La guerre du Kippour (6-25 octobre 1973)
par Pierre RAZOUX, dr

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Le milieu

 

Le front Sud

Ce théâtre d'opération, qui est centré sur la zone du canal de Suez contenant la Ligne Bar-Lev, englobe la partie occidentale de la péninsule du Sinaï. Il forme un rectangle d’un peu plus de 200 kilomètres de hauteur et de 80 kilomètres de largeur.

La zone du canal de Suez relie la Méditerranée à la Mer Rouge. Elle est bordée au nord par l'étendue marécageuse de la lagune Manzala, qui rejoint le delta du Nil, et au sud par les contreforts du grand erg oriental et du djebel Ataqua qui culmine à 871 mètres d'altitude. Ce dernier constitue un observatoire de choix. La rive occidentale du Canal est doublée par un canal d'eau douce, entre Kantara et Suez, qui irrigue une étroite bande agricole le long de cette rive. L'ensemble de cette zone est principalement constituée d'une plaine sablonneuse et rocailleuse, d'où émergent quelques collines dont l'altitude excède rarement 200 mètres. De nombreuses pistes maillent cette partie du front, facilitant le mouvement des forces. La zone est faiblement peuplée, depuis que les villes bordant le Canal ont été évacuées pendant la guerre d'usure. Seuls subsistent de très nombreux camps militaires.

La ligne Bar-Lev se compose d'une trentaine de fortins israéliens adossés au rempart de sable bordant la rive orientale du Canal. Chaque poste, espacé d'environ cinq kilomètres, est équipé pour l'observation visuelle et électronique. Des orifices de tir sont aménagés dans toutes les directions, couvrant ainsi l'ensemble des secteurs d'où pourrait provenir une attaque ennemie. Ces fortins peuvent accueillir quelques pièces d'artillerie, ainsi que trois ou quatre chars. Chacun d’entre eux a été conçu pour résister à l'impact direct d'un obus de 155 millimètres ou d'une bombe de 500 kilogrammes. Une seconde ligne de défense est située à quatre cents mètres en retrait. Des murets, des champs de mines et des tranchées complètent enfin le dispositif, défendant les accès aux routes principales. Les différents ouvrages de la Ligne sont reliés entre eux par un important réseau routier dont trois rocades parallèles : la première, dénommée Route Lexique, borde immédiatement la voie d’eau et permet d’accéder aux fortins ; la seconde, à une dizaine de kilomètres plus à l’est, juste derrière la première ligne de crête, est identifiée sous l’appellation de Route de l’Artillerie – elle permet en effet à l’artillerie israélienne de se déployer sur ses positions de tir ; la troisième, enfin, connue sous le nom de Route Latérale, est située à une trentaine de kilomètres à l’est du Canal et permet le basculement des forces d’un secteur à l’autre du front.

La péninsule du Sinaï relie l'Afrique à l'Asie. Elle forme un triangle désertique dont la moitié méridionale est constituée par un massif montagneux chaotique, qui culmine à 2 642 mètres d'altitude au niveau du djebel Katherina, près du monastère Sainte-Catherine. L'extrémité nord-ouest de la péninsule, près de Port-Fouad, est occupé par la lagune Mallaha, véritable marécage qui constitue un obstacle naturel pour les unités mécanisées. Un réseau de dunes s'élève progressivement à l'est de la voie d’eau, facilitant la défense de la rive orientale du Canal. La côte occidentale de la péninsule du Sinaï est parsemée d'exploitations pétrolifères qui constituent un réel enjeu stratégique. Les principaux axes de communication sont orientés est-ouest. Deux routes côtières se rejoignent néanmoins à Sharm el-Sheikh.

 

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