Camerone, 30 avril 1863
par Jean-Philippe Liardet, dr

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13 - 14

 

Analyse du combat et de son importance sur le plan militaire


A plusieurs reprises pendant la campagne du Mexique, des unités de la Légion étrangère auront à affronter un ennemi supérieur en nombre. A chaque fois qu’elles pourront trouver un abri solide, elles tiendront jusqu’à l’arrivée de renforts.

Le 1er mars 1866 à l’hacienda de Santa Isabel, 185 légionnaires et 400 cavaliers mexicains alliés subissent une lourde défaite dans une attaque inconsidérée contre des forces supérieures en nombre. La victoire est presque à portée de mains mais l’assaut se ralenti notamment après la mort du commandant de Brian. Abandonnés par la cavalerie alliée, les légionnaires sont submergés à découvert par un millier de cavalier juaristes. Au total, 102 sont tués et 82, dont quarante blessés, doivent se rendre pour échapper au massacre. Un seul rescapé réussit à regagner Parras où 44 légionnaires, renforcés de 26 hommes du train, vont tenir cinq jours contre 2.000 Mexicains. Le 6, ils sont dégagés par une colonne de secours menée par le commandant Saussier.

Un voltigeur de la Légion dans les Terres Chaudes en 1863.
Le sombrero, mieux adapté aux conditions climatiques remplace très vite le képi réglementaire.
Dessin de Pierre Bénigni.


A Camerone aussi, l’espoir de l’arrivée du colonne de secours et la certitude d’être tués après avoir repoussé les deux offres de reddition expliquent en partie l’acharnement des légionnaires alors que tout semble perdu. Le capitaine Danjou est raisonnablement confiant car il estime que les cavaliers mexicains, armés de carabines, ne sont pas capables de prendre l’hacienda. Son calcul s’avère juste. C’est l’infanterie mexicaine, dont il ignore alors la présence, qui va emporter la décision.

C'est l'infanterie, et non la cavalerie qui permit de venir à bout de la résistance des légionnaires.


Plusieurs éléments fragilisent la situation des légionnaires à Camerone. Ainsi, les deux mulets portant les munitions ayant été perdus au début du combat, les légionnaires ne disposent plus que de 60 cartouches par homme, soit un total théorique de 3.720 coups. Ils vont en faire un usage exceptionnel, réussissant à mettre hors de combat plus de 300 ennemis. Cela permet d’établir un ratio exceptionnel d’un coup au but par douzaine de cartouches tirées. Il s’explique en partie par le fait que les ennemis se fusillent à bout portant. Pourtant, le manque de munitions en fin d’après-midi va permettre aux Mexicains d’approcher encore et d’écraser sous leur masse les derniers défenseurs. Le grand nombre de prisonniers, la moitié de l’effectif, s’explique ainsi.

Assaut du pénitencier (fort de Puebla) le 29 mars 1863. Les énormes dégâts provoqués par l’artillerie de siège sont nettement visibles.


Les mulets portant aussi les approvisionnements, les légionnaires n’ont rien eu à manger et surtout à boire depuis le matin. La chaleur et la fumée ont aggravé cette déshydratation. Par ailleurs, ils ont été réveillés à minuit. Leur combativité malgré ces conditions défavorables est donc remarquable. La qualité de l’encadrement - le sous-lieutenant Maudet tombe parmi les derniers - et l’expérience acquise lors de la conquête de l’Algérie explique cette cohésion. Il faut aussi ajouter que le capitaine Danjou est aimé et respecté par tous les légionnaires. Ils vont tenir le serment fait à leur chef.

Dans le camp mexicain, l’absence d’artillerie s’avère décisive dans la mesure où les murs décrépis de l’hacienda n’auraient probablement pas résisté aux obus, alors qu’ils ont protégé correctement des balles les légionnaires.

Sans conteste, la résistance de la 3e compagnie sauve le convoi en route vers Puebla d’une embuscade dangereuse. La perte de l’effet de surprise, les pertes subies et la perspective de devoir affronter de nouveau la Légion incite le colonel Milan à renoncer à ses projets. L’arrivée de l’artillerie de siège à Puebla permet d’abréger le siège. Par ailleurs, lors des deux mois suivants, les convois français seront acheminés sans encombres.

La bataille de San Lorenzo.
Au premier plan Bazaine donne ses ordres au commandant de la batterie de la garde impériale
(seule unité de celle-ci présente au Mexique) qui tire sur la ville à bout portant.


Pour autant, ce combat n’est pas le seul décisif dans le déroulement de la campagne. Peu après, le général Bazaine remporte une victoire déterminante à San Lorenzo (8 mai 1863), sur une armée de secours en provenance de Mexico. La chute de Puebla n’est alors plus qu’une simple question de temps. Le 19 mai la garnison mexicaine est dissoute. Le 7 juin, les Français entrent à Mexico, évacuée par le gouvernement de Juarez.

 

pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13 - 14

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés