La RC4 - Indochine 1950
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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Le piège se referme (suite)

Désormais, les Viets sont en place pour l'assaut final. Giap a rassemblé une quinzaine de bataillons et des armes lourdes autour des Français. Dès 6 heures du matin, des mortiers pilonnent les positions de Charton puis les pitons avoisinants sont enlevés un à un. Ordre est donné au 3e bataillon d'ouvrir la route vers That Khé en passant à l'ouest de la côte 477, toujours tenue par le 3e Tabor. Les légionnaires prennent un premier piton mais échouent devant un second où l'ennemi engage sans cesse de nouvelles troupes. Blessé à la cuisse, au bassin, à la poitrine puis à la tête, le commandant Forget tombe à la pointe du combat qu'il n'a pas quitté depuis le début de l'attaque. Ces derniers mots avant de mourir seront pour ses hommes : "Je meurs fier de mon bataillon".

Le colonel Charton effectue deux tentatives de débordement infructueuses par l'ouest. L'arrivée des rescapés du groupement Bayard provoque un désordre général. Lepage et ses derniers officiers essayent vainement de reprendre le contrôle de leurs troupes quand les Viets s'emparent de la côte 477 qui domine les positions françaises.

Charton ordonne aux légionnaires de fixer l'ennemi et entraîne avec lui une poignée d'officiers et des éléments épars pour reprendre la côte 477. Blessé à plusieurs reprises, il finit par tomber aux mains de l'ennemi. Certains éléments réussissent cependant à s'échapper pour rejoindre le groupement Labaume parti de That Khé et arrivée sur la côte 608, 2 ou 3 kilomètres au sud-est. Le 3e BCCP du capitaine Cazeaux n'est pas loin non plus. En fin de séjour, il ne comporte plus que deux grosses compagnies. On lui adjoint la compagnie de marche du lieutenant Loth, formée d'un renfort de légionnaires initialement prévu pour le 1er BEP.

Pour le reste des colonnes Lepage et Charton toute résistance organisée est désormais impossible. Lepage et ses officiers optent pour une percée par petits groupes. Au total, 12 officiers et 475 hommes réussissent à rejoindre That Khé directement ou avec l'aide des éléments envoyés en renfort. Le capitaine Jeanpierre, les lieutenants Marce et Roy et 20 légionnaires du BEP et du 3e REI sont parmi les rescapés.

L'évacuation de Dong Khé commence le 9 octobre à la tombée du soir. La 4e compagnie du 3e REI est accrochée en couvrant le passage de la rivière. Le 3e BCCP la franchit à son tour le 11 octobre à 7 heures 30. Talonné par les Viets et bientôt morcelé, il ne pourra éviter une destruction quasi-totale.

Un bilan catastrophique

La 2e compagnie du 1er bataillon tient encore Na Cham. Le capitaine Mattei a fait hisser dans les falaises calcaires environnantes les pièces d'artillerie laissées à sa disposition par le groupement Bayard. Avec de maigres renforts, il va conserver ses positions plusieurs jours encore, recueillant les derniers rescapés du drame. Malgré l'absence de menace, Langson est évacuée dans la précipitation. Le 2e bataillon du 5e REI forme l'arrière-garde. En quelques jours, le Corps expéditionnaire vient de perdre 4.800 tués ou disparus et 2.000 blessés sans compter un important matériel : 13 canons, 450 véhicules, 120 mortiers, 940 mitrailleuses, 1.200 fusils-mitrailleurs et 8 500 fusils.

Le haut commandement, la troupe et l'opinion publique prennent brutalement conscience que le conflit s'est transformé en une véritable guerre. La Légion, jusqu'à présent engagée avec succès contre le Viet minh, essentiellement dans le sud du pays, est abasourdie par la complète destruction de deux de ses bataillons parmi les plus solides.

Le corps expéditionnaire français se trouve désormais dans l'obligation de mener une véritable guerre. Le 17 décembre 1950, le général de Lattre de Tassigny arrive en Indochine avec les pleins pouvoirs civils et militaires. Pour la première fois depuis le début du conflit, une véritable stratégie va être mise en place.


Un groupe de légionnaire en mission d'observation.
Le paysage est caractéristique du Tonkin avec des pitons couverts de végétation.
(SHILE)

 

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