La bataille de Nhu Nguyêt en 1077
par Nicolas MICALLEF

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Sûr de ce principe, Quach Quy amassa de 1068 à 1076, une formidable armée de 100.000 hommes, 10.000 chevaux et 200.000 convoyeurs sur la frontière Nord-Est du Viêt-Nam, soit près de 300.000 hommes dont 100.000 fortement aguerris, auxquels il faut ajouter les marins de la flotte composés essentiellement de pêcheurs côtiers du Kwang-Tung et enrôlés de force (1). Hormis une infanterie, une cavalerie et une flotte de soutien puissante, cette armée comprenait un corps de poliorcétique (2) avec des lances-pierres et des fusées incendiaires contre les casernements adverses. C'est à dire une force d'attaque en tous points supérieure aux 60.000 hommes de l'armée viêtnamienne, troupes royales et troupes provinciales confondues. A cette époque, l'organisation de l'armée était semblable à celle du 19ème siècle, l'armée se répartissait entre les troupes royales allouées à la défense de la capitale et les troupes régionales ou les armées privées des grands seigneurs et des chefs montagnards mobilisables par le roi. L'armée était composée de l'infanterie, de la cavalerie, des éléphants, d'un corps de catapultes et d'une flotte de 20.000 hommes et 400 jonques, son approvisionnement était assuré par le service militaire obligatoire de deux ans, pour les hommes de 18 à 60 ans, tandis que les plus de vingt ans étaient inscrits sur un registre militaire.

Ce jeune pays qu'est le Dai-Viêt de 1077, ne pouvait opposer une armée conséquente à la force chinoise, de par sa limitation territoriale au Nord avec la Chine, au Sud avec le Champa et à l'Ouest avec les royaumes du Ai Lao et Khmer, qui induit donc une faible population, des ressources vivrières faibles voire suffisantes et une armée semi-professionnelle : "une armée de paysans-soldats".

Au courant de cette réalité, Quach Quy élabora un plan d'attaque basé sur la puissance de destruction de son armée où celle-ci, comparable à un rouleau compresseur, devait submerger et annihiler toute résistance. D'après son plan, l'infanterie et la cavalerie massées depuis huit ans à Ung Chau, devaient envahir le Viêt-Nam du Nord-est, ceci en coordination avec la flotte, qui partant des estuaires Kham et Liem, devait traverser la mer pour pénétrer dans l'embouchure du Bach-Dang et servir ainsi de soutien à l'armée terrestre. Mais c'était sans compter sur l'esprit d'initiative du stratège militaire Ly Thuong Kiêt qui, fort de sa connaissance du terrain décida d'opposer à la force conventionnelle chinoise, la force extraordinaire et indirecte propre à une armée qui tire son jeu du terrain et de sa mobilité. De façon à tirer parti au mieux de la géographie du territoire, Ly Thuong Kiêt divisa son armée en trois, tout en plaçant sa flotte commandée par les princes Hoang Chan et Chieu Van sur l'important noud fluvial Van Xuan (3) avec pour mission l'arrêt de la flotte chinoise et le soutien des contre-attaques terrestres sur le fleuve Cau, il confia la défense de la région montagneuse et frontalière du Nord-est délimitée au Sud par le fleuve Cau, aux troupes des peuplades montagnardes Tay-Nung s'élevant à 20.000 hommes. Cette force d'avant-garde avait la mission de harceler et de désorganiser les arrières de l'armée chinoise par l'emploi des tactiques de la guérilla. Dans le même temps, Ly Thuong Kiêt concentra le reste de ses forces (essentiellement composées par le peuple des plaines, c'est à dire les Viêts) sur la rive sud du fleuve Cau qui coupe toute route allant du Kwang-Tsi à Thang-Long, et ceci, face aux deux embarcadères principaux menant à la capitale, celui de Nhu Nguyêt et de Thi-Cau (Dap-Cau).


1. Collectif, Nos traditions militaires, Op. cit., p. 13. [retour au texte]
2. La poliorcétique est une invention de l'antiquité grecque et définit l'art d'assiéger les villes. [retour au texte]
3. Van Xuan était une position de première importance stratégique car elle desservait le réseau fluvial de la région du Nord-Est, via les fleuves Luc-Nam, Thuong, Cau et Duong qui mènent à Thang-Long et les fleuves Bach Dang et Thai Binh qui mènent à la mer. [retour au texte]

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