Diên Biên Phu - 1954
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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La phase décisive du conflit

La stratégie française

Le général Navarre remplace le général Salan en juin 1953, au moment où le conflit atteint un stade décisif car la fin de la guerre de Corée en juillet fait craindre une aide chinoise accrue. Le nouveau commandant en chef élabore une stratégie sur deux ans qui doit permettre à la France d'entamer des négociations dans une position de force. Dans une première phase, il s'agit de rester sur la défensive au Tonkin pour porter un coup décisif au Viet minh en Annam et en Cochinchine, là où il semble le plus vulnérable. Les unités vietnamiennes pourraient alors remplacer des unités du Corps expéditionnaires ainsi disponibles pour renforcer le corps de bataille. Celui-ci deviendrait ainsi capable de porter un coup décisif à la Chu Luc.

Sur le terrain, les troupes françaises alternent des raids puissants et des grandes opérations combinées. Il s'agit de profiter de la mobilité supérieure apportée par les moyens aériens, navals et motorisés du corps de manouvre français.

Le 17 juillet 1953, le 6e BPC et le 8e bataillon de choc sautent sur Langson. L'opération Hirondelle est déclenchée. Surpris, les quelques éléments viets sur place sont balayés. 1.000 fusils-mitrailleurs, 6 camions, (2 Molotova et 4 GMC américain) de nombreuses armes légères, 8 machines-outils et d'autres équipements en grande variété et en grande quantités sont détruits par les parachutistes qui décrochent rapidement par la RC4.

Le 2e BEP du capitaine Merglen est largué en recueil près de Loc Binh avec des éléments du génie chargés de préparer le franchissement du Sông Ky Kong, 20 kilomètres au sud de Langson. Accompagné de 300 civils, les parachutistes vont marcher 48 heures sans interruptions. Le 19 à 5 heures, tous les parachutistes ont été évacués par les camions du GM5 commandé par le lieutenant-colonel Raberin, chef de corps du 5e REI. De Tien Yen à Dinh Lap, le GM5 et ses légionnaires du 2e bataillon ont réouvert 50 kilomètres de routes en 36 heures pour tendre la main aux parachutistes. Sur un effectif largué de 2 001 hommes, les pertes sont de 4 morts -dont 3 d'épuisement -, de 3 disparus et de 21 blessés évacués par hélicoptères.

Le 28 juillet, l'opération "Camargue" commence en Centre Annam. L'objectif consiste à détruire le régiment 95. Une dizaine de bataillons et les engins amphibies du REC semblent un moment réussir à encercler un ennemi que finit par se dérober. Dans la deuxième semaine de septembre, Giap décide d'infiltrer les divisions 304 et 320 dans le delta, puis de lancer une attaque avec le soutien des divisions 308 et 315. Au même moment, d'autres offensives sont prévues au nord du Laos et au sud Annam.

La Légion dans le delta

Dans le delta, les unités françaises quittent la protection de la ligne de Lattre pour couper les lignes de ravitaillement Viêt-Minh. Le 15 octobre, elles progressent sur la route de Laïc Cac puis se retranchent une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Ninh Binh. La division 320 se trouve dans l'obligation d'intervenir. La première attaque se produit dans la nuit du 18 au 19 octobre 1953. Le 3e bataillon de la 13e DBLE perd 15 tués et 26 blessés mais conserve ses positions. Dans la nuit du 22 au 23, le 1er bataillon du 5e REI perd à son tour 5 tués et 25 blessés. Le 28, le 2e bataillon de la 13e DBLE repousse l'ennemi au prix de 11 tués et 34 blessés. Le 2 novembre, l'ennemi tente un dernier et vain effort contre les positions tenues par les légionnaires du 5e REI. Les pertes sont de 6 tués, 49 disparus et 23 blessés. La division 320 sort très affaiblie de cette série de combats avec plus de 4 000 hommes hors de combat et ses dépôts détruits. L'offensive sur le delta doit être reportée. L'opération "Mouette" est un succès et les unités françaises regagnent le delta.

 

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