Indochine 1945-1954 : le contexte initial
par Jean-Philippe LIARDET, dr 

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L'intervention japonaise de 1945

La chute du gouvernement de Vichy et la libération de la France rendent de plus en plus probable une intervention des garnisons japonaises, présentes en Indochine depuis l'accord d'Hanoï du 30 août 1940. Une brigade d'Extrême-Orient et un corps léger d'intervention sont en cours de constitution en Afrique du Nord et à Madagascar. Les unités françaises en Indochine doivent résister le plus longtemps possible puis tenir le maquis en attendant le parachutage des premiers renforts. Coupés de la métropole depuis septembre 1941, elles ne disposent plus que de 55 000 hommes, équipés d'un armement démodé et fatigués par leur isolement. L'unité la plus solide, le 5e REI comporte 3 bataillons de légionnaires à la fois expérimentés et disciplinés car l'affectation sur ce théâtre d'opération reste une récompense. Deux de ses bataillons ont combattu avec efficacité lors de la guerre contre le Siam, en janvier 1941, durant laquelle les forces françaises se sont bien comportées. L'aviation est squelettique et comporte essentiellement des appareils démodés puisque les plus modernes sont les quelques chasseurs Morane-Saulnier MS 406 encore en service.

L'attaque japonaise se déclenche le 9 mars. Lassés par la multiplication des alertes, les garnisons françaises sont le plus souvent surprises. Dispersés, les légionnaires du 5e REI sont également vulnérables. A Langson, le peloton motorisé du sous-lieutenant Duronsoy est massacré sur le glacis du fort Brière de l'Isle. Le capitaine Fenautrigues et 120 légionnaires sont bloqués dans la citadelle d'Hanoï où ils résistent pendant plusieurs heures sous l'impulsion des adjudants-chefs Roman et Demont. Le capitaine tombe parmi les premiers et la moitié de l'effectifs est mis hors de combat. A Tong, les Japonais massacrent à la baïonnette et au sabre le personnel des services. Partout, des légionnaires et d'autres soldats français sont assassinés après leur reddition.

Certaines rares garnisons réussissent à tenir quelques jours sans espoir d'être secourues. Au Tonkin, les rescapés du 5e REI rallient la force conduite par le colonel Alessandri. Les 1er et 2e bataillon traversent le fleuve Rouge le 10 mars. Le 3e bataillon les rejoint le lendemain. Les troupes françaises, réduites à 6 000 européens, sont talonnées par les Japonais. Il leurs devient rapidement impossible de se maintenir dans l'arrière-pays.

Elles entament donc une longue retraite de plus de 800 kilomètres qui les conduit en Chine, dans la région du Yunnan encore tenue par les Nationalistes et les Américains. Le 2 mai, après 57 jours de marches et de combats incessants, la frontière est franchit. 2 129 Européens sur 14 000 sont tués lors de cette courte campagne.


En 1945, l'armée japonaise, vaincue dans le Pacifique et sur mer,
dispose encore de moyens considérables sur le continent asiatique. (NA)

 

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