La stucturation
de l'armée
L'armée
viêtnamienne connaît sous Gia-Long sa plus grande extension,
comprenant, théoriquement, 113.000 hommes et 30 bataillons
d'artillerie. Par ordre de comparaison, les "gouverneurs sécessionnistes " de
la fin du XVIIIe siècle, les Trinh et les Nguyên avaient respectivement
100 000 et 40 000 hommes. Pour anecdote, ces derniers remportèrent
la victoire grâce à l'homogénéité de leurs populations, la
puissance d'arrêt de leurs fortifications (citadelles de Saigon
construite en 1790 par Olivier de Puymanel et de Nha Trang
en 1793) et le concours des étrangers (surtout Portugais et
Français).
L'armée
du XIXe siècle conserve la structuration antique en deux parties,
les troupes de mer et les troupes de terre, qui elles-mêmes, étaient à leur
tour subdivisées en trois corps : les Vê ou garde royale, les
Co' ou régiment de l'intérieur et la gendarmerie(5) ou
linh-lê, composée de soldats attachés aux gouverneurs de province
et chargés de la surveillance des villes, des grands chemins
et des rivières. Il est difficile, vu le manque et la contradiction
des sources en ce domaine de fournir l'effectif exact de ces
différents corps. Mais si l'on en croit L. Bezacier qui dans
son article sur "l'art et les constructions militaires annamites ",
se fonde sur l'organisation militaire des XVIIe et XVIIIe siècles
et sur les écrits comparés du Père de Rhodes (missionnaire
français) et du Père Tissanier pour comprendre celle du XIXe
siècle, la garde royale devait s'élever sous Gia-Long à 50
000 hommes et les Co' ou garde intérieure à 60.000 hommes.
On peut imaginer que parmi cet effectif, un certain pourcentage était
alloué, quel que soit le corps de troupe d'origine, à la gendarmerie.
A cela il nous faut ajouter l'effectif de la marine s'élevant
au nombre de 15.000 matelots, soit un effectif total dépassant
de peu celui annoncé plus haut avec 125.000 hommes. Nous estimons
quant à nous que l'effectif de l'armée viêtnamienne devait
fluctuer entre ces deux quotas selon les aléas militaires c'est à dire
avec la proximité d'un conflit. Il faut savoir également que
cet effectif de 125.000 hommes pouvait être doublé voir même
triplé en raison de la nature de l'armée viêtnamienne telle
qu'elle a été fondée en la cinquième année Thai-Binh (974)
par le roi Dinh-Tiên-Hoang et conservée jusqu'au XIXe siècle.
Le principe est simple et étonnamment moderne puisqu'il s'agit
d'une armée nationale ayant un effectif total d'un million
d'hommes. Certes, cette formidable armée n'était pas entièrement
sous les drapeaux, elle n'existait que sur les registres pour
former ce que nous appelons des réserves, ne laissant à la
disposition du roi qu'un nombre d'hommes suffisant pour la
défense rapide du territoire, en somme une armée de couverture.
Ainsi nous avons affaire, tout au long de l'histoire militaire
viêtnamienne, à une armée de soldats-cultivateurs. C'est ainsi
que sous les Lê (XVe-fin XVIIIe siècle), par exemple, le service était
divisé en cinq tours. Pendant que le premier tour faisait son
service, les quatre autres rentraient à la campagne cultiver
leurs champs, et ainsi de suite. A titre d'exemple supplémentaire,
les soldats de l'armée de Gia-Long disposaient en temps de
paix, de trois mois de retraite dans leurs foyers. Il se trouvait
donc une grande armée sur les registres et toute prête, étant
exercée, sans qu'il y ait pour cela un grand nombre d'hommes
en caserne.
Les
troupes coloniales françaises en ont d'ailleurs fait l 'expérience,
se heurtant lors de la conquête du pays à des troupes de paysans-soldats,
qui leur donnèrent autant de mal que les troupes régulières.
Pour
conclure sur la structuration de l'armée, je rappellerai un
fait d'actualité : les enfants soldats, recrutés très jeunes
au Viêt-Nam pour être entraînés au maniement des armes comme
au camp de Dac Cong(6).
