La RC4 - Indochine 1950
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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Echec à Dong Khé

Le 1er octobre, le groupement Bayard approche de la cuvette de Dong Khé après avoir occupé le poste de Na Pa, abandonné par l'ennemi. Le peloton d'élèves gradés du lieutenant Faulque ouvre la marche. Vers 16 heures, après un bref accrochage, il fonce vers Dong Khé, distant d'à peine un kilomètre, entraînant le reste du BEP à sa suite.

Mais alors que les légionnaires commencent à descendre dans la cuvette, les Viets déclenchent un tir nourri d'armes automatiques et d'armes lourdes. Vers 17 heures, les parachutistes sont cloués au sol par les unités installées sur les crêtes avoisinantes. Toutefois, le poste lui-même semble faiblement occupé et le commandant Segrétain pense qu'il est possible d'emporter la décision avant la nuit. Le colonel Lepage opte pour la prudence et décide de remettre l'attaque au lendemain avec l'appui de l'aviation. Ce premier combat coûte 30 tués au BEP.


Vue aérienne du poste de Dong Khé surplombé par les pitons avoisinants
(DR)

Le 2 octobre à l'aube, le groupement Bayard tente une attaque en tenaille pour occuper les hauteurs qui entourent Dong Khé. Les tirailleurs et le 1er Tabor doivent progresser par l'ouest, le 1er BEP et le 11e Tabor par l'est. Les Viets se sont considérablement renforcés dans la nuit et bloquent tous les axes d'attaque. A midi, malgré quelques progrès obtenus au prix de lourdes pertes, il devient vite évident que l'opération doit être abandonnée, d'autant plus qu'une météo défavorable a interrompu l'appui aérien.

Plus grave encore, les avions d'observation ont aperçu d'autres unités Viet minh en marche pour rejoindre le champs de bataille. Le colonel Lepage ordonne un retour vers That Khé, où le 3e BCCP (bataillon colonial de commandos parachutistes) vient de sauter en renfort, quand un message lancé par avion lui apprend l'évacuation de Cao Bang et sa mission de recueil. L'ordre vieux de deux jours est alors totalement inapplicable. Lepage décide donc de contourner Dong Khé par l'ouest en empruntant l'ancienne piste de Quang Liet puis de rejoindre Charton sur la RC4, une quinzaine de kilomètres plus au nord. Il laisse le BEP et le 11e Tabor au sud de Dong Khé pour fixer l'adversaire.

Si cohérent qu'il puisse paraître, ce plan est dès le début voué à l'échec en raison de l'énorme supériorité numérique des Viets. Les unités qui se tournent à l'ouest de la RC4 doivent progresser dans une jungle épaisse et accidentée où les communications radios sont difficiles et l'ennemi omniprésent. Les Viets se contentent en effet de masquer la position du BEP à Na Pa et poursuivent les hommes de Lepage. Le 2 octobre, en fin d'après-midi, ils attaquent en force, balayant une compagnie entière du 8e RTM.

Pendant ce temps, près de la RC4, les goumiers du commandant Delcros sont chassés de Na Kéo après des combats d'une rare violence où l'ennemi n'est pas comptable de ses pertes. Le commandant Segrétain ne dispose déjà plus que de 500 à 600 légionnaires-parachutistes sur un effectif initial de 800. Plutôt que d'être pris au piège dans la cuvette, il choisit de contre-attaquer pour prendre les hauteurs environnantes et de fournir une diversion susceptible de desserrer l'étau autour des troupes de Lepage.

L'assaut commence dans l'obscurité avec le soutien des goumiers rescapés. Tout d'abord surpris, les Viets se reprennent et déciment les légionnaires. Ceux-ci continuent néanmoins à avancer. Puis la progression devient impossible devant la formidable puissance de feu déployée par l'ennemi. Le commandant Segrétain ordonne à ses hommes de s'accrocher à la mi-pente. Avec le commandant Delcros, il informe par radio Lepage de son intention de décrocher peu avant l'aube. Celui-ci fini par accepter mais demande au BEP de le rejoindre.

Segrétain et Delcros décident de faire un détour par le col de Lung Phaï pour faire évacuer la centaine de blessés par les goumier encore valides. La colonne commence à peine à s'engager sur la route que les Viets la submergent. Les goumiers sont abattus ou dispersés et la plupart des blessés achevés. Les survivants refluent vers le BEP qui fonce droit devant lui. Une trentaine de légionnaires tombent mais les autres réussissent à se dégager. Le 3 octobre en fin de journée, les 400 survivants du BEP et quelques goumiers atteignent la côte 765, située à deux kilomètres au sud-ouest de Dong Khé. Ils sont fatigués et manquent de munitions mais leur calvaire ne fait que commencer.

 

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