Diên Biên Phu - 1954
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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Dans la matinée, le sergent-chef Bleyer, le sergent Kubiak et 64 survivants de la 9e compagnie rejoignent les lignes françaises après une ultime percée vers minuit. Les Viets vont rendre 14 blessés graves dont le lieutenant Turpin, évacué le jour même par avion. Le 3e bataillon, vétéran de tant de campagnes glorieuses a disparu sans céder sous l'assaut des Viets.

La 13e DBLE est d'autant plus éprouvée qu'elle perd son troisième commandant au feu après Amilakvari et de Sairigné : un obus est en effet tombé sur le PC du colonel Gaucher vers à 19 heures 45. Les lieutenants Bailly et Bretteville sont également tués, le commandant Martinelli gravement blessé. Légèrement touché, le commandant Vadot prend le commandement.

Les bombardements se poursuivent toute la journée. A 14 heures, 3 chasseurs-bombardiers Bearcats évacuent la base. Les 6 autres et un hélicoptère sont détruits sur la piste d'atterrissage. Désormais, l'appui aérien va provenir des bases du delta, distantes de 300 kilomètres. Les appareils de transports commencent également à subir des pertes sur la piste d'atterrissage alors que la défense antiaérienne devient chaque jour plus dense.

Le deuxième objectif des Viets est le PA Gabrielle, tenu par le 5e bataillon du 7e RTA. Si le 3e bataillon de la 13e DBLE était en sous-effectif avec des compagnie de moins d'une centaine d'hommes commandées par un unique officier, ce n'est pas le cas des tirailleurs, renforcés par la section de mortiers lourds de la Légion du lieutenant Clerget. Par ailleurs, le bois ne manquait pas aux alentours de la position dont les blockhaus sont réputés être les plus solides du camp retranché. Elle est d'ailleurs surnommée le "torpilleur".

Après deux heures de préparation les Viets montent à l'assaut sans succès. En quelques heures la division 308 est saignée à blanc. Vers 3 heures, le régiment 165 de la division 312, qui n'a pas été engagé sur Béatrice, prend la relève. Lentement les défenseurs sont submergés. Le colonel de Castries promet une contre-attaque à l'aube.

Le 1er BEP fournit deux compagnies, la 3e du lieutenant Martin et la 4e du lieutenant Domigo. Arrivé en renfort le jour même, le 5e BPVN doit également participer à l'opération mais il lui faut parcourir un kilomètre de nuit sur un terrain inconnu pour rejoindre la base de départ. Les légionnaires bousculent le bataillon viet placé en bouchon avec l'aide des chars. Vers 8 heures, ils ont presque atteint Gabrielle quand ils aperçoivent les tirailleurs des 2e et 4e compagnies qui se replient. Le capitaine Gendre a en effet ordonné l'évacuation en captant un message ambiguë adressé aux légionnaires. Il a cru que tout espoir était perdu. Pourtant, les derniers défenseurs vont résister jusqu'à 13 heures.

Mal coordonnée au sommet, la contre-attaque a échouée alors que tout restait possible sur le terrain. La panique règne dans le camp retranché. Les chefs en place semblent incapable de reprendre la situation en main. Seul le lieutenant-colonel Langlais, le patron des parachutistes, conserve son sang-froid.

Pourtant, Giap renonce provisoirement à l'attaque d'Anne-Marie, son troisième objectif. La division 308 a perdu 1.500 tués dans l'attaque et la 312 plus de 500. Les blessés se comptent par milliers. La veille, la prise de Gabrielle avait été presque aussi coûteuse. Les tirs d'artillerie restent néanmoins violents. La contrebatterie française s'avère inefficace contre les pièces viets hissées à flanc de montagne, bien enterrées et bien dissimulées.

L'espoir renaît

Le 16 mars au matin, le bataillon thaï qui tient Anne-Marie s'évanouit dans la nature. Le jour même, le 6e BPC saute sur Diên Biên Phu. Avec l'arrivée du commandant Bigeard, le lieutenant-colonel Langlais va trouver un adjoint solide. Avec eux, la garnison se sent de nouveau commandée. Le 24, Langlais assure d'ailleurs le commandement effectif du camp tandis que Bigeard prend celui du groupement aéroporté.

Tous profitent de ces jours d'accalmie pour s'enterrer un peu plus. Chaque nuit, les Viets étendent un réseau de tranchées qui enserrent de plus en plus près les PA. Le jour, les défenseurs sortent pour les reboucher sous le feu de l'ennemi.

Les ouvertures de route entre Isabelle et le reste du camp retranché deviennent de plus en plus difficile. Le 22 mars, les légionnaires du BEP se heurtent aux Viets du régiment 57. Avec l'aide d'éléments de la garnison d'Isabelle et des 10 chars Chaffee, pour la première et dernière fois employés tous ensembles, l'ennemi est repoussé perdant 175 tués dénombrés et 41 armes dont 10 lourdes. Le BEP perd dans l'affaire 9 tués dont 3 lieutenants, un disparu et 72 blessés. Le 25 mars, le 1er BEP perd 83 tués et blessés. Il lui a fallut quatre heures de durs combat pour repousser le bataillon viet installé en bouchon au village de Ban Kho Laï.

Le dimanche 28 mars, Bigeard dirige une opération pour faire taire les batteries antiaériennes qui coûtent si cher à l'aviation française. Le 6e BPC et le 8e choc sont en première ligne, le BEP en réserve. Les légionnaires du 2e REI doivent servir de guides. Toute l'artillerie du camp, l'aviation et les blindés soutiennent l'attaque qui est un succès. Le moral du camp retranché remonte en flèche.

 

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