La bataille
, son déroulement et l'ordre en combat
Les
opérations sur le terrain sont souvent conduites à partir de
camps fortifiés provisoires(22) dont
le plan est identique à celui des villes chinoises : une place
enclose dans des murs de terre battue ou de simples haies de
bambou qu'entoure un fossé. Le camp est une ville carrée où l'on
creuse des puits, où l'on élève des foyers, qui a ses portes
cardinales et qui renferme dans son enceinte, les tablettes
des ancêtres et des génies du sol. Des rues et des avenues
orientées Nord-Sud et Est-Ouest, fournissent les lignes de
feu et de verrouillage. Au centre la bannière du commandant
en chef flotte sur son état major et sur les compagnies de
la terre et du ciel (sa garde personnelle), tout en étant encadrée
par les compagnies de l'aile gauche et de l'aile droite.
Dans chaque
camp commence une espèce de retraite qui prépare à la bataille.
On cherche à percer la patience de l'ennemi, à savoir s'il
est disposé à donner un gros effort, à deviner s'il a emporté de
grandes provisions de grains, à voir enfin, s'il tient à remporter
une victoire ou simplement à faire montre de sa force. Parfois
les armées se rangent en bataille sans que ni l'une ni l'autre
ne s'avancent au combat. Chacun attend le jour favorable, que
ses devins épient et échangent des messages pour fixer l'heure
de la rencontre.
Mais attention,
de telles pratiques "courtoises" dépendent surtout de l'ennemi
que l'on a en face. Si l'on voit dans l'adversaire non pas
un rival mais un ennemi véritable, si on veut le déclarer hors
la loi viêtnamienne(23),
et le châtier comme un barbare(24),
si l'on entend supprimer une dynastie périmée et novice, on
envoie pour lier le combat, des braves dévoués à la mort. Tel
est le rôle réservé aux amnistiés. Au contact de l'ennemi,
ils devront se couper la gorge en poussant un grand cri. Une âme
furieuse s'exhale de ce suicide collectif et s'attache comme
un sort néfaste à l'ennemi. Cette pratique enusage à la fois
chez les Viêtnamiens et les Chinois, devait cependant être
peu pratiquée par son intégrisme poussé à l'extrême. Peut-on
considérer les Viêts hurlants se jetant sur les barbelés des
collines de Diên Bien Phu sous la mitraille des défenseurs
comme une réminiscence de ces pratiques anciennes ?
Avant le
combat, la première batterie de gong, commande à chacun de
préparer ses armes. La seconde batterie est le signal de la
réunion par compagnie, la troisième est le signal du départ.
Sur le champ de bataille, l'armée viêtnamienne rangée en ordre
de bataille offre un spectacle impressionnant, lorsque s'alignent
les formations compactes et que claquent au vent une multitude
d'étendards et de bannières richement brodés et ornés de figures
de tigres, d'oiseaux, de dragons, de serpents, de phénix et
de tortues, qui signalent l'état major du général et de ceux
de ses lieutenants, qui commandent les ailes. Une fois alignée,
l'armée en marche conserve ses distances appliquée également
par l'ordre de marche, l'aile droite, le corps central et l'aile
gauche ont la même importance numérique et sont séparés les
uns des autres de 115 pas. Pour ce qui est de la bataille en
elle-même, si celles de l'antiquité étaient des mêlées rudimentaires
qui, généralement n'amenaient aucun résultat décisif, les armées
modernes asiatiques dont l'armée viêtnamienne, disposaient
quand à elles de différentes règles de stratégie (25) en
combat, fixées par l'Empereur chinois Hoang-Dê(26) en
246 avant JC (et toujours appliquées). Celles ci sont aux nombres
de sept mais sont fonction du nombre d'hommes présents dans
l'armée. Les deux premières combinaisons exigent chacune la
mise en ligne de 5.800 hommes, disposés comme suit :
1. Un bataillon central de mille hommes, divisé en deux compagnies qu'on
appelle les compagnies du Ciel et de la Terre, soit la garde du commandant
en chef. Ces compagnies se subdivisent chacune en deux sections de 250 hommes.
2. Douze compagnies de 400 hommes, dont six pour l'aile droite et six pour
l'aile gauche. Ces compagnies ont chacune leur nom, celles de l'aile droite
s'appellent : le Soleil, le Principe Mâle (en
elles-mêmes deux compagnies), le Vent, le Serpent, le Tigre et celles de
l'aile gauche : le Principe Femelle, le Nuage, le Moineau, le Dragon.