Les armées mongoles du XIIIe siècle
par Laurent QUISEFIT, orientaliste

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L'auteur : Laurent Quisefit est ancien élève des Langues Orientales, diplômé de coréen et de mongol, et titulaire d'un DEA d'Etudes de l'Extrême-Orient (Paris
VII). Il prépare une thèse sur l'histoire de la Corée et collabore avec différents magazines et organismes.

Issus des steppes de la Mongolie du nord-est, les Mongols peuple d'éleveurs nomades encore peu connus, vont bâtir le plus grand empire que l'Ancien Monde ait jamais porté. Pour la première fois, l'Europe et l'Asie seront reliées par une seule entité. Cet empire extraordinaire, bâti en trois générations, de 1206 à 1290, a été conquis grâce à une armée qui fut l'épine dorsale de l'empire. Il faut noter toutefois, que le nom de Mongols s'applique à une confédération de peuples nomades, turcs et mongols confondus, dont la minorité dirigeante était les Mongols.

Organisation

Gengis Khan (v. 1206-1227) est réputé avoir organisé l'armée mongole en observant scrupuleusement le système décimal. La dizaine arvan formait l'unité de base de l'armée mongole. Dix arvan Donnaient une centaine, ou djagun (zuun), et dix centaines constituaient un millier ou mingham (myank). Enfin, dix mingham composaient le tümen, ou division, qui regroupait quelque dix mille hommes.
On trouve parfois la mention de "bannières" de 100.000 hommes, mais cela reste l'exception, et fut sans doute théorique. Les Mongols et les Turcs issus des tribus vaincues lors de l'unification furent versés après leur soumission dans des unités déjà constituées, afin de briser leur identité nationale. Certains princes, alliés ou vassaux, conservaient toutefois le contrôle sur une partie de leurs troupes, comme le roi d'Arménie. Une armée mongole comptait en moyenne trois tümen.
La chaîne de commandement présentait des caractéristiques originales, car les dizaines élisaient leurs chefs. Les commandants des milliers et des tümen, appartenaient quant à eux à l'aristocratie. L'armature de l'armée était composée par la petite noblesse des hommes libres qui, en principe, avaient le privilège de conserver leur butin à la guerre. Remarqués pour leur vaillance, certains guerriers étaient nommés officiers, de sorte que le système n'était pas fondé sur la seule naissance. Tous les Mongols de sexe mâle étaient susceptibles de servir de 15 à 60 ans, constituant ainsi une nation en armes" avant la lettre. Les peuples vaincus, devenus vassaux, devaient fournir des contingents, à tel point que les années mongoles se trouvèrent vite constituées par des troupes en majorité turques et khitanes (du nom d'un peuple de Mandchourie). Les combattants mongols pouvaient êtres mutés sur des théâtres d'opérations très éloignés des pâturages de leur famille, et se trouver ainsi définitivement séparés de leurs parents, frères, cousins, etc.


La Garde

La Garde, (Keshig), armée permanente et garde personnelle du Khan, regroupait l'élite de l'armée. La troupe était répartie en "gardes de jour", "gardes de nuit", et en "porteurs de carquois". La Garde, formée à l'origine par les compagnons les plus fidèles de Gengis Khan (on parle parfois de "trust"), fut augmentée au fur et à mesure des conquêtes, et atteindra finalement quelque 10.000 hommes, soit un tümen contre seulement 150 hommes à l'origine. Seuls les nobles et les hommes libres pouvaient y entrer, et la Garde était magnifiquement équipée et armée. Bon nombre de généraux de Gengis Khan furent choisis dans la garde, qui joua bientôt le rôle d'Académie militaire, et les fils des officiers et sous-officiers de l'armée furent conviés à y entrer. Leur présence si près du Khan garantissait ce dernier contre toute révolte. Un simple soldat de la Garde avait préséance sur un commandant dans le reste de l'armée.
Le besoin de cadres compétents et fidèles s'étant fait sentir, tous les Mongols qui le désiraient purent finalement entrer dans la Garde, à condition toutefois de se plier à sa dure discipline. Si un garde manquait à son service, il encourait trois coups de bâton, puis sept en cas de récidive. Si le même garde manquait une troisième fois à son service, sans raison sérieuse, il s'exposait à recevoir trente-sept coups de bâton, et à se voir définitivement chassé de la Garde. Une sentinelle s'endormant à son poste était exécutée.

 

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