Les armées mongoles du XIIIe siècle
par Laurent QUISEFIT, orientaliste

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La disposition mongole classique comprenait généralement cinq formations de cinq rangs ; en tête, deux rangs de cavalerie lourde, suivis par trois rangs de cavalerie légère. Les espaces entre les différentes formations étaient assez lâches, de manière à fournir l'espace indispensable à la manouvre. Des détachements légers sur les flancs, étaient chargés d'engager le combat, en harcelant l'ennemi. Lorsque la bataille commence, la cavalerie légère passe à travers les rangs de la cavalerie lourde pour assaillir l'adversaire. Des corps de cavaliers légers occupent les ailes, tandis que la garde reste en réserve, au centre. Les commandants restent avec la garde, légèrement en arrière, si possible sur une éminence, et coordonnent la manouvre des différentes unités grâce à un système d'étendards, de tambours, de gongs et de messagers rapides..
La cavalerie légère, assaille la troupe ennemie par un tir de barrage, caracolant hors de portée, accablant l'ennemi de traits, mais se gardant bien d'aller au corps à corps. Ce harcèlement visait à l'évidence à user les forces de l'adversaire, mais aussi à provoquer sa réaction. Si l'armée adverse semble se débander, une charge de grosse cavalerie vient parachever la rupture. Si au contraire les troupes adverses attaquent, les cavaliers légers rompent précipitamment, mais en bon ordre, en continuant à tirer. Cette tactique vise à attirer l'ennemi dans un piège où les autres unités peuvent déverser leurs flèches, avant que les cavaliers lourds ne viennent donner le coup de grâce.
Refusant d'entrer dans la mêlée, les Mongols recourent à une classique technique d'enveloppement par les ailes opérée soit par des troupes légères tandis que le front des troupes était occupé par la cavalerie lourde, soit par des troupes mixtes. Les Mongols envoient parfois des unités prendre l'ennemi à revers à plusieurs jours de distance. Ces troupes viennent ensuite se rabattre sur arrière ou les flancs ennemis après le début de la bataille. En effet en est particulièrement redoutable, également sur le plan du moral. D'autre part, la tactique de la retraite feinte peut durer plusieurs jours ; en Russie, en 1222, devant le prince de Galitch, le repli dura neuf jours avant que les Mongols ne se retournent soudain contre leurs poursuivants.
Lorsque l'issue est certaine, les Mongols peuvent engager la poursuite et utiliser l'expérience acquise à la chasse, en encerclant les fugitifs dans un cercle de cavaliers gigantesque, qui se resserre progressivement comme une peau de chagrin...
La cavalerie lourde, et certaines unités de la garde réduisent alors par leur puissance de choc les quelques noyaux de résistance qui subsistent encore.
Les Mongols recouraient aussi à la ruse, nous l'avons vu avec la retraite feinte. Ce n'est que l'une des facettes de leur ingéniosité. À plusieurs reprises, on doubla les effectifs grâce à des mannequins de paille, revêtus de vieux vêtements et juchés sur les chevaux de rechange. Dans la poussière des chevaux, avec la distance, l'illusion était parfaite. La nuit, on pouvait étaler le camp au maximum, chaque homme étant chargé d'entretenir un feu. On note aussi l'utilisation des captifs, principalement lors des sièges. Rangés par dix autour d'un étendard, revêtus, d'oripeaux mongols, ils venaient accroître la masse des véritables combattants, et accréditaient la thèse de l'incroyable - et pour cause - supériorité numérique des Mongols.
La mobilité, la puissance de feu et la stricte discipline de l'année mongole en ont fait l'une des premières armées médiévales, à égalité avec les Mamelouks d'Égypte. Les Mongols privilégiaient avant tout l'efficacité. Pour eux, les questions de préséance, d'honneur, de prise de rançon, n'avaient pas le même sens que pour les chevaliers d'Occident ou les combattants musulmans. Alliant la souplesse à la prudence, la ruse à la force, la discipline au courage, l'armée mongole fut un outil remarquable d'efficacité.

 

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