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Pilote
de B17 (351e groupe de bombardement), Wally Hoffman a entrepris
de rédiger ses mémoires. En arrivant en Europe,
la 8th Air Force a découvert les conditions de vol difficiles,
avec le brouillard, et un ciel toujours couvert. A la fin de
l'année 1944, la guerre n'est pas terminée. L'Allemagne
Nazie possède encore d'étonnantes capacités
de résistance, et se livre même dans les Ardennes, à une
contre-offensive qui place les Alliés en mauvaise posture.
On voit la 8th Air Force aux prises avec son vieil ennemi de
l'Europe du nord, le mauvais temps. Bien souvent, faute d'une
visibilité suffisante, les missions doivent être
annulées et les conditions de vol sont telles que l'on
frôle toujours l'accident.
Ce
récit de Noël nous fait revivre cette époque
où les troupes américaines n'apportaient pas
que la liberté : elles venaient aussi faire partager à une
Europe épuisée par cinq ans de privations un
peu de l'abondance du Nouveau Monde.
Le mois de décembre de l'année 1944 fut l'une des périodes
sombres de la deuxième guerre mondiale en Europe. Sous le couvert d'un
brouillard épais et d'un froid glacial qui s'abattait sur toute l'Europe,
les Allemands avaient brisé les lignes américaines au voisinage
de Bastogne. C'est ce que l'on a appelé plus tard la "Bataille
de Belgique (Ardennes)". A cette époque, de faisais partie
de l'équipage
d'un B17, stationné à Polebrook, dans le nord-est de l'Angleterre,
pas très loin de Peterborough (1).
Le
brouillard épais qui couvrait toute l'Angleterre avait
cloué au sol bombardiers et chasseurs. Cela voulait dire
que nos troupes au sol ne pouvaient bénéficier
d'aucun soutien aérien. Les hommes, sur le front des Ardennes, étaient
dans le plus total désarroi, dans l'impossibilité d'organiser
une ligne de défense, sans soutien logistique, et dans
un froid glacial. Nous étions tenus informés par
le Stars and Stripes et l'AFN (2) (armed
forces network) du besoin désespéré d'un
soutien aérien, qui leur aurait permis de respirer. Les
troupes étaient non seulement bloquées sur place,
grelottant de froid, elles se trouvaient aussi, en raison de
l'absence de moyens de communication et d'observation, dans l'ignorance
totale des évènements.
Quant à nous,
nous avions le derrière au chaud et au sec sur notre terrain
de Polebrook et nous avions prévu une fête de Noël
pour les enfants du coin, avec le repas traditionnel autour de
la dinde. Les petits anglais de Polebrook n'avaient jamais vu
d'oranges, de bananes ou de bonbons, depuis 1939, depuis le début
de la guerre. Nous avions mis de côté tous nos fruits
et nos sucreries et avions fait la collecte pour les cadeaux.
On nous avait promis que nous pourrions les faire venir au mess
pour Noël. Et en même temps, nous avions en tête
l'image obsédante de nos compatriotes dénués
de tout dans un enfer de glace.
Enfin,
le 19 décembre, le temps s'éclaircit sur l'Angleterre,
et les terrains étaient à nouveau ouverts. L'Europe,
toutefois était toujours recouverte de cette même
nappe de brouillard si épaisse qu'on ne voyait pas de
l'autre côté de la rue. Nous éprouvions tous
personnellement le désir profond d'arriver à faire
quelque chose pour aider les gars de la Belgique. Et si nous
avions été heureux de cette pause forcée
qui nous mettait à l'abri du combat, chacun était
prêt à se mouiller et à prendre tous les
risques pour tenter quelque chose, si tant est que nous puissions
voir la cible et le sol au retour. Ce fut pour nous un soulagement
d'être réveillés par cette maudite torche (3),
et avertis que nous allions voler ce jour-là. Pour une
fois, on n'entendait pas les récriminations habituelle.
C'était plutôt : Allons-y, peut-être qu'on
peut faire quelque chose pour eux ".
Comme
d'habitude au petit déjeuner, je fus saisi par cette odeur
de friture tenace qui venait des oeufs au bacon. Je n'avais pas
d'appétit, mais je pensais à tous ces pauvres types
en Belgique qui se seraient régalés d'un tel petit
déjeuner. Même des œufs sur le plat qui semblaient
vous dévisager…
Dehors,
pour aller à la salle de briefing, il faisait noir comme
dans un four. Dans la pièce, on ne sentait plus régner
la peur, comme à l'accoutumée, mais une ferme volonté d'aller
en découdre. Lorsque le rideau fut tiré sur l'immense
carte, nous suivîmes des yeux le fil rouge, qui allait
de Polebrook à Kall, en Allemagne. Ce n'était qu'un
croisement de routes juste de l'autre côté de la
frontière belge. La mission consistait à empêcher
les Allemands d'approvisionner normalement leurs troupes, ce
qui conditionnait la réussite de leur contre-offensive
des Ardennes. "Si vous ne pouvez pas identifier votre cible,
ne larguez pas, car le front est si fluide que vous pourriez
bombarder nos propres troupes". Le météorologue était
très pessimiste, et prévoyait 100 % de nuages au-dessus
de la cible, mais avec cependant la possibilité de trous
dans la couverture nuageuse au-dessus de la cible. "Au
retour, vous avez une chance sur deux que le nord de l'Angleterre
soit entièrement recouverte de brouillard". Je ne
me souviens pas que quiconque ait cillé, et puis quelqu'un
a dit "allons-y !".
Nous
avions dû dépasser l'altitude de 20 000 pieds pour
sortir des nuages et nous nous étions rapidement mis en
formation. Après avoir traversé la Manche, on se
retrouvait au-dessus de l'Europe continentale, avec rien d'autre
que du brouillard, et une épaisse couverture nuageuse,
de sorte qu'on parvenait difficilement à voir les autres
avions et à rester en formation. En prenant le virage
au point initial (le point à partir duquel on tourne pour
aller bombarder la cible) on nous avertit que la mission était
annulé et qu'il fallait revenir à la base. Nous
fîmes alors demi-tour pour rentrer à Polebrook,
avec nos bombes toujours à bord.
(1)
La base du 351e groupe de bombardement avait été établie
dans le petit village de Polebrook, dans le Northampshire. Au
plus fort de son activité, la base américaine réunissait
près de 7000 personnes, et constituait une petite Amérique,
au cœur de la campagne anglaise.
(2) Stars and Stripes et AFN : respectivement, journal et radio des forces armées
américaines.
(3) Le réveil a lieu très tôt le matin, entre 4 et 5 heures,
alors qu'il fait encore nuit. Le planton réveille les hommes en leur dirigeant
une lampe torche sur le visage, de façon à ne pas déranger
ceux qui ne sont pas désignés pour une mission. On procède
de la même façon dans la marine pour réveiller ceux qui doivent
prendre leur quart de nuit
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