Diên Biên Phu - 1954
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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La bataille de Diên Biên Phu

Les forces en présence

A la fin de la conférence de Berlin, le 18 février 1954, la tenue d'une conférence sur la Corée et l'Indochine est annoncée pour le mois d'avril à Genève. Le Viêt minh cherche alors à remporter une victoire de prestige et bénéficie d'un soutien accru du bloc communiste. Le maintien du camp retranché français à Dien Bien Phu offre à Giap une occasion qu'il ne va pas manquer. Il renonce à son offensive dans le delta du Tonkin et lance les divisions 304 et 351 dans la bataille.

Les effectifs Viet minh atteignent 28 bataillons soit 51.000 hommes bien équipés en armes lourdes : 24 pièces de 105, 15 de 75, 20 mortiers lourds de 120, 237 mortiers de 60 ou de 81 et un grand nombre de canons sans recul. 20 pièces de 37 mm antiaériennes et une centaine de mitrailleuses de 12,7 mm assurent la défense antiaérienne. Le ravitaillement provient de la base arrière de Tung Giao approvisionnée depuis la Chine par 600 à 700 camions Molotova. Le reste du trajet est assuré par 75 000 porteurs. Ceux-ci transportent 25 kilos à raison de 25 kilomètres par jour sur le plat et de 15 kilomètres en montagne. Avec l'aide de bicyclettes spécialement aménagées chaque coolie peut même emporter 75 kilos supplémentaires.

Le haut commandement français en Indochine prend connaissance à la fin du mois de février de l'effort engagé par le Viet minh. L'évacuation de la garnison vers le Laos ou la constitution de puissantes colonnes de secours sont envisagées. Mais, une nouvelle fois, la Chu Luc est sous-estimée par des Français qui souhaitent la bataille pour porter un coup décisif à l'ennemi.

Situé dans une large cuvette de 16 kilomètres de long sur 9 de large et malgré des crête environnantes culminant entre 700 et 1.200 mètres, le camp retranché de Diên Biên Phu semble imprenable. La garnison compte maintenant 12 bataillons. 24 pièces de 105, 4 de 155 et 20 mortiers de 120 doivent assurer la contrebatterie. Enfin, 10 chars moyens Chaffee ont été démontés, aérotransportés puis remontés sur place par la 2e compagnie de réparation d'engins blindés de la Légion étrangère. Avec la 5e compagnie mobile de réparation du matériel de la Légion étrangère, elle participera avec efficacité à leur entretien pendant toute la bataille.

Sur les 10.814 hommes présents dans le camp retranché, 2.969 appartiennent à la Légion étrangère : le 3e bataillon de la 13e DBLE occupe le PA Béatrice, détaché au nord-est ; son 1er bataillon est sur Claudine couvrant le flanc ouest du PC ; le 1er bataillon du 2e REI protège la piste d'aviation sur le même flanc avec les 5 PA Huguette ; le 3e bataillon du 3e REI se trouve au grand PA situé 4 kilomètres au sud de la position centrale, Isabelle ; le 1er BEP est placé en réserve de contre-attaque ; enfin, les 1ère et 2e compagnies de mortiers mixtes de la Légion étrangère (CMMLE) et la 1ère CEPML sont en soutien autour de la position centrale ou dispersées au profit des unités. 3 bataillons de tirailleurs algériens, 1 de tirailleurs marocains, 2 bataillons thaï et le 8e choc constituent le reste de la garnison.

Premiers succès Viêt Minh

Le 13 mars 1954 à 17 heures 15, l'ensemble du camp retranché subit un barrage d'artillerie d'une violence inouïe. Les pièces d'artillerie et les postes de commandement français sont particulièrement visés. Toutes les mesures de contrebatterie apparaissent inefficaces. Au pied de Dominique 2, les servants de mortiers lourds de 120 de la Légion comptent 11 tués et de nombreux blessés.

Sur Béatrice, le 3e bataillon de la 13e DBLE disparaît sous un déluge de feu. Les positions des légionnaires sont bouleversées et les pertes augmentent rapidement. Vers 18 heures, un obus touche de plein fouet le PC du bataillon, tuant le commandant Pégot et son adjoint, le capitaine Pardi. Au même moment, le lieutenant Turpin est grièvement blessé au PC de la 11e compagnie. Puis c'est le tour du lieutenant Carrière de tomber à la tête de la 9e compagnie, fauché par une rafale de mitrailleuse. Au bout de deux heures de bombardement, l'assaut commence avec deux régiments de la division 312 opposés à deux compagnies. Réduite à 25 hommes, la 11e compagnie reçoit l'ordre de se replier sur la position de la 10e compagnie et de la CCB, à l'est du thalweg qui traverse la position. Le capitaine Nicolas commande désormais le bataillon. Il ne reste plus autour de lui que une centaine d'hommes valides. Vers minuit, un message radio tronqué fait croire que la position est tombée. Malgré des pertes énormes, les bo doïs poursuivent leur attaque, poussés par leurs officiers et les commissaires politiques. Vers 3 heures, ils sont maîtres de la position.

 

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