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La situation
de la marine russe
Mais il convient
de dépasser le seul cadre de la perte du Koursk pour réfléchir
sur l'impact de cet événement en Russie et dans
le monde. Malgré des moyens financiers limités,
la marine russe tente de conserver son savoir-faire technologique.
Sa situation actuelle n'est pas sans avantages par rapport à la
période de la guerre froide. Les équipes de recherche
encore opérationnelles ont ainsi un accès plus
aisé aux technologies occidentales. Mais encore faut-il
avoir des moyens financiers adéquats.
Le
président
Vladimir Putin avait affirmé au début du mois de
juillet que la marine russe était le symbole d'un état
russe puissant et le pilier de ses capacités de défense.
Il donnait ainsi l'impression que le décret de modernisation
qu'il avait Le Koursk devait d'ailleurs retourner en Méditerranée
en fin d'année dans le cadre du déploiement d'un
groupe aéronaval russe, centré sur le porte-avions
d'attaque Kuznetsov (60.000 tonnes). Avec la fin de la guerre
froide, puis l'indépendance de l'Ukraine qui la priva
de la grande base aéronavale de Sébastopol en Crimée,
la présence russe avait pratiquement disparue de la Méditerranée
où elle ne dispose plus non plus des points d'appui qui étaient
les siens en Lybie ou en Syrie notamment. Mais même au
temps de la splendeur de l'URSS, le déploiement se limitait à une
escadre de croiseurs soutenue par des sous-marins. C'est dire
que le président russe comptait sur cette opération
pour montrer à l'étranger, comme à sa propre
opinion publique, que la Russie redevenait une puissance avec
laquelle il fallait de nouveau compter.
Mais
l'aspect essentiellement politique de cette manouvre ne doit
pas masquer l'état de délabrement avancé de
l'armée russe et
de sa marine malgré un budget de la défense multiplié par
deux aux dires du Kremlin. Le Kuznetsov est le seul porte-avions russe "opérationnel" mais
il navigue peu et son groupe aérien dispose d'à peine une trentaine
d'appareils qui volent trop rarement pour que les pilotes aient une qualification
suffisante pour combattre ou même apponter dans des conditions délicates.
Des deux autres unités en construction, l'une a été ferraillée
(Ul'yanosk) et l'autre (le Varyag) a été cédée
fin 1998 par l'Ukraine à une firme chinoise de Macao qui doit le transformer
en hôtel flottant, du moins si l'on s'en tient à la version
officielle. Le dernier des quatre grands croiseurs porte-aéronefs
de la classe Kiev encore en service, le Gorshkov, vient d'être vendu à l'Inde
et sera transformé en porte-avions intégral.

Le Kuznetsov est le seul porte-avions russe
et il n'est pas pleinement opérationnel.
(crédit photographique : DoD)
Outre son porte-avions,
la flotte de surface russe compte 4 grands croiseurs à propulsion
nucléaire de la classe Ushakov (ex-Kirov - 28.500 t),
4 croiseurs de la classe Slava (12.500 t), 12 grands destroyers
ASM de la classe Udaloy (8.000 t) et 17 grands destroyers anti-navires
de la classe Sovremenny (7.500 t), les mêmes que ceux vendus à la
Chine récemment. Il n'est cependant par certain que tous
ces navires soient opérationnels en même temps ou
même en état de naviguer.

Vladimir Poutine a décidé de
conserver en service actif les 4 croiseurs
à propulsion nucléaire de la classe Ushakov (ex-Kirov).
(crédit photographique : US Navy).
L'essentiel
de la puissance de la marine russe réside donc dans sa
force de sous-marins qui compterait une centaine d'unité mais
dont il est probable que moins du tiers soient réellement
opérationnels (dont une vingtaine à propulsion
nucléaire). Ainsi les deux Oscar I et les trois premiers
Oscar II ont été placé en réserve
respectivement en 1996 et en 1998. Les 8 unités les plus
récentes de la classe Oscar II forment l'épine
dorsale de cette force avec les Victor III et les Akula II en
attendant un la première unité de la classe Severodvinsk
dont la construction semble arrêtée.
De
par leur taille, l'importance des Oscar II dans la marine russe
est équivalente à celle
des porte-avions dans la marine américaine. 4 sont déployés
dans la flotte du Nord à Mourmansk et les 4 autres dans le Pacifique.
Les flottes de la Mer Noire et de la Mer Baltique comporte essentiellement
de petites unités et des sous-marins à propulsion conventionnelle.
Si
la marine russe doit d'abord assurer la liberté d'action la quinzaine
de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins encore opérationnels,
sa mission principale reste comme par le passé, d'empêcher les
groupes de porte-avions américains de se mettre en position pour attaquer
le territoire national. Cette thématique a d'ailleurs fait l'objet
de la plus grande manouvre navale depuis la guerre froide, en 1996. Plusieurs
sous-marins et des avions d'attaque basés au sol ont simulé une
attaque contre un groupe aéronaval mené par le Kuznetsov. D'autre
part, les sous-marins russes, et notamment les unités de la classes
Oscar, ont de nouveau été aperçus en train de prendre
en filature, ou de simuler des attaques, sur les porte-avions américaines
au large des côtes américaines.

Le Backfire Tu22 reste
avec les Tu 160 blackjack (équivalent des
B2 américains) une menace importante pour les porte-avions américains.
(DR)
Causes
et conséquences
Comme
le reste de l'armée, la marine souffre d'une insuffisance
criante de moyens malgré une réduction drastique
du nombre d'unités
réellement en service. Cette situation est encore aggravée
par la dépense des maigres ressources disponibles dans le conflit
tchétchène. La diminution de la durée du service national
le taux élevé de
déserteurs ont par ailleurs contribué à limiter les
ressources humaines disponibles. Les soldes restent misérables,
même pour
les officiers de plus haut grade et les paiements sont en retard de près
de deux ans. Les officiers et les hommes sont donc fréquemment contraints à voler
et à vendre leur matériel pour survivre. Néanmoins,
il paraît difficile d'imputer cette catastrophe à l'équipage
du Koursk. Comme tous les sous-mariniers, ils sont parfaitement conscients
des dangers naturelles sur mer et plus encore sous la mer pour négliger
leur sécurité. Les standards de l'industrie de défense
russe sont loin de ceux de ses homologues occidentales et le problème
vient plutôt d'un matériel défaillant. Cette
incapacité croissante des gouvernements russes depuis la fin de
la guerre froide à gérer leur arsenal nucléaire
militaire, sans même parler de la situation préoccupante
du nucléaire
civil, devrait inciter les dirigeants occidentaux à dépasser
une approche idéologique de leurs relations avec la Russie reposant
sur les valeurs démocratiques. Les avancées dans ce domaine
sont en effet minimes et largement contrebalancées par la dégradation
de la situation de la plupart des citoyens russes. Le libéralisme à l'américaine
a débouché sur
une corruption sans précédent et un marasme économique
généralisé. Il paraît actuellement illusoire
d'investir en Russie et d'espérer faire du profit ou se développer
en se cantonnant aux seules activités licites. La mafia russe
est omniprésente
dans les structures économiques et politiques du pays et son
activité internationale
grandissante est désormais une grave menace pour les sociétés
occidentales. La Russie exerce pourtant un chantage aux subventions
et aux prêts dont rien ne garantie pourtant le bon emploi.

Les portes-avions d'attaque à propulsion
nucléaire américains sont
les principales cibles des sous-marins russes de la classe Oscar II.
L'US Navy prévoit d'en garder 12 en service.
(crédit photographique : US Navy)
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