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Le
nouvel appareil se révèle exceptionnel à tous égards, hormis
le moteur, qui présente une puissance très insuffisante en altitude
(au-delà de 5000 m).Ce n'est pas que le V12 Allison soit un mauvais
moteur, bien au contraire. Le moteur Allison a du reste de nombreux
points communs avec le Merlin : même configuration, cylindrée
pratiquement identique, même puissance développée, cotes comparables
(139 mm x 152 mm pour l'Allison et 137 mm x 152 mm pour le Merlin).
Le problème vient de ce qu'il a été conçu pour être suralimenté par
turbocompresseur, et que la fabrication de turbocompresseurs
est dépendante de la disponibilité d'alliages spéciaux. Les turbocompresseurs
sont réservés en priorité aux bombardiers, et les seuls les Lockheed
P38 reçoivent des Allison à turbocompresseur. Avec leurs turbocompresseurs,
les Allison offrent au P 38 un plafond de 12 000 m et conservent
une puissance de 1400 cv chacun jusqu'à 8 000 m.. Les autres
appareils prévus pour être équipés du Allison, le Curtiss P40
et le nouveau North American, P 51 (désormais Mustang), reçoivent
un compresseur mécanique à une seule vitesse, peu performant.
Les
premiers P 51 livrés à la RAF (type I) disposent donc de l'Allison
1710 à compresseur mécanique. Quatre exemplaires reçoivent à titre
d'expérience, des Rolls-Royce Merlin. L'avion est transfiguré :
il atteint 690 km/h à 7500 m, et son plafond dépasse les 12 000
m. North American en tire les conclusions : à partir du type
B(11) (1943), tous les P51
seront équipés du Merlin fabriqué sous licence aux Etats-Unis,
le Packard-Merlin. L'USAAF en commande immédiatement plusieurs
milliers d'exemplaires, et le P51 devient le chasseur le plus
répandu sur le front européen. Entre autres missions, il accompagne, à partir
de la fin de l'année 1943 les bombardiers de la 8th Air Force
au-dessus de l'Allemagne. L'autonomie que le Mustang doit à des
grands réservoirs est encore accrue par l'économie du Merlin,
qui, tout en offrant des performances comparables, consomme 2
fois moins que le Pratt & Whitney qui équipe le P47(12).
Sans le Merlin, le Mustang serait resté ce qu'il était à l'origine,
un avion excellent, mais dont les possibilités d'utilisation étaient
limitées et n'aurait certainement pas été construit à 14819 exemplaires.
Le
Merlin aura donc motorisé l'essentiel des chasseurs du Fighter
Command (et la totalité des appareils engagés dans la Bataille
d'Angleterre), ainsi que la majeure partie des bombardiers du
Bomber Command. Sur un total d'environ 160 000 unités, plus de
100 000 moteurs ont été construits dans les iles britanniques,
par Rolls-Royce dans les usines de Derby, Crewe, et Glasgow.
Ce chiffre est d'autant plus important que l'industrie britannique
ne se distinguait pas son modernisme : mauvaise organisation,
inadaptation de l'encadrement, formation théorique insuffisante,
la plupart des techniciens ayant appris " sur le tas . Des études
postérieures à la guerre ont révélé que la productivité était
faible, y compris dans des secteurs de pointe comme l'aéronautique
: en 1944, la productivité chez Rolls-Royce correspondait à 70%
de celle de Daimler-Benz, alors même que le constructeur allemand
devait faire face à la multiplication de ses implantations et à l'intensification
des bombardements. Globalement dans la construction aéronautique,
la productivité anglais égalait les 4/5 de celle de l'industrie
allemande, et la moitié de la productivité de l'industrie américaine(13) .
Le Merlin aura aussi permis à Rolls-Royce de se hisser aux tout
premiers rangs des motoristes mondiaux. Les usines, qui ne comptait
moins de 7000 ouvriers et employés à la en 1935, en réunissaient
plus de 55 000 à la fin de la guerre.
Après
la guerre
Le
Merlin continua après la guerre à motoriser les avions militaires.
On le vit aussi sur des avions civils, tels que le DC 4 (Canadair
a construit 42 DC 4 équipés de Packard-Merlin). Il a connu aussi
des applications inattendues. N'étant en fait qu'un (très) gros
V 12 à refroidissement par liquide, en tous points comparable à un
moteur automobile, il était logique que le Merlin trouve sa place
dans des véhicules terrestres. Il servit ainsi au début des années
50 de groupe propulseur au tank Centurion. Sans compresseur,
alimenté par 2 carburateurs, cette version assagie dénommée Meteor
ne délivrait plus que 650 cv à 2500 tours, au prix d'une consommation
impressionnante. À l'époque où le char d'assaut recevait habituellement
un moteur à essence, l'utilisation d'un moteur d'aviation n'avait
rien de surprenant(14). Aujourd'hui
le Merlin fait le bonheur des collectionneurs, des restaurateurs,
des amateurs d'avions anciens. On trouve encore sur le marché des
moteurs qui ont peu servi. Les américains l'emploient volontiers
pour propulser des dragsters ou des tracteurs de compétition.
Gavés de carburants étranges, qui n'ont qu'un lointain rapport
avec l'essence du commerce, ces Merlin peuvent encore délivrer
s plusieurs milliers de chevaux.
Références
Il
existe d'innombrables ouvrages et sites Web consacrés aux avions
de la seconde guerre mondiale, dans lesquels la question des
moteurs est évoquée plus ou moins en détails. Les publications
du Rolls
Royce Heritage Trust constituent la source la plus fiable
et la plus complète.
12.Le
P 47 était jusqu'à l'arrivée du Mustang, le seul chasseur américain à long
rayon d'action.[retour au texte]
13.Chiffres
donnés à partir d 'enquêtes officielles par Barnett , Corelli.dans
Audit of War (1986) ont été repris dans The Lost Victory, du
même auteur (Macmillan 1995).[retour au texte]
14.The
Canadian Car and Foundry Company (cette même usine qui construisit
des Hurricane sous licence) eut l'idée de monter sur le char
léger Suart M3 un moteur Continental en étoile à refroidissement
par air. Le Stuart M3 canadien fut produit entre septembre 1942
et septembre 1943 à plus de 3000 exemplaires, principalement
pour l'armée britannique.[retour au texte]
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