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Suite à des
rixes et à différents conflits, des groupes d'Ismaéliens
affiliés à Alamût commirent des meurtres,
lors de bagarres, mais aussi pour faire taire des individus imprudemment
contactés. C'est ainsi que l'on interprète généralement
le meurtre d'un muezzin* à Ispahan.
L'agitation provoquée
par les Ismaéliens ne manqua pas d'attirer
le regard des autorités, en la personne de
Nizam Al-Mulk, alors grand vizir du sultan Seldjoukide.
Le
meneur du groupe d'assassins fut pris et exécuté.
Ce fut le début de la répression. Le
sultan seldjoukide Malîk shah lança
deux expéditions contre les Ismaéliens.
L'une avait pour but la "liquidation" d'Alamût,
l'autre la reconquête du Kûhistan. Toutes
deux furent finalement repoussées. Ala mût
fut assiégée et se trouvait dans une
situation difficile, lorsqu'un renfort ismaélien
venu de Qazvîn gagna Alamût, renforçant
la garnison. Une nuit, ils assaillirent le camp de
l'armée seldjoukide de si ardente façon
que son chef préféra lever le siège.
Entre-temps, l'armée dépêchée
au Kûhistan décampa à l'annonce
de la mort de Malik Shah. Son fils, servi par le
très
efficace grand vizir Nizam al-Mulk, reprit la lutte.
Les Ismaéliens décidèrent d'éliminer
le grand vizir, dont la politique répressive
leur causait grand tort, affirmant vouloir "extirper
la purulence de la sédition et la tare de
l'inaction".
Hassan I-Sabbâh réunit et quelques hommes
et leur demanda lequel voudrait débarrasser
le monde du "malfaisant" vizir. L'un
des Ismaéliens se porta volontaire.
On connaît la suite : le
soir du vendredi, au douzième jour du mois de
Ramadan de 485 de l'Hégire, (16 octobre 1092
), un soufi s'approcha de la litière de Nizam
al-Mulk Tusi, grand vizir du puissant sultan seldjoukide,
qui se rendait de la salle d'audience à ses
appartements privés. Ce soufi n'était
autre qu'un Ismaélien, qui frappa de son poignard
le haut dignitaire. Ce fut le premier meurtre politique
perpétré par les Ismaéliens. La
tradition raconte qu'à l'annonce de la mort
de son ennemi, Hassan I-Sabbâh aurait déclaré : "le
meurtre de ce démon est le commencement de la
félicité". Nizam al -Mulk,
première victime des fida'i, initiant
une longue liste de notables, de princes et de religieux,
assassinés en raison de leur condamnation des
thèses et des méthodes ismaéliennes
du groupe inféodé à Hassan I-Sabbâh.
C'est peut-être la réussite de l'assassinat
du grand vizir qui a donné à Hassan I-Sabbâh
l'idée de former des assassins professionnels.
On a voulu faire de Hassan I-Sabbâh le champion
d'un " nationalisme " persan, d'une résistance
persane à la domination des Turcs seldjoukides
sur la Perse.
Il faut se garder de projeter
des fantasmes sur le parcours de Hassan I-Sabbâh.
Bien rares sont ceux qui, par-delà les siècles,
peuvent prétendre connaître et décrire
les motivations et les pensées profondes d'un
tel homme. Hassan I-Sabbâh était sans
doute ambitieux. Son désir était-il de
devenir le rempart des communautés chiites contre
l'oppression des Seldjoukides, sunnites intransigeants,
ou bien récupéra-t-il à son profit
les tendances autarciques déjà bien marquées
existant dans les montagnes du Daïlam et du Mazandaran
? Il est difficile de trancher. Il est sûr toutefois
que Hassan I-Sabbâh ne fut pas un simple chercheur
de fortune. Il s'appuya sur des communautés
déjà établies, mais désunies,
et renforça leur cohésion par la possession
de bastions montagnards, propres autant à rassurer
les communautés qu'à les contrôler.
Sous son règne et celui de ses descendants,
les Ismaéliens purent relever la tête,
et afficher leurs croyances, dans les régions
contrôlées par la secte ou sous l'autorité d'alliés
compréhensifs.
Lorsque Hassan I-Sabbâh
mourut, en 1124, son "royaume" était
fermement établi, et ses descendants allaient
faire trembler le monde, aussi bien les souverains
musulmans que les princes d'Europe, et jusqu'à des
souverains d'Asie comme les Mongols. Ces derniers,
cependant, qui possédaient à la fois
la puissance et la volonté, surent prendre
les mesures nécessaires pour éradiquer
cette menace.
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