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Bibliographie - Glossaire
L'armée en marche et
les différentes tactiques adoptées
L'ordre
de marche de l'armée est fonction principalement de la géographie
qui l'entoure, ainsi Sun-Tzu dit : "Ceux qui ignorent les
conditions géographiques - montagnes et forêts, défilés périlleux,
marais et marécages - ne peuvent conduire la marche d'une armée"(7).
Lê Kuan Tzu(8) conseille
pour sa part : "Le chef d'armée doit à l'avance se familiariser
avec les cartes de façon à connaître les passages dangereux
pour les chars et pour les chariots, ceux où l'eau est trop
profonde pour les véhicules, les cols des montagnes connus,
les principaux fleuves, l'emplacement des hautes terres et
des collines, les endroits où les joncs, les forêts et les
roseaux sont luxuriants, la longueur des routes, l'importance
des cités et des villes, les cités bien connues et celles qui
sont abandonnées et les lieux où existent des vergers luxuriants"(9).
Mais la marche de l'armée est fonction principalement des conditions
climatiques, aussi ne peut-on s'étonner qu'elle n'ait lieu
qu'au moment de la saison sèche (10).
Passé ce
souci géostratégique, une question se pose à nous : comment était
organisée l'armée viêtnamienne en marche ?
Avant de
répondre à cette question, il est nécessaire de comprendre
que tous les principes cités ci-dessus remontent au temps de
Sun-Tzu sous les "royaumes combattants", il y a 25 siècles
en Chine. L'époque des "royaumes combattants" coïncide avec
la naissance des armées permanentes commandées par des officiers
de carrière. Les nouvelles armées étaient composées non seulement
de troupes disciplinées et bien entraînées mais encore de conscrits
dont l'âge s'échelonnait entre 16 et 60 ans. Les premières
formations de ce genre apparurent vers 500 avant Jésus-Christ
et avec elles, les stratégies de marche, les formations de
combat, la conduite de la guerre.Le temps du preux ou du chevalier (11),
qui tirait son renom de ses hauts faits personnels, était révolu.
Au début du 4ème siècle, la technique guerrière en Chine, était
parvenue à sa maturité.
Ainsi si
l'on se réfère à la formation de marche de l'armée chinoise
des Han (-40 ; 87), l'armée poursuit sa route, toujours orientée
dans un ordre immuable et dominateur, comme si en progressant
elle regardait le sud, ainsi que fait un chef. En avant est
portée la bannière de l'Oiseau Rouge (Sud), en arrière celle
du Guerrier Sombre (Nord), à l'aile droite (Ouest) celle du
Tigre Blanc, à l'aile gauche (Est) celle du Dragon Azuré(12).
Pour ce qui est de l'armée viêtnamienne - chaque file était
composée de dix hommes - l'ordonnancement qui se rapproche
au mieux de l'armée chinoise est la formation de bataille en
carré38. Comme je l'ai dit au début de ce paragraphe, la marche
de l'armée dépendait de la géographie, en outre, elle devait
certainement être en formation de bataille.
Comme l'affirme
le principe militaire de base : " une armée
en bataille doit être comme un serpent; si on la frappe à la
tête, la queue doit immédiatement se replier pour lui porter
secours; si on la frappe à la queue, la tête doit se précipiter
pour sauver celle-ci"(13).
L'atout majeur de la formation en carré est la protection du
train de l'intendance, du général en chef, mais surtout l'aptitude
de l'armée à recevoir l'ennemi de n'importe quel côté. Si cette
formation ressemble trait pour trait à la formation antique
chinoise, il en existe cependant une seconde qui pouvait être
employée quel que soit le terrain, qu'il soit ami ou ennemi.
Il s'agit du plan de bataille de Thai Luc ou Grand Extrême
qui nous révèle, grâce à Dumoutier(14),
l'ordonnancement de l'armée viêtnamienne : l'armée est précédée
de patrouilles d'observation, si celles-ci voient de la poussière
soulevée par l'ennemi, elle doivent promptement signaler ce
fait au général commandant en chef. Puis avancent l'avant-garde
et l'aile droite composée des six compagnies du Tigre, du Serpent,
du Vent, du Principe Mâle et du Soleil (dans l'ordre de marche),
suivis du corps central composé des compagnies de la Terre
et du Ciel, du train des bagages et enfin, les six compagnies
de l'arrière-garde avec la Lune, le Principe Femelle, le Nuage,
le Moineau et le Dragon(15).
La troupe en marche doit conserver ses distances ; l'avant
garde, le corps central et l'arrière garde ont la même importance
en terrain ennemi. Il doivent être séparés les uns des autres
de 115 pas(16) en
temps ordinaire, et se rapprocher jusqu'à ne former qu'une
colonne quand il s'agit de franchir un passage dangereux, ils
reprennent ensuite leurs distances.
7.
Sun-Tzu, L'art de la guerre, Paris, Editions Flammarion, Coll.
Champs, 1972, p. 141, principe 10. [retour au
texte]
8.
Lê Kuan Tzu, cité par le commentateur Tu Mu (803-852 après
Jésus-Christ) qui brilla en son temps dans le domaine de la
poésie. Il fut également secrétaire du Grand Conseil Impérial
de la cour des T'ang. [retour au texte]
9.
Sun-Tzu, L'art de la guerre, Editions Champs Flammarion, 1972,
p. 141, principe 11. [retour au texte]
10. "La
saison sèche est le temps où les armées se mettent en campagne,
ou marchent contre les ennemis ; car ils ne sauraient marcher
dans ces pays-là durant la saison humide". Dampier, Voyage
au Tonquin en 1688, Revue Indochinoise, 1909, p. 136. La saison
humide qui correspond à la période estivale, s'inscrit dans
la période du mois de Mai à Octobre ou Décembre, selon les
régions. Voir en complément, le Grand Guide du Viêt-Nam, Collection
Bibliothèque du Voyageur, Editions Gallimard, 1992, p. 36-37.
[retour au texte]
11. "Ils
doivent combattre poliment. Un équipage qui est sur le point
d'en saisir un autre, le laissera échapper, si l'un des guerriers
ennemis a le bon goût de payer tout de suite une rançon d'hommages
[.] En plein combat, la prudence doit toujours céder à la courtoisie
[.] Le combat est une mêlée confuse de bravades, de générosités,
d'hommages, d'insultes, de dévouements, d'imprécations, de
bénédictions, de maléfices.". M. Granet, La Civilisation Chinoise
- la vie publique et la vie privée - Paris, Editions Albin
Michel, 1968, p. 294-301. [retour au texte]
12.
M. Granet, Op. cit, p. 292. [retour au texte]
13.
Dumoutier, L'astrologie chez les Annamites - ses applications à l'art
militaire- , Revue Indochinoise, 1915, p. 108. [retour
au texte]
14.
Dumoutier, L'astrologie chez les Annamites - ses applications à l'art
militaire- , Revue Indochinoise, 1915 & Dumoutier, L'astrologie
considérée plus spécialement dans ses applications à l'art
militaire, Revue Indochinoise, Novembre - Décembre 1914, p.
457 [retour au texte]
15.
Dumoutier, L'astrologie chez les Annamites - ses applications à l'art
militaire-, Revue Indochinoise, 1915. [retour
au texte]
16.
Dumoutier, L'astrologie considérée plus spécialement dans ses
applications à l'art militaire, Revue Indochinoise, Novembre
- Décembre 1914, p. 456. [retour au texte]
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