Schweinfurt : à la découverte du réel
par Wally HOFFMAN (Traduction et notes de Philippe ROUYER)

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Pilote de B17 au cours de la seconde guerre mondiale, Wally Hoffman était de ceux qui ont survécu à la mission du 14 octobre 1943, au cours de laquelle l'USAAF a perdu 62 forteresses volantes et leurs équipages. Le raid du Jeudi noir constitue une parfaite application de la doctrine américaine du "daylight precision bombing". Destiné à paralyser l'adversaire en attaquant des cibles vitales, ce mode de bombardement était, du moins à l'origine, destiné à réduire la durée des conflits, de telle sorte que soit évitée l'horrible boucherie de la première guerre mondiale. Le récit de Wally Hoffman, peut sembler irréel, mais ce n'est que l'exacte vérité, corroborée par d'innombrables autres témoignages(1). Schweinfurt nous fait songer immédiatement à Verdun : l'assaut, sous la mitraille et le feu de l'artillerie, pour gagner au prix de très lourdes pertes, quelques dizaines de mètres. Dans le ciel d'Allemagne, à la fin de l'année 1943, les conditions de la guerre étaient devenues celles-là mêmes que le bombardement à haute altitude était censé éviter. L'action a eu lieu à une altitude de 24.000 pieds, ce qui en 1943 était considéré comme une haute altitude. Elle était cependant, comme on peut le voir, très insuffisante pour mettre les bombardiers à l'abri de l'artillerie anti-aérienne.

"Je n'étais pas mort, et je n'étais plus en vie ; réfléchis maintenant, si tu as un peu d'intelligence, à ce que j'étais devenu, privé à la fois de la vie et de la mort"
"L'Enfer, de Dante"

"Lorsque l'on a atteint le point de non retour, c'est là que commence la réalité".

Une fois de plus je sens cette maudite lampe sur mon visage, et j'entends que l'on m'invite au petit-déjeuner à cinq heures avec briefing à six. J'essaie de garder les yeux ouverts et de rassembler mes pensées. J'étais loin d'imaginer comment ce jour fatal allait se terminer.
Cette mission va être la quatrième. Je me demande quelle maudite cible nous allons découvrir sur la carte dans la salle de Briefing. Nous étions allés à Cologne, à Brême, Kassel, et hier nous avons volé comme suppléants. A défaut d'autre chose, nous apprenons la géographie de l'Allemagne. Cette fois-ci, j'ai pu me raser à l'eau froide, car j'ai pensé à remplir d'eau mon casque et à le mettre sur le poêle avant d'aller me coucher. Nous avions eu de l'eau chaude la veille, et j'avais pu m'offrir le luxe d'une douche chaude. J'apprends à me couler dans la routine qui semble s'installer, en enfilant les vêtements sortis la nuit précédente.
En passant la porte, je contemplai ces lits vides, et je pensais à tout ceux qui étaient là hier, à faire la même chose que moi. J'étais loin de me douter qu'il y en aurait beaucoup plus ce soir, puisque plus de 60 avions allaient être descendus, laissant plus de 600 lits vides.
Dehors, il ne faisait pas simplement noir, il y avait du brouillard. Je me disais : ils ne vont tout de même pas nous faire décoller par un temps pareil ? En entrant au mess de combat, j'avais toujours le même noud dans l'estomac, et les oufs semblaient toujours me regarder. A la table, il y avait toujours Bob (Sgt Robert Smith) avec une assiette pleine, et un visage sans expression. Resnik (S/Sergent John Resnik) n'avait plus envie de s'empiffrer depuis sa première mission où il s'était retrouvé, en altitude , avec des crampes épouvantables.
Bientôt nous étions dehors, et à nouveau le "dépêchez-vous et maintenant attendez".
Je me mis à réfléchir à ce que l'on apprenait au fil des missions :

  • 1.utiliser un préservatif pour couvrir le micro dans le masque à oxygène, de façon à le garder au sec.
  • 2.presser le masque à oxygène de façon à ce que la glace ne l'obstrue pas
  • 3. le secouer pour faire partir la glace.Puis j'eus la bonne idée d'emporter deux masques.
  • 4. utiliser un préservatif pour uriner, faire un noud et balancer par-dessus bord. (Lorsque mes enfants me demandent ce que j'ai fait pendant la guerre, je leur dis : j'ai eu le plaisir de pisser sur toute l'Allemagn

1. On peut lire entre autres, le récit de Pierre Closterman " Roulements à billes et Forteresses volantes ", Le Grand cirque, Flammarion, 1948, p.71 à 77. P. Closterman pilotait l'un des Spitfire chargés d'accompagner les B17 sur le chemin du retour.[retour au texte]

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