L'armée vietnamienne du XIXe siècle
par Nicolas MICALLEF

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Bibliographie - Glossaire

 

La bataille , son déroulement et l'ordre en combat (suite)

Le plan de bataille du Hà-Dô ou du tableau magique de Phuc Hi se caractérise quand à lui, par une armée divisée en 18 compagnies (soit 422 hommes par compagnie) qui prennent position autour du général, de façon à figurer le tableau magique de Ha-Dô(29). Trois compagnies se portent en avant du centre, trois en arrière, deux à chacune des ailes, et deux à chacun des angles du quadrilatère. Le plan de bataille de Ha-Dô constitue avec celui de Thai-Cuc, les deux formations de combat les plus avantageuse pour vaincre l'ennemi. Ces deux plans étant basés sur les grands principes génésiques(30) découverts par les anciens, et conformes aux "volontés du Ciel et de la Terre".

Le plan de bataille des huit portes à serrure d'or s'applique pour une armée de 5.000 hommes. L'armée marche sur un seul rang, le général au centre entouré d'une garde de 1.000 hommes (compagnie du Ciel et de la Terre), et comprend 20 compagnies de chacune 200 hommes, soit 4.000 hommes. Cette tactique est attribuée à Khong-Minh(31). A l'extrémité de chacune des deux ailes, les compagnies du Serpent et du Moineau doivent constituer la ligne de défense de l'armée, que ce soit sur ses flancs ou à l'avant et à l'arrière. Dans le même ordre d'idée, les compagnies du Vent et du Nuage (encerclement) situées de part et d'autre du général en chef, sont les derniers éléments lancés dans la bataille, lorsque l'armée adverse désorganisée par les attaques des 16 compagnies restantes est prête à se disloquer.

Il existe deux autres manières de former les troupes en bataille, comme le plan par mouvement oblique des ailes ou encore le plan en carré qui conservent l'ordonnancement du plan précédent en 20 compagnies de 200 hommes pour les ailes et mille hommes dans le bataillon central. On retrouve bien entendu les compagnies du Serpent, du Moineau, du Nuage et du Vent aux extrémités pour le premier et sur les angles pour le second. Ainsi quel que soit le côté attaqué, celui-ci dispose, outre une force d'attaque de quatre compagnies (8 000 hommes), de deux compagnies annexes, une pour la défense et l'autre pour contourner l'ennemi. Ainsi, une armée en bataille est comme un serpent, si on le frappe à la tête, la queue se replie pour lui porter secours et inversement.

Au cours de la bataille de constantes manouvres détournent l'attention de l'ennemi et permettent des opérations Ch'i sur ses arrières et sur ses flans en profondeur. Comme nous venons de le voir dans le plan de bataille dit du Thai Cuc, l'armée est divisée en deux compagnies symétriques à un axe central, mais antagonistes l'une envers l'autre, mais derrière la matérialité de ces compagnies, ce sont les mondes de la Terre et du Ciel regroupant chacun les éléments les constituants qui sont représentés. Ils constituent les éléments tactiques du général, la force normale, directe, dite Cheng et la force extraordinaire, indirecte, dite Ch'i qui ont une action combinée et dont les effets se répercutent de l'une sur l'autre. Si le Cheng et le Ch'i se retrouvent dans l'opposition du Ciel et de la Terre, ils résident également au sein de chaque ensemble. Par exemple, chaque compagnie de l'élément Terre a une prédisposition dans le combat par rapport aux autres, tout en se complétant dans la bataille. Ainsi, nous pouvons définir le Cheng comme un élément de fixation (le Tigre, Principe Mâle, Soleil, Lune, Principe Femelle, Dragon) et le Ch'i comme un élément destiné à prendre l'ennemi de flanc et à l'encercler (Moineau, Vent, Serpent, Nuage) ou encore comme élément de diversion et élément d'intervention décisive, respectivement. Leurs coups sont en corrélation. Le Cheng et le Ch'i sont comparables à deux anneaux entrelacés (32). Qui peut dire où commence l'un et où finit l'autre ? Leur interchangeabilité offre une gamme infinie de possibilités. Les fonctions du Cheng peuvent se muer en fonctions Ch'i et vice-versa Nous pouvons donc redéfinir une attaque Ch'i comme étant celle qui s'effectue lorsqu'une solution rapide est possible dans un secteur où les défenses de l'ennemi présentent des failles et des brèches. La diversion revêt une importance considérable et les transmissions de l'adversaire deviennent par conséquent, un objectif primordial.

L'organisation décrite ci-dessus donnait une souplesse considérable dans les formations de marche tandis que l'articulation des divers éléments rendait possible un déploiement rapide approprié au combat. Mais quoi qu'il en soit, comme le dit lui-même Dampier(33), l'armée viêtnamienne connut assez rarement de bataille rangée aux 18ème et 19ème siècles, se limitant à des escarmouches avec ses ennemis.


29. Le tableau magique de Ha-Dô remonte au temps du roi Phuc-Hi, qui traça à partir de huit diagrammes, soixante quatre diagrammes composés de 384 traits. Ces 384 traits représentent et englobent toutes les transformations du monde qui, eux-mêmes n'échappent pas aux principes mâle et femelle et aux cinq éléments (bois, terre, eau, feu, métal). [retour au texte]
30. Les grands principes génésiques font référence à la géomancie, science née sous la dynastie chinoise des Ts'in ( ? ?) qui fait appel à l'étude du terrain, des astres et enfin des souffles vitaux (jeu des principes mâle et femelle et des cinq éléments). [retour au texte]
31. Khong Minh, général Chinois dont les origines nous sont inconnus [retour au texte]
32. Comparable aux deux forces du Yin et du Yang qui s'attirent, se complètent et se détruisent mutuellement. [retour au texte]
33. Dampier, Voyage au Tonquin en 1688, Revue Indochinoise, 1909, p. 136. [retour au texte]

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