi de se déplacer. Ainsi dans le but de conforter sa position, Ly Thuong Kiêt double la puissance d'arrêt du fleuve en édifiant sur la rive sud, un rempart de terre renforcé par des pieux de bambous (voir croquis) assemblés en palissades de plusieurs couches, tandis que sous l'eau, étaient installés des traquenards et des fosses à pals. Ly Thuong Kiêt et son armée n'avaient plus qu'à attendre l'armée chinoise qui entra au Viêt-Nam à la fin de l'année 1076, suivie de ses milliers de convoyeurs.

Dès son entrée au Viêt-Nam le 8 janvier 1077, le plan de "guerre-éclair" de Quach Quy fut contrarié par les offensives de harcèlement des troupes montagnardes et surtout, par l'offensive maritime viêtnamienne qui arrêta à Vinh An la flotte Song, celle-ci n'ayant pour autre recours que de jeter l'ancre dans le couloir de Dong Khen et d'attendre des nouvelles de l'armée terrestre. Ralentie par les attaques incessantes des montagnards, ce n'est que le 18 janvier 1077 (1) que les troupes Song atteignent la rive nord du fleuve Cau, constatant l'absence de la flotte et l'existence de fortifications de défense sur la rive opposée. Dans l'objectif d'attendre la flotte et de préparer la traversée du fleuve pour atteindre la capitale de Thang-Long, Quach Quy décide d'installer son camps sur la rive nord mais au lieu d'éparpiller ses forces, il divise son armée en deux blocs face aux deux embarcadères principaux sur un front de trente kilomètres. Le campement du général en chef Quach Quy faisait face à l'embarcadère de Thi Cau, tandis que celui du général en second Thieu Thiêt faisait face à celui de Nhu Nguyêt où était positionné le quartier général de Ly Thuong Kiêt. Néanmoins, afin de prévenir toute attaque surprise de l'ennemi et de manière à assurer un bonne liaison entre les deux blocs, Quach Quy avait placé à quinze kilomètres des deux parties un petit campement adverse.

Dans le but d'éviter une guerre de position interminable qui serait néfaste pour la santé économique du pays, Ly Thuong Kiêt prit le parti de provoquer l'ennemi par une retraite déguisée de ses troupes au niveau de Thi Cau. A la vue du vide s'ensuivant, le général chinois Mieu Ly annonça la fuite des troupes adverses et, obtenant l'accord du général en chef Quach Quy, traversa avec ses troupes d'élites le fleuve. Mal lui en prit puisqu'il tomba dans une embuscade à six kilomètres du fleuve, sur un terrain ascendant, boisé et marécageux où il fut mis en pièce. Ainsi par cette tactique, Ly Thuong Kiêt portait un coup capital à l'armée adverse en lui enlevant l'une de ses troupes de choc et en la contraignant à demeurer sur ses positions. Suite à une seconde offensive lancée par Quach Quy qui se termina par le massacre de milliers de Chinois devant les palissades de bambou, plongeant l'armée chinoise, d'autant plus incommodée par les premières chaleurs de l'été tropical, dans l'adversité et l'amertume la plus totale, Ly Thuong Kiêt choisit de lancer à cet instant "charnière" sa contre-offensive décisive.


1. Il fallait en effet de trois à quatre semaines pour parcourir le trajet menat de la Chine à la capitale viêtnamienne de Thang-Long. [retour au texte]

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