Diên Biên Phu - 1954
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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Premières opérations à Diên Biên Phu

L'offensive Viet minh au Laos se développe concurremment avec les opérations dans le delta du Tonkin. Alors que la division 316 commence à faire mouvement, la riposte française s'organise. Le 20 novembre 1953, le 6e BPC et le 2e bataillon du 1er RCP prennent Diên Biên Phu, le 1er BPC les suit peu après. Le 1er BEP arrive le lendemain matin, accompagné d'une toute nouvelle unité de la Légion étrangère créée pour l'opération : la 1re Compagnie Etrangère Parachutiste de Mortiers Lourds (1ère CEPML). Ses 8 tubes de 120 mm doivent fournir un appui feu supplémentaire aux parachutistes. Le 22 novembre, les 6 bataillons du groupement opérationnel du général Gilles sont sur place, soit au total 4.560 parachutistes. Giap réagit avec vigueur. Dès le 23, la division 316 et le régiment 148 sont présents sur les crêtes environnantes.

Déjà engagé lors de l'opération "Mouette", le GM9 doit relever les parachutistes à Diên Biên Phu. Commandé par le colonel Gaucher, il comporte deux bataillons de sa 13e DBLE, le 1er et le 3e, le 3e bataillon du 3e Régiment de Tirailleurs Algériens (RTA) et le 3e groupe du 10e Régiment d'Artillerie Coloniale (RAC). Le 1er BEP et le 8e choc restent sur place pour opérer sur les arrières ennemis. Le 8 décembre, le colonel de Castries remplace le général Gilles comme commandant de la garnison. Pendant ce temps, l'évacuation de la base de Laï Chau prend une tournure dramatique. Le troisième et dernier élément de la garnison, fort de 2.000 partisans, s'est dispersé en petits groupes pour échapper à un ennemi omniprésent. Le 10, une compagnie commandée par le sergent Blanc est assiégée à Muong Pon, à 18 kilomètres à peine de Diên Biên Phu. Les parachutistes du groupement aéroporté numéro 2 (GAP 2) du colonel Langlais reçoivent l'ordre de porter secours aux partisans. Quand les légionnaires du 1er BEP atteignent Muong Pon 13 en fin de matinée, les derniers défenseurs sont tombés.

Les parachutistes se trouvent à leur tour en grand danger. Le lendemain à midi, le colonel Langlais donne le signal du départ avec le 1er BEP en arrière-garde. En tête, le 8e choc progresse sans difficultés mais le 5e BPVN tombe dans une gigantesque embuscade. Les combattants sont si proches les uns des autres que les bidons de napalm de l'aviation tombent indistinctement sur les Viets et sur les parachutistes qui réussissent cependant à se dégager. Les légionnaires, eux aussi durement accrochés, perdent 28 tués et 24 blessés mais se fraient un chemin jusqu'à Diên Biên Phu avec le soutien de l'aviation. Le 31 janvier, plusieurs bataillons montent à l'assaut de crêtes avoisinantes pour trouver le canon viet qui harcèle la garnison. Le 1er BEP et le 3e bataillon de la 13e DBLE perdent plusieurs tués et des blessés dans cette opération infructueuse. Le 5 mars, le BEP tente un nouvel effort avec l'appui des chars. Les légionnaires débouchent sur la cote 781 au prix de 3 tués et 28 blessés. Parmi ces derniers se trouve le fameux capitaine Cabiro touché à la tête de sa 4e compagnie.

Les opérations dans les autres secteurs

Diên Biên Phu reste pour le moment un secteur parmi d'autres dans les plans de Giap et de Navarre. Le premier fait de nouveau porter son effort au Laos où les régiments 66 et 101 menacent le moyen Laos à partir du Centre Annam. Tha Khek est abandonnée sans combattre. Le 2e BEP rejoint la base aéroterrestre de Séno, le 27 décembre. Avec le soutien du 1er BPC, il écarte la menace ennemie et réoccupe Tha Khek le 9 janvier sans opposition.

La division 308 poursuit son avance sur Luang Prabang mais la capitale du Laos est rapidement renforcée par les Français. Le 2e bataillon du 3e REI est engagé en pointe d'une opération dirigée vers Kuong Khouei. Le 31 janvier 1951, les légionnaires doivent revenir sur leurs pas sous la pression de trois bataillons de réguliers ennemis. A la nuit tombée, le commandant Cabaribère décide d'emprunter un ravin vers l'ouest pour échapper à l'encerclement.

Lorsque le bataillon échappe enfin à l'étreinte Viet minh, le 3 février, 9 officiers, 26 sous-officiers et 252 légionnaires sont tués blessés ou portés disparus. Fait prisonnier, le commandant Cabaribère s'échappera cinq jours plus tard et rejoindra la base de Phu Lu avec l'aide de paysans laotiens. L'action de son bataillon donne cependant la possibilité aux autres unités de faire retraite en bon ordre.

Après cette action destinée à fixer les réserves françaises, Giap dirige la division 308 sur Diên Biên Phu où la garnison se renforce rapidement. Le 27 décembre, l'investissement du camp retranché français est effectif.

L'attention du général Navarre se porte davantage sur l'Annam que sur Diên Biên Phu. Il est particulièrement préoccupé par la présence ennemie dans la bande littorale entre Tourane et Nha Trang (Lien Khu V), jamais réoccupée par le Corps expéditionnaire. Une douzaine de bataillons réguliers soutenus par une demi-douzaine de bataillons régionaux menacent en effet la région des Hauts Plateaux, porte du sud Vietnam. Kontum est même abandonnée au profit de cette opération qui ne donne rien.

 

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