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Encore étudiant,
Wally Hoffman s'est engagé dans l'USAAF, et devenu
pilote, a pu accomplir un "tour" complet, soit
35 missions au-dessus de l'Allemagne aux commandes d'un B
17. Quant on
sait les pertes qu'a connues la 8th Air Force(1),
cette performance tient à son courage et à ses
qualités de pilote (la liste de ses décorations
et diverses distinctions est fort longue), mais aussi à sa
bonne étoile. La guerre terminée, Wally Hoffman
a repris le chemin de l'université, et a consacré sa
vie professionnelle à sa terre natale, l'état
de Washington, au service de l'Administration des ressources
naturelles.
Aujourd'hui retraité, il a entrepris d'apporter sa contribution à l'histoire
en rédigeant ses souvenirs.
Soudain,
je sentis une lampe électrique dirigée vers mon
visage et j'entendis une voix sortie de l'obscurité, qui
me disait :"petit déjeuner à 4 heures
et briefing à 5 heures". Je restai allongé en
pensant : en voilà une façon de réveiller
les gens " puis j'entendis qu'on s'agitait autour de moi.
C'est alors que je pris conscience de ce qui se passait : ça
y est : je vais partir pour ma première mission.
Toute la formation était
terminée, et maintenant, c'était
le moment d'y aller !. Serai-je encore
là ce soir ? La ligne entre la survie
et ce pays dont personne ne revient est
si mince.Regagnerai-je mon lit ce soir,
ou va-t-on rouler mon matelas comme je
l'ai vu faire trop de fois au cours des
semaines passées ?
Je
me sortis du lit et je me rasai à l'eau
froide. On nous avait dit que la barbe
faisait mauvais ménage avec le masque à oxygène
Je fis un rapide aller-retour dans les
douches, et l'eau froide acheva de me réveiller.
Puis j'enfilai un T shirt, des sous vêtements
militaires, un caleçon de laine
et une chemise. Nous superposions les couches
pour retenir la chaleur du corps, car le
B 17 était ouvert aux éléments,
sans chauffage, et sans tenir compte du
refroidissement dû au vent, la température
oscillait toujours entre - 35° et -
50°.
Personne
ne parlait, nous étions plongés
dans nos pensées. Je me demandais
ce qui était arrivé à tous
ces joyeux drilles de la soirée
précédente, et à ce
qu'allait faire tous ces commandos de salon
et tous ces champions du sexe, lorsqu'ils
seraient rentrés chez eux ou à Londres.
Je ne pensais pas à la
mission, je ne m'interrogeais pas sur sa
difficulté, ou sur notre destination.
Je me demandais si j'allais être
capable d'accomplir tous les gestes nécessaires,
et de les faire correctement .
Puis je me rendis à travers
ce qui m'apparut une totale obscurité vers
le mess de combat. En comparaison, là tout
le monde parlait, mais à voix basse,
de choses anodines. C'était une
façon de soulager le poids de la
tension qui nous étreignait tous.
Je
fus immédiatement pris par l'odeur
forte des oeufs frits et du bacon, qui
collait dans l'air. Avant de partir au
combat, on nous servait toujours des oeufs
frits, du bacon et des crêpes chaudes,
tandis que les autres jours nous avions
des oeufs en poudre, avec du Spam ou du
SOS(2) (bouf émincé à la
crème sur des toasts, que l'on appelait
entre nous de la semelle à la m. Avec
un gros noud dans l'estomac et à quatre
heures du matin, vous en connaissez qui
sont prêts à se mettre à table
? Je revois encore ces oufs qui semblaient
me dévisager !
Tout
l'équipage s'attablait ensemble.
Resnik engloutissait son petit déjeuner
et louchait sur l'assiette intacte de Bob,
qui lui disait "prend-la" en
la poussant vers lui . Rien ne semblait
troubler Resnik, alors que tout perturbait
Bob.
Je ne parvins à avaler que quelques bouchées et tout ce dont
je me souviensc'est que nous nous sommes retrouvés dehors dans le noir,
et qu'il n'était que 4 h 15. Une demi-heure à tuer. En allant
vers le baraquement de briefing, je me voyais la veille encore hier à l'Université d'état
de Washington, lorsque nous avions tous levé la main en disant oui à la
proposition d'engagement dans les cadets de l'aviation. Puis on nous avait
dit de rentrer chez nous et d'attendre. Ce n'était que le début
du vieux principe militaire que nous n'entendrions par la suite que trop souvent
: "Dépêchez-vous, et maintenant attendez" Quel
périple pour aller de Seattle à San Antonio ! En franchissant
les grilles de Kelly Field, nous fumes accueillis au cri de : "T'avais
qu'à pas signer !".Nous nous étions retrouvés
au régime militaire, virant à 90°, nous asseyant au garde à vous
en n'utilisant que 10 cm de la chaise, prenant nos repas(3) en
ne faisant que des mouvements à angle droit de l'assiette à la
bouche. A la fin de nos classe, nous avions infligé le même traitement
aux bleus. A la fin de la formation, nous fûment transférés
vers Plant Park pour la sélection puis à Drew Field, à Tampa,
Floride pour la formation spécifique à l'Outre-mer, puis à Hunter
Field, Atlanta, Géorgie, pour y recevoir l'équipement d'Outre-mer,
y compris un B17 flambant neuf.
(1).
Entre le 14 avril 1943 et la fin de la guerre, le 351e groupe
de bombardement auquel appartenait W. Hoffman perd en 311 missions,
175 B17 et leurs équipages. C'est dire qu'effectivement
les chances de survie étaient minces. Au début,
les équipages étaient relevés à l'issue
de la 25e mission, puis le " tour " fut porté à 30,
puis 35 missions.[retour au texte]
(2). Marque déposée
de pâté de porc en conserve,
qui du reste est toujours commercialisé aux
USA.[retour au texte]
(3). " eating square
meals " jeu de mots intraduisible,
square signifiant carré, mais " square
meal " signifiant aussi repas complet. [retour
au texte]
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