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Le piège se referme (suite)
Désormais,
les Viets sont en place pour l'assaut final. Giap a rassemblé une
quinzaine de bataillons et des armes lourdes autour des Français.
Dès 6 heures du matin, des mortiers pilonnent les positions de
Charton puis les pitons avoisinants sont enlevés un à un. Ordre
est donné au 3e bataillon d'ouvrir la route vers That Khé en
passant à l'ouest de la côte 477, toujours tenue par le 3e Tabor.
Les légionnaires prennent un premier piton mais échouent devant
un second où l'ennemi engage sans cesse de nouvelles troupes.
Blessé à la cuisse, au bassin, à la poitrine puis à la tête,
le commandant Forget tombe à la pointe du combat qu'il n'a pas
quitté depuis le début de l'attaque. Ces derniers mots avant
de mourir seront pour ses hommes : "Je meurs fier de mon
bataillon".
Le
colonel Charton effectue deux tentatives de débordement infructueuses
par l'ouest. L'arrivée des rescapés du groupement Bayard provoque
un désordre général. Lepage et ses derniers officiers essayent
vainement de reprendre le contrôle de leurs troupes quand les
Viets s'emparent de la côte 477 qui domine les positions françaises.
Charton
ordonne aux légionnaires de fixer l'ennemi et entraîne avec lui
une poignée d'officiers et des éléments épars pour reprendre
la côte 477. Blessé à plusieurs reprises, il finit par tomber
aux mains de l'ennemi. Certains éléments réussissent cependant à s'échapper
pour rejoindre le groupement Labaume parti de That Khé et arrivée
sur la côte 608, 2 ou 3 kilomètres au sud-est. Le 3e BCCP du
capitaine Cazeaux n'est pas loin non plus. En fin de séjour,
il ne comporte plus que deux grosses compagnies. On lui adjoint
la compagnie de marche du lieutenant Loth, formée d'un renfort
de légionnaires initialement prévu pour le 1er BEP.
Pour
le reste des colonnes Lepage et Charton toute résistance organisée
est désormais impossible. Lepage et ses officiers optent pour
une percée par petits groupes. Au total, 12 officiers et 475
hommes réussissent à rejoindre That Khé directement ou avec l'aide
des éléments envoyés en renfort. Le capitaine Jeanpierre, les
lieutenants Marce et Roy et 20 légionnaires du BEP et du 3e REI
sont parmi les rescapés.
L'évacuation
de Dong Khé commence le 9 octobre à la tombée du soir. La 4e
compagnie du 3e REI est accrochée en couvrant le passage de la
rivière. Le 3e BCCP la franchit à son tour le 11 octobre à 7
heures 30. Talonné par les Viets et bientôt morcelé, il ne pourra éviter
une destruction quasi-totale.
Un
bilan catastrophique
La
2e compagnie du 1er bataillon tient encore Na Cham. Le capitaine
Mattei a fait hisser dans les falaises calcaires environnantes
les pièces d'artillerie laissées à sa disposition par le groupement
Bayard. Avec de maigres renforts, il va conserver ses positions
plusieurs jours encore, recueillant les derniers rescapés du
drame. Malgré l'absence de menace, Langson est évacuée dans la
précipitation. Le 2e bataillon du 5e REI forme l'arrière-garde.
En quelques jours, le Corps expéditionnaire vient de perdre 4.800
tués ou disparus et 2.000 blessés sans compter un important
matériel : 13 canons, 450 véhicules, 120 mortiers, 940 mitrailleuses,
1.200 fusils-mitrailleurs et 8 500 fusils.
Le
haut commandement, la troupe et l'opinion publique prennent brutalement
conscience que le conflit s'est transformé en une véritable guerre.
La Légion, jusqu'à présent engagée avec succès contre le Viet
minh, essentiellement dans le sud du pays, est abasourdie par
la complète destruction de deux de ses bataillons parmi les plus
solides.
Le
corps expéditionnaire français se trouve désormais dans l'obligation
de mener une véritable guerre. Le 17 décembre 1950, le général
de Lattre de Tassigny arrive en Indochine avec les pleins pouvoirs
civils et militaires. Pour la première fois depuis le début du
conflit, une véritable stratégie va être mise en place.

Un groupe de
légionnaire en mission d'observation.
Le paysage est caractéristique du Tonkin avec des pitons couverts de
végétation.
(SHILE)
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