Le naufrage du Koursk révélateur de l'état désastreux de la marine russe

par Jean-Philippe LIARDET, dr

page 1 - page 2

 

Le 12 août 2000, la marine russe subissait une perte tragique avec la disparition du Koursk, un sous-marin nucléaire d'attaque de la classe Oscar II. Lancé en mai 1994 et entré en service en 1995, il s'agit de l'avant-dernier navire de cette classe entré en service et donc un des plus modernes. Il bénéficiait également d'un équipage expérimenté de 107 hommes qui avait pour l'essentiel participé à son déploiement en Méditerranée en septembre 1999 dans ce qui était la première présence de ce type d'unité dans la zone depuis dix ans. Les 11 autres personnes à bord étaient des officiers en observation pour la durée de cet exercice.


Les 8 sous-marins de la classe Oscar II en service sont l'épine dorsale
de la flotte soviétique. Leur principale mission est de tenir à distance
des côtes russes les porte-avions d'attaque américains.

Les russes ont tout d'abord annonce que le naufrage avait été causé par une collision avec un sous-marin occidental puis avec un navire de surface. Ces affirmations sont immédiatement apparues hautement fantaisistes et reflètent le désarrois d'autorités russes à la recherche d'un bouc émissaire. En effet, le Koursk dispose de moyens de détection perfectionnés et d'une vitesse de déplacement suffisante pour éviter ce genre de problèmes.


Le Koursk part pour sa dernière mission, le 10 août 2000
(DR)

Il faudra plusieus semaines avant que l'on ait confirmation que le Koursk avait bient été atteint par un missile anti-sous-marin expérimental lancé du croiseur à propulsion nucléaire Petr Velikiy (4e et dernier de la classe Ushakov ex-Kirov).


Le Petr Velikiy à quai

La menace des sous-marins nucléaires d'attaque américains est en effet prise très au sérieux par les Russes. Les capacités opérationnelles de ces bâtiments sont extrêmement variées : attaque des bâtiments ennemis, missions de renseignement, de reconnaissance et de surveillance mais aussi frappes contre les objectifs terrestres à l'aide des missiles de croisière Towmahawk. Les SNA sont d'ailleurs désormais considérés comme des capital-ship au même titre que les porte-avions. Leur moindre puissance de feu est compensée par leur nombre et par une discrétion qui leurs confère une grande invulnérabilité dans le cadre d'un conflit de haute intensité.


Un missile de croisière Towmahawk tiré par un SNA américain
comme lors de la guerre du Golfe ou des opérations en Adriatique

Les sous-marins de la classe Oscar II sont ceux dont les caractéristiques se rapprochent le plus de la classe Los Angeles américaine. La présence d'un nombre élevé d'officiers en observation (11) démontre l'importance de l'exercice. Enfin, le choix du Koursk s'explique par la compétence de son équipage qui s'était fort bien comporté lors de sa mission en Méditerranée à la fin de l'année 1999.


Cette photo montre parfaitement la grande largeur (18,2 m) des sous-marins
de la classe Oscar II, en raison notamment des deux rangées de silos pour les
missiles de croisière. (crédit photographique : DoD)

Deux explosions ont été détectées par les sismologues norvégiens le 12 août vers 7h30 du matin : la première mesurait 1,5 sur l'échelle et la seconde, deux minutes plus tard atteignait 3,5. Comme l'ont montré les images sous-marines, le sous-marin a été littéralement éventré et tous ses compartiments ont probablement été presque instantanément inondés ce qui rend improbables les appels au secours des survivants annoncés par les Russes par la suite.Ce qu'il faut surtout retenir, c'est le très faible niveau opérationnel des équipes de secours russes. Les conditions ne pouvaient guère être plus favorables aux secouristes. L'épave gît par 100 m de fond dans une zone proche de Mourmansk à une période de l'année où la météo reste le plus souvent favorable. La différence d'efficacité entre les équipes russes présentes sur les lieux depuis une semaine et les Norvégiens en une journée est révélatrice. Cette incompétence et la répugnance à accepter une aide étrangère et les délais qui s'en suivirent font cependant que le gouvernement russe espère sans doute que la récupération des corps validera la thèse d'une mort instantanée de l'ensemble de l'équipage.

Enfin, rappelons qu'il ne s'agit pas du premier naufrage d'un sous-marin soviétique :
- le 8 avril 1970, un sous-marins de classe November en baie de Biscaya (incendie) :52 morts, le fait ne sont connu qu'en 1991.
- le 6 octobre 1986 un sous-marin de classe Yankee au nord des Bermudes (explosion): 4 morts
- le 7 avril 1989, un sous-marin de classe Mike au large de la Norvège (incendie): 42 morts
Au total, plus de 500 personnes trouvèrent la mort dans plusieurs dizaines d'accidents impliquant des sous-marins soviétiques. Les Américains en connurent également, mais moins fréquemment, avec la perte de deux de leurs bâtiments


Fiche technique

Nom : "Koursk" (Kursk)
Désignation : K 141
Lancement : mai 1994
Entrée en service : 1995
Déplacement : 13.400 à 14.700 t. en surface - 16.400 à 24.000 t. en plongée
vitesse : 15 nouds en surface - 28 nouds en plongée
dimensions : 154 m de long, 18.2 m de large et un tirant d'eau de 9 m.
Propulsion : deux réacteurs nucléaires VM-5 PWR
autonomie : 50 jours
performances en plongée : 600 m (estimation)
armement :
- 24 missiles de croisières supersoniques (Mach 1,6) Chelomey SS-N-19/P-700 Granit capable d'emporte 750 kg d'explosif ou une tête nucléaire de 500 kt (20-55 km de portée). Deux rangées de 12 tubes de lancement inclinés à 40°.
- Missiles ASM Novator SS-N-15 Tsakra d'une portée de 45 km tirés par 4 tubes de 533 rechargeables. Tête nucléaire de 200 KT (Vodopad) ou torpille Type 40 (Veder).
- Missiles anti-navires SS-N-16 Stallions d'une portée de 100 km tirés par 4 tubes de 650 rechargeables. Tête nucléaire de 200 KT (Vodopad) ou torpille Type 40 (Veder).

 

Sources

The Impact of the Kursk Accident [stratfor]
The Russian Northern Fleet Nuclear submarine accidents [Bellona Fondation]
Une carte de la zone [Federation of American Scientists]
La classe Oscar II [Jane's]

 

page 1 - page 2

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés