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Le contexte (suite)
Peu
de temps après son arrivée au pouvoir, à l'automne 1970, le président égyptien
Anouar el-Sadate éprouve le besoin urgent de faire évoluer cette
situation figée catastrophique pour lui, tant pour sa survie
politique que pour la ruine économique menaçant son pays. Ce
déblocage ne semble pouvoir sopérer que par le biais dune
nouvelle guerre. En accord avec le président syrien Hafez el-Assad,
il prend donc linitiative de déclencher celle-ci. Il ne
sagit pas là dun coup de théâtre de dernière heure,
mais dune décision mûrement réfléchie arrêtée par le président égyptien
en mai 1972, après le sommet de Moscou au cours duquel les deux
grandes puissances ont entériné le principe du maintien du statu
quo au Proche-Orient. Sadate ressent dès lors la présence
soviétique comme une réelle contrainte entravant sa marge de
manoeuvre. Il décide donc de recouvrer sa liberté daction
en expulsant en juillet 1972 la plupart des conseillers soviétiques
présents sur son territoire. Parallèlement, il multiplie les
pressions sur Moscou pour obtenir les armes modernes tant attendues.
Lors dune réunion du conseil suprême des forces armées,
le 28 octobre 1972, il nomme au poste de ministre de la guerre
l'un des militaires en qui il a le plus confiance, le général
Ahmed Ismaïl Ali, le chargeant de superviser les plans de bataille
arabes. Le général Ismaïl et le général Shazli, chef populaire
de létat-major général, entament donc avec leurs homologues
syriens la planification rigoureuse dune offensive limitée
ne visant quà récupérer le plateau du Golan et le secteur
du canal de Suez.
La
question des buts de guerre arabes a suscité a posteriori bien
des débats. Bien que certains chefs dEtat arabes, rejoints
par certains dirigeants palestiniens, prêchaient ouvertement
la destruction de lEtat hébreu, aucun chef dEtat
voisin dIsraël nenvisageait sérieusement une telle
hypothèse, pas même Hafez el-Assad. Outre lincertitude
que faisait planer sur léquilibre régional lexistence
virtuelle dun arsenal nucléaire militaire israélien, certains
pays comme lEgypte, la Jordanie ou le Liban avaient déjà tacitement
admis le principe de lexistence dIsraël sur la carte
du Proche-Orient. Seule létendue de son territoire posait
problème. Le président Sadate a déclaré à ce propos que
si l'Egypte ne devait reconquérir ne fut-ce qu'une tête de pont
sur la rive orientale du Canal, cela serait déjà pour lui une
victoire.
La
décision des présidents Sadate et Assad de recourir à la guerre
nest rendue possible que par la réduction de lécart
qualitatif entre les armées arabes et israéliennes. A la veille
de la guerre du Kippour, les armées arabes se trouvent dans une
situation indéniablement meilleure que celle qui était la leur à lissue
de la guerre des six jours. Elles ont non seulement reconstitué leurs
arsenaux, mais elles les ont encore renforcés, se préparant soigneusement à une
offensive de grande envergure.
En
1973, les armées arabes paraissent galvanisées par un esprit
de revanche visant à reconquérir les territoires perdus en juin
1967 afin de restaurer lhonneur de leurs armes ; de ce
fait, elles sont prêtes aux plus grands sacrifices. Ce résultat
est le fruit de plusieurs années dentraînement et defforts
ininterrompus, imputables en grande partie au général Saad el-Shazli,
chef de létat-major général égyptien.
Larmée
israélienne parait quant à elle paradoxalement plus puissante
et mieux équipée que par le passé. Elle vient de recevoir du
matériel américain extrêmement performant, lui assurant a
priori une supériorité incontestable. Elle développe néanmoins à lencontre
de ses adversaires arabes un formidable complexe de supériorité anesthésiant
son sens des réalités. Larmée israélienne subit en outre
un insidieux phénomène de dégradation qui se répercute tant sur
sa doctrine demploi des forces, que sur linstitution
elle-même. Sa stratégie privilégie désormais la défensive, comme
en témoigne lédification de la coûteuse Ligne Bar-Lev le
long du canal de Suez. Ce phénomène ne fait que reproduire
celui affectant une société israélienne en pleine mutation, à la
croisée des chemins. La plus frappante manifestation en est l'échec
des services de renseignements qui, handicapés par des dysfonctionnements
et des rivalités internes, sont leurrés par le remarquable plan
de déception soigneusement élaboré par le Moukhabarat égyptien.
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