Camerone, 30 avril 1863
par Jean-Philippe Liardet, dr

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Un Empire en sursis

 

Malgré le succès militaire, le nouvel empereur Maximilien n’arrive pas à asseoir un pouvoir qui vaut d’abord par le soutien des armes françaises. Face à l’hostilité montante de l’ensemble de la population, le manque de moyens financiers ainsi que la morgue et la corruption des élites ne facilitent pas la tâche de ce monarque étranger. Par ailleurs, l’attitude équivoque du général Bazaine laisse transparaître l’ambition de prendre la tête d’un gouvernement dictatorial.

Le général Bazaine. Peinture de Beaucé.
Cet ancien officier de Légion a brillamment combattu dans ce corps lors de la conquête de l’Algérie et lors du prêt de la Légion à l’infante d’Espagne. Il se rendra tristement célèbre lors de la guerre contre la Prusse (1870-1871) avec une série de décisions désastreuses non dépourvues d’arrière-pensées politiques. Il se laissera notamment enfermer dans Metz et capitulera avec la dernière armée impériale sans avoir épuisé tous ses moyens de résistance.


La fin de la guerre civile américaine se traduit immédiatement par une forte implication du gouvernement américain dans le conflit. Celui-ci continue en effet à reconnaître comme seul légitime le gouvernement de Juarez. Les juaristes reçoivent donc des armes et un fort soutien logistique alors que la pression diplomatique des Etats-Unis sur la France s’accroît. Pour appuyer cette démarche, une armée de 50 000 hommes est rassemblée au Texas, sous le commandement du général Shéridan. Plus de 100 000 volontaires s’apprêtent à la rejoindre.

Pragmatique, Napoléon III proclame la victoire (22 janvier 1866) et entame un retrait progressif du corps expéditionnaire français affaibli par la fatigue, la fièvre jaune et les désertions. Ce mouvement est accéléré par l’aggravation des tensions en Europe, provoquée par l’affrontement entre la Prusse et l’Autriche. Bazaine et les dernières troupes françaises quittent le pays au début de l’année 1867.

Les derniers légionnaires rembarquent le 22 février 1867 alors que l’on a un moment envisagé de prêter puis de céder la Légion au nouvel Etat mexicain. La renommée acquise par le combat de Camerone en métropole contribue probablement à l’abandon de cette funeste décision.

Trente ans plus tôt la Légion avait déjà été cédée à la régente d’Espagne, pour maintenir l’infante Isabel sur le trône. Elle y lutta bravement dans un dénuement total, subissant de lourdes pertes, avant que les survivants ne regagnent les unités recréées en Algérie (1834-1838). La Légion vient de gagner au Mexique, par les armes, une légitimité qui sera pourtant périodiquement remise en cause. En moins de quatre ans, 22 officiers et 446 sous-officiers et légionnaires sont tombés, pour 6 bataillons engagés dans la campagne.

Les troupes mexicaines de Maximilien. D’après un croquis de M. de Girardin, officier au 1er régiment de chasseurs d’Afrique.
Le Monde Illustré.

L’armée impériale mexicaine, pourtant forte de près de 30 000 hommes ne peut alors empêcher la victoire des troupes juaristes en quelques semaines. L’empereur Maximilien refuse d’abdiquer et se réfugie à Querétaro. Trahi par ses propres hommes il est capturé (14 mai) et exécuté (19 mai). Juarez retrouve un poste de président qu’il gardera jusqu’à sa mort en 1872.

 

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