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En Normandie, au
centre du Vexin normand, à environ 100km
de Paris, les restes d’un redoutable château dominent
la vallée de la Seine, en haut d'une falaise de calcaire.
C’est Château-Gaillard avec ses 800 ans d’âge.
Son histoire vaut la peine d’être connue.
Château-Gaillard est avant tout l’œuvre d’une
personne : Richard Cœur de lion. Le prince Richard (futur
roi d’Angleterre sous le nom de Richard Ier) fut d'abord
l’allié du roi de France Philippe II, plus connu sous
le nom de Philippe-Auguste, contre son père, le roi Henri
II d'Angleterre. A la mort de ce dernier en 1189, Richard Cœur
de lion hérita de ce dernier et devint donc roi d'Angleterre
et duc de Normandie. En 1190, il partit pour la Terre sainte, la
Palestine, pour y effectuer la troisième croisade en compagnie
du roi de France Philippe-Auguste et de l’empereur germanique
Frédéric Barberousse. Cette troisième croisade
obtint des résultats mitigés : elle confirma la présence
des chrétiens sur leurs places fortes restantes mais ne
parvint à reconquérir la capitale du royaume chrétien,
Jérusalem tombée en 1187 aux mains des musulmans.
La troisième croisade se termina par le départ de
Terre sainte par Richard Cœur de lion en 1192. Après
un voyage de retour très tumultueux, Richard Cœur de
lion parvint enfin en Angleterre en 1194. Il rompit très
vite avec le roi de France et entreprit de protéger la frontière
EST de son duché de Normandie. Après sa victoire
sur l'armée de Philippe-Auguste à Vendôme,
il réalise son projet : la construction de Château-Gaillard.
Et ce, en un temps record, les travaux commencent en 1196 et le
gros de l’oeuvre fut achevé en 1198, ce qui constitue
une prouesse compte tenu de l’édifice réalisé et
des moyens de construction de l‘époque.
L'architecture de
Château-Gaillard est très originale pour l’époque,
Elle rompt avec tout ce qui avait été construit
jusqu’alors en Europe. Elle profite des châteaux
que Richard a découverts en Palestine et en Syrie durant
sa croisade et s'avère très moderne pour l'époque.
La portée des armes de l'époque (catapultes, armes
de trait tel que l’arc ou l’arbalète, etc.)
est faible ; aussi le château n'a pas été élevé sur
le point le plus haut. Château-Gaillard est doté d’enceintes
successives. La dernière enceinte est isolée par
un fossé (qui existe toujours) et présente un aspect
assez original : de forme ovoïdale, elle est renforcée
de demi-cylindres de 3 mètres de large et disposés à espaces
réguliers. Ceci permet d’éviter les angles
morts dont auraient pu profiter l’assaillant. Au point
le plus inaccessible, le redoutable donjon circulaire à éperon
culmine. Il est pourvu de splendides mâchicoulis pour bombarder
efficacement les assaillants qui se trouveraient à sa
base.
De plus, Château-Gaillard
est le centre d’un dispositif élaboré de
défense. Le système mis en place par Richard Cœur
de Lion comprend bien plus que la seule forteresse que l’on
observe aujourd'hui. Le but de ce dispositif de défense
est de bloquer littéralement la Seine et de protéger
Rouen contre toute attaque française venant de l’Est.
Sur le plateau, un ensemble de points fortifiés a été construit
; dans la vallée, une zone marécageuse gêne
considérablement toute progression. Sur l'autre rive de
la Seine, un réseau de circonvolutions a été élaboré,
et sur la Seine, un ensemble de chaînes peut être installé pour
barrer tout mouvement de navires qui auraient voulu descendre la
Seine vers Rouen. Au centre de ce dispositif élaboré de
défense, se trouve Château-Gaillard.
Château-Gaillard est doté des derniers perfectionnements
de l’époque en matière d’ouvrages défensifs.
Fidèle au principe de la défense en profondeur (superposition
d’obstacles successifs contre l’attaquant avant de
parvenir au donjon), il oppose plus que sa seule masse, inerte
et passive. Tous les défenseurs de Château-Gaillard
peuvent participer activement à la lutte contre les assaillants.
Pour atteindre les nappes d’eau sous le niveau de la Seine,
des puits de plus de 100 mètres de profondeur sont creusés
dans le calcaire. Ce calcaire autorise le creusement des nombreuses
caves permettant le stockage de vivres nécessaires pour
résister longuement en cas de siège. Pour l’époque,
il peut être affirmé que Château-Gaillard est
quasiment inexpugnable.
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