La bataille de Nhu Nguyêt en 1077
par Nicolas MICALLEF

page 1 - page 2 - page 3 - page 4

 

La première bataille de Nhu Nguyêt en 1077, était la conséquence évidente du contexte politique pour les contemporains de l'époque. Cela faisait seulement cent trente huit ans que le Viêt-Nam s'était libéré du joug millénaire chinois (-111 ; 939), grâce au soulèvement de Ngô Quyên et à l'effondrement de la dynastie chinoise des T'ang en 939 après Jésus-Christ. Depuis ce jour, la nouvelle dynastie chinoise des Song (1) n'avait cessé d'affirmer sa volonté de reconquérir le Viêt-Nam. Elle s'y était essayé par deux fois aux 10ème et 11ème siècles et avait abouti à la défaite de 981, où son armée avait été mise en déroute par le stratège viêtnamien Lê Hoan. Dans la deuxième moitié du XIe siècle, la dynastie des Song connaît de graves difficultés, qu'elles soient internes avec l'intensification des contradictions de classes et l'éclatement de nombreuses révoltes paysannes, ou externes, avec le conflit permanent l'opposant aux deux Etats du Nord et du Nord-Ouest, le Lieu et le Ha, qui lui avait coûté la perte de nombreux hommes et de quelques territoires. C'est ainsi que lorsque le nouvel empereur Song Tsan Tong monte sur le trône en 1068, celui-ci décide tout naturellement de conquérir le Viêt-Nam, autant pour se venger de sa résistance et de l'affront subi, que pour affirmer la puissance de son empire et étendre son prestige national et international vis à vis des Etats Lieu et Ha. En outre cette décision coïncide avec une conjoncture de faiblesse politique au Viêt-Nam, puisque l'année 1072 voit la mort du roi Ly Thanh Thong, remplacé par son fils de sept ans Ly Nhan Tong, placé sous l'égide du premier ministre de l'époque, Ly Thuong Kiêt (2).

Le rapport des forces est éloquent et témoigne en faveur des Chinois, pourtant en position difficile de par le contexte politique, ces-derniers ne pouvaient en effet amasser une puissante armée au Sud de leur empire sans réduire leurs forces de défense du Nord et du Nord-Ouest, constituant ainsi pour les Etats Lieu et Ha, une proie facile. Ainsi, le plan d'attaque du général chinois Quach Quy assisté de son aide de camp le général Thieu Thiêt, ne pouvait se résumer qu'en une attaque éclair (3) sur le Viêt-Nam, avec pour objectif principal la prise de la capitale Thang-Long et la destruction de toute résistance au moyen des forces de la cavalerie et de l'infanterie. Ce plan d'attaque basé sur la maîtrise du combat conventionnel et la puissance de l'armée chinoise constituera toujours le fer de lance des différentes dynasties contre le Viêt-Nam, dont la faiblesse numérique ne faisait aucun doute. En effet, un général chinois ne pouvait réagir autrement que par cette stratégie, où il savait qu'il serait vainqueur d'une guerre conventionnelle se résumant en une série de batailles en lignes successives, car si l'ennemi voulait le détruire, la seule solution était un affrontement directe.


1. Dynastie Chinoise des Song (960 - 1126). [retour au texte]
2. Ly Thuong Kiêt (1019 - 1105). [retour au texte]
3. Le "blitzkrieg" est la stratégie d'attaque éclair basée sur l'utilisation conjointe de l'aviation et des blindés, développée par les Allemands dans l'entre-deux-guerres (1919-1939). Dans le cas présent, elle définit une stratégie d'attaque basée sur la rapidité et sur la mobilité des moyens a disposition. [retour au texte]

page 1 - page 2 - page 3 - page 4

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés