La guerre du Kippour (6-25 octobre 1973)
par Pierre RAZOUX, dr

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Quel bilan retenir de ce conflit ? (suite)

 

Une percée diplomatique pour les Américains

Sur le plan international, la guerre, qui a engendré un choc pétrolier lourd de conséquences, met à l'épreuve la nouvelle logique de détente instaurée progressivement entre les deux blocs et suscite une brèche dans les relations américano-européennes.

Les deux grandes puissances n’ont pas souhaité le déclenchement des hostilités. Une situation de statu quo répondait bien davantage à leurs intérêts réciproques. Elles n’ont rien fait cependant pour en empêcher le déclenchement. Pris au piège de leur propre politique clientéliste et ne pouvant se permettre de voir l'autre camp l'emporter, Américains et Soviétiques se sont laissés entraîner dans une crise qu'ils se sont efforcés de gérer au mieux de leurs intérêts, acceptant de réapprovisionner leurs protégés. En manoeuvrant habilement, la Maison Blanche, pourtant en pleine crise du Watergate, prend l'ascendant sur le Kremlin, réalisant une percée diplomatique lui permettant de rétablir ses relations avec l'Egypte, tout en éloignant ce pays un peu plus de la sphère soviétique. Lors des difficiles négociations qui suivent la fin de la guerre, les Etats-Unis démontrent que seule leur méthode des petits pas, chère à Henry Kissinger, semble susceptible d’aboutir à des résultats tangibles.

Cette crise met néanmoins en exergue des dissensions au sein de l'Alliance atlantique. Les Européens ont refusé d'accueillir sur leurs bases les aéronefs américains à destination d'Israël, tandis que les Turcs ont laissé transiter au dessus de leur espace aérien les aéronefs soviétiques à destination de la Syrie et de l'Irak. L'Europe occidentale, à l'exception de la France et du Royaume-Uni, est pour sa part restée très en retrait, obnubilée par le souci de garantir ses sources d'approvisionnement énergétique dépendant très largement du pétrole arabe. Par une diplomatie active, Français et Britanniques tentent quant à eux de renforcer leur position au Proche-Orient, sans pour autant participer à une croisade ayant pour finalité de promouvoir les seuls intérêts américains. La France essaye ainsi de susciter un dialogue direct entre Arabes et Européens, faisant valoir la complémentarité de leurs économies, mais cette tentative, qui heurte de front les intérêts américains, n’est pas suivie par ses partenaires.

 

Un conflit riche en enseignements militaires

La guerre du Kippour apparaît en définitive comme un conflit plus équilibré et plus disputé que l'image qui en a souvent été présentée. Le rapport des forces en présence s'est avéré moins déséquilibré que ce que les autorités arabes et israéliennes ont longtemps laissé entendre. L’impact réel de l’aide matérielle fournie par les deux grandes puissances à leurs alliés respectifs ne fut pas aussi décisif que ce que les Américains et les Soviétiques ont longtemps prétendu.

Cette guerre constitue le premier conflit mécanisé de haute intensité depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Elle a démontré l'importance du renseignement pour contrer l'effet de surprise. Elle a permis de valider, de nuancer ou de rejeter certains concepts opérationnels. Elle a servi de banc d'essai à de nombreuses armes récentes, qui n'avaient pas eu l'occasion de subir l'épreuve réelle du feu. Elle a démontré une nouvelle fois que la qualité l’emportait sur la quantité et que le facteur humain jouait toujours un rôle essentiel dans la conduite de la bataille.

La haute technologie a eu un impact considérable sur le déroulement des combats. La notion de C3I s’est imposée comme une donnée fondammentale du combat moderne. L’efficacité des missiles, bien que réelle, a cependant été exagérée. Le char et l'avion ont démontré qu’ils restaient les vecteurs essentiels du combat mécanisé, à condition de s’intégrer dans un environnement interarmes leur assurant soutien et protection. Si l'aviation a joué un rôle important pendant le conflit, celui-ci n'a pas été aussi décisif qu'en juin 1967. A l'inverse de la guerre des six jours, ce sont en effet les chars qui ont cette fois-ci ouvert la voie aux avions. La puissance et l’efficacité de l’arme aérienne ont donc été surestimées, comme peu de temps auparavant lors de la guerre du Vietnam, puis dix-huit ans plus tard lors de la guerre du Golfe. Une fois de plus, les évènements ont démontré que la guerre se perdait ou se gagnait au sol. De manière plus globale, la nécessité d’une approche interarmée, voire interalliée, s’est imposée comme l’un des enjeux majeurs pour la conduite efficace d’un conflit d’envergure.

 

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