La guerre du Kippour (6-25 octobre 1973)
par Pierre RAZOUX, dr

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Le contexte (suite)

Peu de temps après son arrivée au pouvoir, à l'automne 1970, le président égyptien Anouar el-Sadate éprouve le besoin urgent de faire évoluer cette situation figée catastrophique pour lui, tant pour sa survie politique que pour la ruine économique menaçant son pays. Ce déblocage ne semble pouvoir s’opérer que par le biais d’une nouvelle guerre. En accord avec le président syrien Hafez el-Assad, il prend donc l’initiative de déclencher celle-ci. Il ne s’agit pas là d’un coup de théâtre de dernière heure, mais d’une décision mûrement réfléchie arrêtée par le président égyptien en mai 1972, après le sommet de Moscou au cours duquel les deux grandes puissances ont entériné le principe du maintien du statu quo au Proche-Orient. Sadate ressent dès lors la présence soviétique comme une réelle contrainte entravant sa marge de manoeuvre. Il décide donc de recouvrer sa liberté d’action en expulsant en juillet 1972 la plupart des conseillers soviétiques présents sur son territoire. Parallèlement, il multiplie les pressions sur Moscou pour obtenir les armes modernes tant attendues. Lors d’une réunion du conseil suprême des forces armées, le 28 octobre 1972, il nomme au poste de ministre de la guerre l'un des militaires en qui il a le plus confiance, le général Ahmed Ismaïl Ali, le chargeant de superviser les plans de bataille arabes. Le général Ismaïl et le général Shazli, chef populaire de l’état-major général, entament donc avec leurs homologues syriens la planification rigoureuse d’une offensive limitée ne visant qu’à récupérer le plateau du Golan et le secteur du canal de Suez.

La question des buts de guerre arabes a suscité a posteriori bien des débats. Bien que certains chefs d’Etat arabes, rejoints par certains dirigeants palestiniens, prêchaient ouvertement la destruction de l’Etat hébreu, aucun chef d’Etat voisin d’Israël n’envisageait sérieusement une telle hypothèse, pas même Hafez el-Assad. Outre l’incertitude que faisait planer sur l’équilibre régional l’existence virtuelle d’un arsenal nucléaire militaire israélien, certains pays comme l’Egypte, la Jordanie ou le Liban avaient déjà tacitement admis le principe de l’existence d’Israël sur la carte du Proche-Orient. Seule l’étendue de son territoire posait problème. Le président Sadate a déclaré à ce propos que si l'Egypte ne devait reconquérir ne fut-ce qu'une tête de pont sur la rive orientale du Canal, cela serait déjà pour lui une victoire.

La décision des présidents Sadate et Assad de recourir à la guerre n’est rendue possible que par la réduction de l’écart qualitatif entre les armées arabes et israéliennes. A la veille de la guerre du Kippour, les armées arabes se trouvent dans une situation indéniablement meilleure que celle qui était la leur à l’issue de la guerre des six jours. Elles ont non seulement reconstitué leurs arsenaux, mais elles les ont encore renforcés, se préparant soigneusement à une offensive de grande envergure.

En 1973, les armées arabes paraissent galvanisées par un esprit de revanche visant à reconquérir les territoires perdus en juin 1967 afin de restaurer l’honneur de leurs armes ; de ce fait, elles sont prêtes aux plus grands sacrifices. Ce résultat est le fruit de plusieurs années d’entraînement et d’efforts ininterrompus, imputables en grande partie au général Saad el-Shazli, chef de l’état-major général égyptien.

L’armée israélienne parait quant à elle paradoxalement plus puissante et mieux équipée que par le passé. Elle vient de recevoir du matériel américain extrêmement performant, lui assurant a priori une supériorité incontestable. Elle développe néanmoins à l’encontre de ses adversaires arabes un formidable complexe de supériorité anesthésiant son sens des réalités. L’armée israélienne subit en outre un insidieux phénomène de dégradation qui se répercute tant sur sa doctrine d’emploi des forces, que sur l’institution elle-même. Sa stratégie privilégie désormais la défensive, comme en témoigne l’édification de la coûteuse Ligne Bar-Lev le long du canal de Suez. Ce phénomène ne fait que reproduire celui affectant une société israélienne en pleine mutation, à la croisée des chemins. La plus frappante manifestation en est l'échec des services de renseignements qui, handicapés par des dysfonctionnements et des rivalités internes, sont leurrés par le remarquable plan de déception soigneusement élaboré par le Moukhabarat égyptien.

Moshe Dayan

 

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