Indochine 1945-1954 : le contexte initial
par Jean-Philippe LIARDET, dr 

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5

 

La stratégie française

Dès le début du conflit, le commandement français cherche à obtenir une victoire rapide. Il s'agit bien sûr de frapper avant que le Viet minh ne soit trop puissant mais d'autres considérations entrent en jeu.

L'armée française dispose de peu de moyens humains et matériels. Après la guerre, la priorité passe rapidement à la reconstruction du pays. Le budget de la défense diminue et les effectifs de l'armée subissent une déflation importante. De plus, le gouvernement refuse d'engager les appelés en Indochine.

Au mois d'août, le Corps expéditionnaire aligne 86 000 hommes dont 37 000 rapatriables ou démobilisables dans les prochains mois. Le recours à Légion étrangère et à l'armée d'Afrique permet de porter les effectifs à 115 000 hommes en 1947. La troupe et l'encadrement sont constitués de professionnels, pour la plupart vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, l'équipement reste insuffisant et hétéroclite avec des matériels français de 1940 ou même de la Première Guerre mondiale, des matériels anglais et américains mais aussi des matériels de récupération allemands et japonais. Néanmoins, les 160 avions disponibles, les bâtiments de la marine nationale, les blindés et les parachutistes donnent certains avantages au Corps expéditionnaire.

Le général Valluy décide de profiter de cette supériorité pour porter un coup décisif à l'ennemi. Son choix se porte sur la région montagneuse du Viet Bac où Ho Chi Minh et Giap se sont réfugiés avec le gros de leur armée. Une colonne terrestre part de Langson pendant qu'une force amphibie remonte le fleuve pour rejoindre les deux bataillons de parachutistes, largués sur l'objectif. 12 000 hommes sont engagés avec une soixantaine de blindés légers, des navires de débarquement et une douzaine de chasseurs. L'opération est un échec en raison de la méconnaissance du terrain, peu propice à la progression des deux colonnes. En outre, la vingtaine de Junkers 52 disponibles nécessite un largage en plusieurs vagues qui laissent le temps de fuir aux dirigeants Viet minh.

Le Corps expéditionnaire se trouve donc contraint de poursuivre un ennemi refusant l'affrontement direct avec des effectifs insuffisants. En même temps, il doit contrôler les grandes agglomérations, les voies de communications et les zones les plus peuplées pour limiter les possibilités de recrutement du Viet minh, ce qui entraîne une grande dispersion de ses forces. La faiblesse des renforts en provenance de la métropole implique un engagement croissant des unités africaines malgré les problèmes politiques qui en découlent et une valeur militaire inégale.


Un poste d'observation de la Légion dans un paysage du Tonkin
composé de pitons rocheux recouverts d'une épaisse végétation. (SHILE)

La Légion étrangère apparaît donc rapidement comme la solution idéale. Ses recrues ne manquent pas d'expérience et ses pertes ne touchent guère l'opinion publique. Avec les parachutistes, elle deviendra l'épine dorsale du Corps expéditionnaire.

 

page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5

© 1997-2008
Conflits & Stratégie
Tous droits réservés